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Euclid photographie le bulbe galactique : un détour d’un jour qui vaut deux ans de recherche à la NASA

Le télescope européen Euclid a temporairement interrompu sa mission pour photographier le bulbe galactique de la Voie lactée. Un cliché exceptionnel qui va faire gagner deux ans de recherche à la NASA.

Le télescope spatial James Webb n’est plus le seul à nous abreuver de clichés vertigineux du cosmos. Aujourd’hui, c’est le télescope Euclid de l’Agence spatiale européenne (ESA) qui s’illustre en braquant ses objectifs sur une région particulièrement difficile à étudier : le bulbe galactique, ce cœur densément peuplé et très lumineux qui constitue le centre de notre Voie lactée. Habituellement chargé de documenter l’univers sombre et les grands mystères de la cosmologie, Euclid a fait un détour inédit d’une seule journée dans son plan de vol pour immortaliser cette zone. Bien plus qu’une simple prouesse esthétique, ce cliché offre un coup de projecteur inattendu et un coup de pouce scientifique majeur à une future mission de la NASA.

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Une portion du bulbe galactique de la Voie lactée photographiée par Euclid en mars 2025, à partir d’une mosaïque de neuf images. Les taches sombres visibles à droite sont des nuages moléculaires masquant une partie du cœur de la galaxie. Les couleurs ont été ajoutées à partir d’images terrestres. © ESA/Euclid/Euclid Consortium/NASA, CFHT, image processing by J.-C. Cuillandre and E. Bertin (CEA Paris-Saclay)

Une alliance inédite pour gagner deux ans de recherche

Le snapshot capturé par Euclid va directement servir de base de travail au télescope spatial Nancy Grace Roman de la NASA, dont le lancement est prévu cet été. Ce nouvel instrument aura pour mission de scruter pendant cinq ans les moindres changements lumineux au cœur de notre galaxie. En fournissant aux chercheurs une vue d’ensemble très large d’environ 5 degrés carrés (l’équivalent de la surface de 25 pleines lunes dans le ciel), Euclid offre un contexte géographique précieux. Les équipes scientifiques estiment que l’intégration de cette image en amont des observations de la NASA, qui débuteront au printemps 2027, permettra d’étendre virtuellement la durée de la mission de deux ans. Cette synergie technique va offrir des capacités de découverte bien supérieures à ce que chaque télescope aurait pu accomplir de manière isolée.

À la chasse aux planètes errantes et aux trous noirs isolés

Concrètement, les deux missions vont traquer ensemble des phénomènes que l’œil nu ne pourra jamais percevoir. Le microlentillage gravitationnel, notamment. Le principe : quand un objet massif, tel qu’une planète, une étoile ou un trou noir, passe devant une étoile lointaine depuis notre angle de vue, sa gravité déforme l’espace-temps autour de lui. Résultat, la lumière de l’étoile d’arrière-plan se courbe, s’amplifie, comme concentrée par une loupe. Un signal fugace, parfois, mais qui peut aussi durer des années quand l’objet lentille est suffisamment massif.

C’est là que les trous noirs isolés entrent en jeu. Ces objets errent dans la galaxie sans étoile compagne pour signaler leur présence. Invisibles par définition. Repérer leurs signatures de microlentillage demande du temps, parfois plusieurs années d’observation continue pour voir l’alignement se défaire. Les deux années de données Euclid en amont de Roman changent radicalement l’équation.

Même logique pour les planètes errantes, ces mondes éjectés de leur système d’origine et condamnés à dériver seuls. Croiser les images des deux télescopes permettra de trancher : planète vraiment orpheline, ou simplement en orbite très lointaine autour d’une étoile ? Une distinction qui, jusqu’ici, était presque impossible à établir.

Vers la carte la plus précise jamais réalisée de la Voie lactée

Cette collaboration à grande échelle va également permettre d’affiner les modèles théoriques de la Voie lactée. Cartographier notre galaxie ressemble à une tentative de dessiner le corps humain depuis l’intérieur d’une seule cellule, tant les poussières cosmiques et la densité d’étoiles obstruent le champ de vision. En mesurant le lent déplacement des astres à travers le ciel sur plusieurs années, Euclid et le télescope Roman vont aider les chercheurs à déterminer avec précision la trajectoire et l’emplacement exact de dizaines de milliards d’étoiles. À terme, les deux missions pourraient livrer ensemble la cartographie en relief la plus détaillée jamais obtenue de notre galaxie. Un résultat qu’aucun des deux instruments n’aurait pu atteindre seul.

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Source : Engadget