La vie est souvent trop courte pour la passer à recharger sa montre connectée tous les jours. Si cette phrase résonne en vous, c’est que vous avez probablement déjà goûté aux joies — et aux contraintes — des modèles phares du marché tournant sous watchOS ou Wear OS. Ces systèmes, aussi complets et performants soient-ils, sont de véritables gouffres énergétiques qui peinent bien souvent à franchir le cap fatidique des 48 heures d’autonomie. Face à cette limite technique, certains constructeurs ont choisi d’emprunter une autre voie, cherchant le compromis parfait entre fonctionnalités connectées avancées et endurance de marathonien. C’est exactement le créneau visé par la nouvelle Xiaomi Watch S5.

Positionnée sur le segment très disputé du milieu de gamme, cette montre s’affiche à un tarif particulièrement agressif : 179 euros pour les finitions classiques noire et grise, et 199 euros pour les versions bleue et verte aux matériaux plus nobles. C’est d’ailleurs ce modèle vert qui a habillé notre poignet durant de longues journées de test intensif. Avec sa promesse d’une autonomie frôlant les trois semaines, son boîtier haut de gamme et son suivi sportif revu à la hausse, elle a sur le papier de sérieux arguments pour séduire. Reste à déterminer si les inévitables compromis inhérents à son système d’exploitation propriétaire, HyperOS 3, ne viennent pas ternir l’expérience au quotidien.
Un design raffiné et des finitions de bon niveau
Dès la sortie de la boîte, la Xiaomi Watch S5 impose un standard de qualité assez rare dans cette gamme de prix. Contrairement à certains concurrents qui abusent du plastique ou de l’aluminium léger, Xiaomi a fait le choix de l’acier inoxydable pour le boîtier de sa montre. Il en résulte un produit aux finitions impeccables, qui dégage une véritable impression de robustesse et de montée en gamme. Avec ses dimensions de 46 x 46 x 10,99 mm, la tocante affiche un format plutôt imposant qui assumera un style résolument masculin ou du moins pensé pour les poignets moyens à larges. Sur la balance, le boîtier seul pèse 46 grammes, un poids qui grimpe à 64 grammes une fois le bracelet attaché. C’est un gabarit qui fait jeu égal avec les mastodontes du marché, mais qui parvient paradoxalement à se faire oublier assez vite au bout du bras grâce à une bonne répartition des masses.

Xiaomi a eu la bonne idée de diversifier les finitions en fonction des coloris. Si notre modèle de test vert exige un supplément de 20 euros (199 euros au total), cet investissement se justifie par des détails esthétiques très soignés. Le cadre entourant l’écran est ici conçu en carbone forgé texturé, offrant un subtil relief qui accroche la lumière et donne un caractère singulier à la montre. Le bracelet fourni avec cette version est également spécifique : il mêle une base en caoutchouc fluoré particulièrement confortable à un revêtement supérieur en nylon tressé. Que vous transpiriez lors d’une séance de fractionné ou que vous portiez la montre avec une chemise au bureau, l’ensemble reste élégant et très agréable sur la peau.

Notez par ailleurs que le constructeur a opté pour un système d’attache à cornes standard de 22 mm. Il sera donc extrêmement simple de remplacer le bracelet d’origine par n’importe quel modèle du commerce équipé de pompes à relâchement rapide. Enfin, la Watch S5 bénéficie d’une certification d’étanchéité 5 ATM. Concrètement, cela signifie qu’elle résiste à une pression équivalente à 50 mètres de profondeur. Vous pourrez donc la conserver sans crainte sous la douche, pour faire la vaisselle ou lors de vos séances de natation en piscine. En revanche, Xiaomi déconseille fort logiquement son usage pour la plongée sous-marine ou les sports nautiques à forts impacts, les changements brusques de pression risquant d’endommager les joints du boîtier.
Ergonomie, qualité de l’écran et commandes tactiles
L’autre grand point fort matériel de cette Watch S5 réside indiscutablement dans son écran. Xiaomi y a intégré une grande dalle Amoled parfaitement circulaire de 1,48 pouce. Avec une définition de 480 x 480 pixels, elle offre une densité d’affichage de 323 pixels par pouce. À l’œil nu, il est strictement impossible de distinguer le moindre pixel, ce qui rend la lecture du texte et l’affichage des cadrans particulièrement nets et flatteurs. Pour mettre en valeur cet écran, le constructeur a drastiquement réduit les bordures noires à seulement 2,6 mm. Xiaomi y a discrètement gravé les repères des minutes, ajoutant une petite touche d’horlogerie traditionnelle.

Mais c’est sur le terrain de la luminosité que cette dalle s’avère également performante. Xiaomi annonce une luminosité maximale de 1500 nits, avec des pics pouvant atteindre 2500 nits dans des conditions extrêmes. Lors de nos essais en plein soleil estival, la lisibilité est restée absolument parfaite. Le capteur de luminosité ambiante s’avère par ailleurs réactif, ajustant le rétroéclairage ; nous n’avons jamais ressenti le besoin de passer en mode manuel. La dalle est recouverte d’un verre de protection classique. S’il n’offre pas la dureté extrême du cristal de saphir réservé aux modèles premium, le léger rehaussement du boîtier en acier permet de protéger efficacement le verre contre la majorité des chocs du quotidien.

Côté navigation, la Watch S5 s’appuie sur une combinaison classique mais éprouvée. Sur la tranche droite, on trouve une couronne rotative crantée, située à 2 heures, qui bénéficie d’un retour haptique lorsqu’on la tourne. Un appui court réveille l’écran ou ouvre le menu des applications, tandis que sa rotation permet de faire défiler les longs menus sans cacher l’écran avec son doigt. Juste en dessous, à 4 heures, un bouton plat plus discret permet d’accéder rapidement à un panneau de raccourcis.

L’interface tactile, quant à elle, répond au doigt et à l’œil : des balayages verticaux ou horizontaux permettent de naviguer entre les widgets de santé, la météo et le centre de notifications. Xiaomi a également intégré des contrôles par gestes (secouer le poignet ou claquer des doigts pour rejeter un appel, par exemple). Bien que ludiques sur le papier, ces derniers s’avèrent parfois capricieux et demandent souvent de s’y reprendre à deux fois, ce qui limite leur utilité réelle au quotidien.
L’application Mi Fitness et une connectivité en demi-teinte
C’est sur le plan logiciel que la Xiaomi Watch S5 affirme sa différence, pour le meilleur comme pour le pire. Contrairement à la Watch 5 classique, ce modèle “S” fait l’impasse sur Wear OS de Google. À la place, on retrouve HyperOS 3, le système d’exploitation propriétaire de la marque. Le principal avantage de ce choix est une fluidité exemplaire et une légèreté qui ne sollicite que très peu les composants internes, préservant ainsi la batterie. L’interface est intuitive, réactive, et l’on navigue dans les menus avec efficacité.
Cependant, cette indépendance logicielle a un coût de taille : l’absence totale de boutique d’applications tierces. Vous devez impérativement vous contenter des outils préinstallés par Xiaomi. Impossible d’y télécharger Spotify ou Deezer pour écouter de la musique en mode hors ligne, impossible d’installer Strava pour le suivi direct de vos courses, ou encore d’ajouter votre application de listes de tâches favorite. La montre intègre tout de même une boîte à outils pratique (chronomètre, réveil, boussole, baromètre, lampe torche), mais l’absence d’un assistant vocal digne de ce nom se fait cruellement sentir.

La gestion des notifications souffre du même pragmatisme limitant. Si les messages reçus sur votre smartphone (WhatsApp, SMS, emails) s’affichent, il est strictement impossible d’y répondre depuis le poignet. L’interface ne propose ni clavier virtuel, ni dictée vocale, ni même la possibilité d’envoyer un simple émoji ou une réponse préenregistrée. Vous êtes cantonné à un rôle de spectateur passif. La montre se rattrape légèrement sur la gestion des appels : grâce à son microphone et son haut-parleur intégrés, il est possible de décrocher et de converser en Bluetooth avec une qualité audio tout à fait correcte, pour peu que l’environnement ne soit pas trop bruyant.

Côté smartphone, la synchronisation s’effectue via l’application Mi Fitness (compatible Android 8.0 et versions supérieures ou iOS 14.0 et versions supérieures). Très claire et divisée en quatre onglets (Santé, Entraînement, Appareil, Profil), elle centralise toutes vos données. On y trouve également un large choix de cadrans supplémentaires gratuits pour personnaliser la montre, même si on les trouve toujours aussi peu discrets ou élégants. Enfin, abordons la puce NFC intégrée : si le paiement sans contact est techniquement possible (compatible Mastercard et Visa), il est dans les faits sévèrement bridé en France. Le système ne prend en charge qu’une poignée de services alternatifs comme Curve, laissant sur le carreau l’immense majorité des banques traditionnelles, et même les néobanques les plus populaires.
Performances GPS, suivi de la fréquence cardiaque et activités sportives
Malgré son allure de montre de ville, la Watch S5 embarque un arsenal de capteurs complet pour séduire les sportifs. Elle propose plus de 150 modes d’entraînement, couvrant presque toutes les activités imaginables. Pour le suivi des parcours en extérieur, la montre s’appuie sur une puce GNSS double fréquence (L1+L5) compatible avec cinq constellations satellitaires (GPS, Galileo, Glonass, Beidou, QZSS). Sur le papier, cette configuration est idéale pour affronter les environnements difficiles comme les forêts denses ou les rues bordées de hauts immeubles.

Dans la pratique, l’évaluation des distances totales s’est trouvée en retrait par rapport à notre Apple Watch Series 11 de référence. Lorsqu’on analyse le tracé précis sur une carte, la puce GPS de Xiaomi se montre parfois un brin brouillonne. Dans des virages serrés, la montre a tendance à lisser le parcours, coupant légèrement à travers les pâtés de maisons ou zigzaguant de manière imperceptible sur les lignes droites. Cela restera anecdotique pour 95 % des utilisateurs qui courent pour le plaisir, mais les coureurs exigeants en quête d’une trace clinique pourraient y trouver à redire, le parcours étant systématiquement allongé de quelques mètres à quelques dizaines selon la longueur du parcours.

Le constat est assez similaire pour le nouveau capteur optique de fréquence cardiaque. Il délivre des mesures précises lors d’efforts à intensité constante (footing, vélo d’appartement). En revanche, face à des exercices de fractionné impliquant des changements de rythme brutaux, le capteur accuse un léger temps de latence pour rattraper les pics cardiaques et les surévaluer légèrement. Un comportement typique des montres de milieu de gamme, qui aurait pu être contourné si Xiaomi autorisait l’appairage d’une ceinture cardio externe en Bluetooth, ce qui n’est malheureusement pas le cas ici.
Pour le reste du suivi santé, la copie est bonne. La montre évalue l’oxygénation du sang (SpO2), le niveau de stress, et propose un suivi du cycle menstruel. L’analyse du sommeil est plutôt convaincante : elle détecte les phases d’endormissement et de réveil. Les plus technophiles regretteront simplement l’absence d’électrocardiogramme (ECG) ou de capteur de température cutanée, des fonctions désormais courantes chez certains concurrents un peu plus chers.
Une autonomie XXL
S’il ne fallait retenir qu’une seule qualité pour cette Xiaomi Watch S5, ce serait sans hésiter son endurance. En faisant l’impasse sur Wear OS, Xiaomi a pu optimiser drastiquement la consommation énergétique de sa montre, épaulée par une batterie gigantesque de 815 mAh (de type lithium-ion polymère). Les résultats sont tout simplement stratosphériques par rapport à la moyenne du marché. Le constructeur promet jusqu’à 21 jours en mode économie, 14 jours en usage normal, et une longévité très solide même avec l’écran toujours allumé.

Lors de nos tests, avec des réglages que l’on peut qualifier d’intensifs (always-on activé, suivi continu de la fréquence cardiaque, du stress et du sommeil, réception de dizaines de notifications par jour et plus de cinq heures de suivi GPS cumulées par semaine), la montre a tenu sans sourciller plus de 8 jours complets. C’est une performance libératrice. Partir en vacances ou en déplacement professionnel d’une semaine sans même emporter son chargeur est un confort inestimable que très peu de montres avec un écran d’une telle qualité peuvent offrir aujourd’hui.
Lorsque le passage par la case recharge s’impose, la Watch S5 s’en remet à une petite station de charge magnétique à 2 broches. S’il faut faire une croix sur la charge par induction standard (Qi), la vitesse de charge reste très correcte compte tenu de la capacité de la batterie : comptez environ 1 heure et 30 minutes pour passer de 0 à 100 %. Avec une telle longévité, cette petite attente n’est absolument pas perçue comme une contrainte.
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