Ce mercredi 5 août, vers 8h35 heure de Paris, un morceau de fusée devrait percuter la Lune. Pas un satellite espion, pas un débris mystère : le deuxième étage d’un Falcon 9 de SpaceX lancé il y a dix-neuf mois, resté coincé en orbite terrestre depuis. Il filera à environ 8 700 km/h au moment du choc, quelque part près du cratère Einstein, sur le bord occidental de la face visible de notre satellite.
Comment un étage de fusée finit par percuter la Lune ?
Retour en janvier 2025. Ce Falcon 9 décolle du Kennedy Space Center avec deux engins lunaires à son bord : l’atterrisseur Blue Ghost, signé Firefly Aerospace (Texas), et Resilience, construit par la société japonaise ispace. Le premier se pose sans accroc en mars 2025. Le second s’écrase en juin, victime d’un télémètre laser défaillant.
Sa mission remplie, l’étage supérieur du Falcon 9 aurait normalement dû redescendre et brûler dans l’atmosphère terrestre, comme c’est la routine pour les vols en orbite basse. Cependant, les missions lunaires, dites « à haute énergie », obéissent à d’autres règles. Julianna Scheiman, qui dirige les programmes NASA Science et Dragon chez SpaceX, l’a expliqué début août : pour ce type de trajectoire, une manœuvre spécifique est censée écarter l’étage. Ici, un mélange d’activité solaire et de perturbations gravitationnelles l’aurait plutôt renvoyé vers la Lune, sans que personne ne l’ait vraiment décidé.

C’est Bill Gray qui a repéré le premier cette trajectoire. Cet astronome développe Project Pluto, un logiciel de suivi d’objets utilisé par la communauté amateur, et s’est appuyé sur des relevés de télescopes pour affiner sa prédiction fin avril. Le Center for Near Earth Object Studies de la NASA a ensuite confirmé le calcul.
Ce que les astronomes savent, et ce sur quoi ils ne s’accordent pas encore
L’étage pèse environ 4 tonnes, un chiffre qui fait consensus. Sa vitesse d’impact aussi : 2,43 km/s. En revanche, la taille du futur cratère fait débat. Gray, sur son site Project Pluto, table sur une fosse d’une quinzaine de mètres de diamètre. Une étude cosignée par des chercheurs de la NASA, soumise à The Astrophysical Journal Letters mais pas encore relue par les pairs, avance plutôt une fourchette de 20 à 30 mètres. L’écart tient surtout à la composition du sol lunaire à cet endroit précis, encore mal connue, et qui ne sera confirmée qu’après coup.
Un détail change tout dans ce genre de calcul : l’étage est essentiellement creux, un réservoir vidé plutôt qu’un bloc de roche compact. À masse égale, un astéroïde libérerait beaucoup plus d’énergie à l’impact.
Un impact quasi invisible, même pour les astronomes
On pourrait s’attendre à un spectacle. Ce n’en sera pas vraiment un. Le flash lumineux de la collision, selon Gray, ne durera qu’une seconde à peine, et la zone visée est actuellement en plein jour lunaire : la luminosité ambiante devrait noyer le peu de lumière produite. Un télescope amateur n’y verra probablement rien.
Le panache de poussière soulevé a davantage de chances de se montrer. Certaines modélisations le voient grimper à 15 ou 20 km d’altitude, d’autres beaucoup plus haut. Sa visibilité dépendra surtout d’où l’on regarde : les meilleures conditions se trouvent en Amérique du Nord et du Sud, là où la nuit sera encore noire au moment du choc. Depuis la France, où l’événement tombera en pleine matinée, les conditions ne seront donc pas favorables à une observation directe.
NEWS 🚨: A Falcon 9 upper stage abandoned in orbit since Jan. 2025 will hit the Moon on August 5 at ~5,437 mph (8,750 km/h)
It’s projected to carve out a 100-foot crater pic.twitter.com/20hOVAhsVv
— Latest in space (@latestinspace) July 29, 2026
Deux sondes, elles, sont bien placées pour documenter la scène après coup. La Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA doit repasser au-dessus du site le 12 août pour comparer des images avant et après impact. La sonde sud-coréenne Danuri, de son côté, tentera de photographier l’étage juste avant qu’il ne touche le sol.
Ce que la NASA compte en tirer
Un impact dont on connaît à l’avance la masse, la vitesse et le point de chute, ça ne se refuse pas côté recherche. C’est justement ce qui rend l’épisode utile : observer, dans des conditions aussi bien maîtrisées, la formation d’un cratère, la dynamique du nuage d’éjectas et l’intensité du flash lumineux est rare. Les données intéressent directement le programme Artemis, qui prévoit à terme une présence humaine durable sur la Lune. Comprendre comment les débris se dispersent lors d’un impact aiderait à fixer des périmètres de sécurité autour des futures installations.
SpaceX ne cache d’ailleurs pas que l’épisode pose question. Lors d’un point presse tenu début août, Julianna Scheiman, directrice des programmes NASA Science et Dragon chez SpaceX, a résumé les choses ainsi : « C’est l’une des choses sur lesquelles nous travaillons en partenariat avec la NASA et les autres agences concernées : quelle est la meilleure voie de désorbitation future pour les missions à haute énergie qui évoluent dans le système Soleil-Terre-Lune ? »
Ce ne sera de toute façon pas une première. Un étage du lanceur chinois Longue Marche 3C s’était déjà écrasé sur la face cachée de la Lune en 2022. Et pendant le programme Apollo, la NASA percutait volontairement des étages de Saturn V contre le sol lunaire pour provoquer de petits séismes, mesurés par les sismomètres laissés sur place par les astronautes.
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Source : CNN

