Signer un accord de rachat n’est qu’une première étape. Orange, Bouygues Telecom et Free (Iliad), qui négocient l’acquisition de SFR, font face à un défi inattendu : comment éviter que les profils les plus stratégiques de l’opérateur ne partent avant même que la transaction ne soit finalisée ? Selon La Lettre de l’Expansion, le consortium réfléchirait à un plan de rétention destiné à conserver les collaborateurs jugés essentiels pendant toute la durée du processus.
Une procédure qui pourrait s’étirer jusqu’en 2028
Le calendrier est la source du problème. Les négociations, déjà prolongées jusqu’au 5 juin, ne constituent qu’un préalable à un parcours réglementaire particulièrement long. Une fois un accord de principe signé, il faudra consulter les instances représentatives du personnel, obtenir le feu vert de l’Autorité de la concurrence, voire de la Commission européenne, et recevoir les validations de l’Arcep sur le transfert des fréquences. L’ensemble pourrait ne pas être bouclé avant 2027, voire 2028.
Cette période d’incertitude représente un risque concret pour SFR. Dans le secteur des télécoms, les ingénieurs réseaux, experts en cybersécurité, spécialistes de la fibre et cadres commerciaux sont des profils très recherchés qui disposent de nombreuses alternatives sur le marché. Les précédents européens, notamment en Allemagne et en Italie, montrent que les longues périodes d’attente réglementaire ont souvent entraîné le départ de nombreux talents avant même la finalisation des fusions.
Un exercice juridiquement très délicat
La difficulté est que le consortium se retrouve dans une position particulièrement contrainte. Tant que le rachat n’est pas validé, Orange, Bouygues Telecom et Iliad demeurent des concurrents directs de SFR. Le droit de la concurrence leur interdit donc de définir à l’avance la future organisation, d’anticiper la répartition des équipes ou de promettre des postes individuels aux salariés. Rassurer les équipes sans pouvoir réellement s’engager sur leur avenir constitue un équilibre difficile à tenir.
SFR emploie environ 8 000 salariés. Si les réseaux, les fréquences et les infrastructures représentent une part essentielle de la valeur de l’opérateur, l’expertise de ses équipes reste indispensable pour assurer la continuité de l’activité pendant la transition.
Les abonnés aussi bougent
L’incertitude qui plane sur SFR n’épargne pas les abonnés. Au premier trimestre 2026, Bouygues Telecom a enregistré 47 000 nouveaux abonnés sur le fixe et 155 000 sur le mobile, tandis qu’Orange annonçait 54 000 nouveaux clients sur le fixe et 40 000 sur le mobile. En bonus, le taux de résiliation chez l’opérateur historique aurait atteint son niveau le plus bas depuis 2022. Une partie de ces gains pourrait s’expliquer par des clients SFR préférant anticiper un démantèlement dont l’issue reste pourtant incertaine.
À lire aussi : Rachat de SFR : faut-il craindre une hausse des prix des abonnements ?
Si un accord est finalement conclu, SFR sera démantelé et vendu à la découpe : Free récupérerait la marque RED by SFR et ses cinq millions d’abonnés, Bouygues Telecom mettrait la main sur SFR Business. La marque SFR elle-même semble condamnée à disparaître, mais le processus s’étalerait sur plusieurs années. Il n’y a donc pas lieu, pour les abonnés, de quitter précipitamment l’opérateur.
👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.

