Six ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Google pour se décider à renouveler sa gamme d’enceintes connectées de salon, laissée en sommeil depuis la Nest Audio de 2020. Pendant ce temps, Amazon a continué de dégainer ses Echo à un rythme soutenu, pendant qu’Apple, de son côté, s’est contenté de laisser vieillir son HomePod mini. Avec la Home Speaker, Google ne se contente pas de dépoussiérer une gamme fatiguée : il en profite pour tourner définitivement la page Google Assistant.
Cette enceinte est en effet le premier appareil du constructeur conçu dès le départ pour Gemini for Home, la déclinaison de son intelligence artificielle générative pensée pour la maison connectée. Une révolution logicielle qui s’accompagne d’un format assez classique, quelque part entre la défunte Nest Mini et l’esthétique bien connue des concurrentes d’Amazon et d’Apple. Reste à savoir si Google a soigné l’écrin autant que le cerveau.

Un galet plus haut, mais toujours aussi sage
Visuellement, la Home Speaker ne bouleverse pas les habitudes de la marque. On retrouve l’habillage textile déjà vu sur la Nest Audio, avec cette volonté de se fondre discrètement dans un intérieur plutôt que de s’imposer comme un objet design. Deux coloris sont proposés au lancement : « porcelaine », notre modèle de test avec un ton crème très consensuel, et « vert sauge », un peu plus original, mais qui reste dans une palette sage. Pas de quoi déclencher un coup de cœur esthétique, mais rien de choquant non plus.
La véritable nouveauté se situe plutôt dans les proportions. Si l’enceinte conserve le diamètre d’une dizaine de centimètres de l’ancienne Nest Mini, elle gagne en hauteur pour loger un haut-parleur plus généreux. Le résultat ressemble à une Nest Mini qui aurait pris un peu de ventre, avec des dimensions de 8,6 x 10,7 cm, pour un poids qui tourne autour de 900 grammes, câble et adaptateur secteur non compris. Autant dire que l’enceinte se transporte d’une pièce à l’autre sans effort, se glissant aussi bien sur une étagère qu’un plan de travail.
Google en profite aussi pour abandonner la rangée de LED de la Nest Mini au profit d’un anneau lumineux intégré à la base, dont on aurait tort de nier qu’il évoque furieusement celui de l’ancienne Echo Dot 5e génération. L’ensemble reste efficace : cet anneau change de couleur selon le contexte, blanc quand les micros captent la voix, bleu et violet quand Gemini réfléchit ou s’exprime, orange lorsque le microphone est coupé. Une signalétique lisible, qui compense en partie l’interface volontairement minimaliste de l’appareil.

Côté matériaux, on reste dans la sobriété assumée par la marque : le tissu, un peu fin par endroits, n’a rien de premium, et le plastique de la base ne cherche pas à impressionner. La base caoutchoutée fait toutefois bien son travail, assurant une bonne adhérence, même sur une surface légèrement inclinée. Sur le dessus, deux zones tactiles gèrent le volume avec de petits voyants qui confirment la prise en compte de la commande, tandis qu’une troisième zone centrale, dépourvue de tout repère visuel, permet de mettre la musique en pause ou de la relancer. Un appui prolongé sert par ailleurs à réinitialiser l’appareil.
Le seul vrai bouton physique de la Home Speaker, celui qui coupe le microphone pour préserver la confidentialité, se trouve à l’arrière de l’enceinte. Une position qui a le mérite de la discrétion, mais qui impose de soulever l’appareil pour couper le micro à la volée — un choix ergonomique qui manque clairement de bon sens pour une fonction censée être rassurante et immédiate. Autre déception : le câble d’alimentation, long de 1,5 mètre, est fixé à demeure sur l’enceinte, seule son extrémité USB-C côté secteur étant amovible. Une solution pratique à l’installation, mais qui complique sérieusement les choses en cas de câble endommagé, contrairement à ce que proposaient certaines concurrentes équipées de câbles totalement détachables. Dépourvue de batterie et de toute certification IP, la Home Speaker doit par ailleurs rester sagement au sec, loin de la salle de bain ou de la terrasse.
Gemini s’installe, le jack disparaît
Côté connectique, Google fait des choix radicaux. Pas d’entrée jack, pas de port USB-C audio, pas la moindre prise analogique : tout passe par le sans-fil. La Home Speaker embarque du Wi-Fi 6 (802.11ax), une puce Bluetooth 5.4 limitée aux codecs de base (SBC et AAC), ainsi que la compatibilité Matter et un routeur Thread intégré pour piloter tout un écosystème domotique. On regrettera l’absence de toute alternative filaire, quand certaines concurrentes plus polyvalentes, comme la Bose Lifestyle Speaker, permettent encore de brancher une platine vinyle via un adaptateur. Ici, c’est le réseau ou rien.
L’installation, elle, fait clairement partie des bons points de l’appareil. Comptez moins de cinq minutes via l’application Google Home, avec un parcours guidé qui détecte l’enceinte, la connecte au réseau Wi-Fi domestique et propose d’associer les différents services multimédias. Si un écosystème domotique Google est déjà en place à la maison — volets, lumières, prises —, l’enceinte le récupère automatiquement sans qu’il ne soit nécessaire de tout reconfigurer. Un vrai gain de temps qui donne d’emblée une impression de produit bien intégré.
L’application elle-même distingue clairement les réglages propres à l’enceinte de ceux concernant l’ensemble du domicile. On peut y créer des groupes multiroom, configurer ses services de streaming préférés (Spotify, YouTube Music, Apple Music), ajuster la luminosité de l’anneau lumineux ou encore entraîner Gemini à reconnaître sa voix pour davantage de fluidité. Seul bémol notable : l’égaliseur, limité à deux bandes (graves et aigus), fait un peu pâle figure face à ce que proposent certaines concurrentes.
Mais la vraie nouveauté, celle qui justifie à elle seule le renouvellement de la gamme, c’est évidemment Gemini for Home. Fini le sempiternel « Ok Google » à répéter à chaque phrase : une seule invocation suffit désormais pour enchaîner plusieurs questions, changer de sujet en cours de conversation ou demander un complément d’information sans perdre le fil. Au quotidien, la différence se ressent immédiatement. L’échange devient plus naturel, moins mécanique, presque plus proche d’une vraie conversation que d’une succession de commandes vocales isolées. On peut ainsi lui demander de retrouver le titre d’une chanson à partir de quelques bribes de souvenirs, créer des rappels, modifier un agenda ou déclencher une action domotique en décrivant simplement ce qu’on souhaite faire, sans avoir à formuler une commande figée.
Tout n’est cependant pas parfaitement fluide. Le temps de réaction lors d’une conversation avec Gemini tourne autour de quatre à cinq secondes, ce qui n’a rien de rédhibitoire mais suffit à instaurer un petit flottement — on se surprend parfois à se demander si l’enceinte a bien entendu la requête. Les commandes domotiques classiques, elles, s’exécutent nettement plus vite, en deux secondes environ. Autre point à garder en tête : une partie de la promesse logicielle la plus ambitieuse de Gemini reste conditionnée à un abonnement.
Les fonctions conversationnelles avancées type Gemini Live nécessitent Google Home Premium Standard, facturé 10 euros par mois (ou 100 euros par an), tandis que les résumés quotidiens de la vie domestique et la recherche vocale dans l’historique vidéo passent par la formule Advanced, à 18 euros par mois. Google offre certes six mois de Premium Standard pour tout achat effectué avant le 30 septembre 2026, mais l’addition finale peut vite grimper pour qui veut exploiter tout le potentiel de l’appareil.
Un seul haut-parleur, un pari sur la simplicité
À l’intérieur, Google n’a pas cherché à révolutionner l’architecture acoustique de ses enceintes. La Home Speaker reprend le principe déjà en place sur la Nest Mini : un unique transducteur large bande, ici de 58 mm de diamètre, chargé de délivrer un son omnidirectionnel à 360 degrés. L’idée reste la même que sur la génération précédente — éviter tout effet directionnel pour permettre à l’enceinte de sonoriser une pièce sans imposer un placement précis face à l’auditeur. On peut la poser sur une étagère, un meuble bas ou un plan de travail sans se soucier de son orientation.

Cette approche mono-haut-parleur a toutefois ses limites, d’autant que le volume interne reste contraint par le format compact de l’appareil. Trois microphones longue portée complètent l’ensemble pour la captation vocale, épaulés par un processeur quad-core A55 cadencé à 2 GHz, associé à un coprocesseur neuronal et à 1 Go de mémoire vive. De quoi faire tourner Gemini localement sans latence excessive sur les commandes les plus simples, même si l’enceinte reste dépendante d’une connexion internet pour les tâches les plus complexes.
Des basses qui sauvent la mise, des aigus à la peine
Reste la question qui fâche : la qualité audio. Et sur ce point, il faut être honnête, la Home Speaker ne joue clairement pas dans la même cour que ses concurrentes premium du marché. L’enceinte parvient tout de même à développer une profondeur de basses appréciable pour son gabarit ; une performance honorable qui suffit à sonoriser efficacement une chambre ou un petit salon. De quoi apporter du corps sans empiéter sur les voix, un choix qui donne à l’ensemble une certaine chaleur en dépit d’un creux perceptible dans le bas-médium.
Le bât blesse dans le haut du spectre. Google a visiblement fait le choix d’atténuer certaines fréquences probablement pour éviter toute agressivité dans la voix de Gemini elle-même. Problème : ce parti pris donne en contrepartie aux sifflantes, aux charleys et aux cymbales un caractère à la fois strident et étrangement en retrait. Un équilibre tonal délicat, qui manque clairement de la finesse qu’on peut trouver chez des concurrentes directes comme l’Apple HomePod mini ou l’Amazon Echo Dot Max, plus homogènes dans l’aigu.

Côté puissance, l’enceinte plafonne autour de 80 dB à un mètre, avec une perte de grave limitée même en poussant le volume. Une résistance à la saturation correcte pour ce format, à condition de ne pas trop insister, au risque d’accentuer les déséquilibres déjà mentionnés dans l’aigu. On appréciera en revanche l’absence totale de directivité, qui garantit un rendu homogène quelle que soit la position dans la pièce, contrairement à des architectures à deux voies plus typées.
Avec cette nouvelle Home Speaker, Google ne cherche clairement pas à se battre sur le terrain de la qualité audio pure. Sa priorité est ailleurs : imposer Gemini comme un compagnon vocal enfin capable de tenir une vraie conversation, sans répéter son mot d’activation à chaque phrase. Sur ce point précis, la promesse est tenue et change réellement la relation avec l’assistant.
Reste que l’enceinte accumule quelques compromis regrettables — câble fixe, bouton micro mal placé, égaliseur famélique et surtout un rendu sonore perfectible dans l’aigu — qui l’empêchent de rivaliser avec ses concurrentes les plus abouties sur le plan acoustique. Une bonne enceinte pour piloter sa maison à la voix, moins convaincante pour les amateurs de musique exigeants.
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