Remplacer sa voiture par un vélo cargo. Cette phrase, presque une injonction, ce n’est pas la première fois qu’on l’entend. Elle revient chaque année comme le printemps, à peu près à la même époque d’ailleurs. Celle où les beaux jours font leur retour et celle pendant laquelle une partie des Parisiens se souvient qu’elle a encore un vélo planqué dans une cave.
Avec le plaisir retrouvé de faire sa balade ou son trajet de boulot à vélo, la question de pédaler le reste de l’année se pose presque naturellement. Par extension, celle de remplacer le plus souvent possible ses trajets en voiture souvent pénibles par un deux-roues moins polluant et plus facile à garer arrive dans la foulée. On vous l’accorde, cette question vaut surtout pour les habitants des grands centres urbains, voire de villes moyennes. Si vous vivez perdu au fin fond de la Creuse (sans rancune, Guéret), troquer sa Clio contre un longtail électrique n’est peut-être pas une priorité.

À Paris et dans sa banlieue en revanche, la question mérite d’être posée et c’est pour ça qu’une opération comme « Mai à vélo » a été mise en place. C’est aussi en prévision de cet événement que la marque Gaya nous a contactés en nous proposant de relever ce défi dans le cadre de notre test de L’Incroyable : remplacer notre voiture par le cargo pendant un mois complet.
Challenge accepté bien sûr ! Après tout, abandonner complètement sa voiture lorsqu’on a déjà l’habitude de rouler à vélo presque quotidiennement et qu’il n’y a pas de longue embardée de prévue, ça ne peut pas être une mauvaise idée. Ce que Gaya n’avait pas prévu, et nous non plus, c’est qu’au mois de mai on ne fait pas toujours ce qu’il nous plait. Or, mai 2026, du point de vue de la météo, a été l’un des mois les plus instables de l’année. Récit d’un mois de test en cargo électrique où le brevet de natation compte autant que le permis vélo.
Le vélo, le contexte
Afin de mieux comprendre le cadre de ce test un peu particulier, il convient d’apporter ici quelques précisions. Sur le vélo bien sûr, mais aussi sur notre façon de l’utiliser.
Dans le catalogue Gaya, on a déjà eu l’occasion d’avoir un aperçu de L’Incroyable chez 01net.com, mais c’était dans sa version compacte. Pour ce nouvel aperçu, nous avons opté pour le mieux doté de la gamme, le plus cher aussi : L’Incroyable (Long). La raison ? Elle est double : deux passagères très exigeantes de 5 et 11 ans qui ont l’habitude d’être portées sur des vélos cargos au fil de nos tests et de rouler plus régulièrement sur l’un d’entre eux, le Moustache Lundi 20 de première génération (du moins jusqu’à son vol récent, snif).

Quant à notre utilisation du vélo, elle est des plus classiques : « taxi scolaire » matin et soir (3 km aller/retour), petites courses ponctuelles, trajets vers lieux d’activités sportives et culturelles et bien sûr quelques balades le week-end. À cette utilisation classique, nous avons également ajouté un vélotaf qui l’est un peu moins dans notre cas. En effet, afin d’avoir un aperçu plus complet des capacités de L’Incroyable, nous avons échangé notre VAE urbain habituel avec le cargo de Gaya pour effectuer un trajet domicile – travail (36 km aller-retour dans notre cas). Bien entendu, cette utilisation est plutôt marginale et ne correspond pas vraiment à l’usage qui est fait des longtails le plus souvent. Elle a pourtant été riche d’enseignements, nous y reviendrons.
Design et qualité de fabrication
Le design est assurément l’un des points forts de Gaya. Avec son allure cartoonesque et ses couleurs joviales, la marque a su imposer un style presque unique dans le paysage du cycle en France. La conséquence de cette démarche est évidente : on reconnaît un Gaya dans la rue dès le premier coup d’œil. Et à en juger par le nombre de cargos de la marque que l’on croise dans les rues de la capitale, cette esthétique plait et pas qu’un peu.

Mais le design, ce n’est pas qu’une question d’esthétique et dans le cas de Gaya et plus particulièrement de « L’Incroyable », il apparaît assez vite que les choix de conception ont tous été tournés vers un objectif : la recherche de confort. Ainsi, le plus grand des vélos longtail de la marque française est l’un des seuls du marché à disposer d’une suspension intégrale. La fourche à l’avant, c’est déjà assez peu commun (elle a commencé à se répandre en 2025), mais il faut beaucoup chercher avant de trouver la trace d’un autre vélo familial équipé d’une suspension à l’arrière. Celle de l’Incroyable est cachée sous la batterie et pourrait presque passer inaperçue, mais comme nous le verrons plus tard, elle est loin d’être accessoire.
Pour le reste, la recette du long format chez Gaya est assez proche de celle utilisée pour « Le Court » que nous avons testé l’an dernier. Aussi, on vous conseille vivement de relire le test de l’autre longtail de Gaya afin d’avoir un aperçu plus global du travail de la marque, mais aussi des différences entre les deux modèles. La plus grande étant évidemment la taille puisque L’Incroyable est vraiment taillé pour embarquer deux enfants à l’arrière sans compromis de place.

La conduite avec L’Incroyable, ça donne quoi ?
Sur l’Incroyable, tout ou presque a été pensé pour faciliter la vie du pilote, mais aussi pour le rassurer. De la petite gâchette qui sert à lancer le vélo et qui évite de forcer sur la pédale à la position de conduite, plutôt droite et relâchée Le choix d’intégrer des clignotants (là où d’autres se contentent de feux de stop) suit la même logique. Malheureusement leur intégration n’est pas des plus judicieuses. En effet, ils sont situés dans la partie inférieure de l’afficheur et se commandent avec deux touches pour la droite et la gauche. Le seul souci, c’est qu’avec son pouce, on n’atteint facilement que le clignotant gauche, donc à moins d’avoir les paluches de Victor Wembanyama, il faudra ajuster sa prise en main pour signaler chaque virage à droite. Pas très pratique.

Le plus confortable des vélos cargos longtail
Plus emballant en revanche est le système de suspension de Gaya. Sur cette version « longue » de l’Incroyable, on a tout simplement droit à un système de suspension intégral quasi unique sur le marché du longtail. En plus de la fourche suspendue à l’avant, le vélo bénéficie également d’une suspension à l’arrière. Ce bras oscillant, c’est la principale nouveauté de la dernière version de l’Incroyable et c’est un point sur lequel Gaya fait la différence.

Le débattement (50 mm) n’est pas énorme, mais il permet d’encaisser les principales aspérités de la route et de prendre les dos d’âne sans craindre de voir s’envoler ses enfants. D’ailleurs nos jeunes passagères (11 et 5 ans), habituées à changer régulièrement de monture, ont souligné le confort supplémentaire offert par le longtail de Gaya.
Ajoutons ici que la suspension ne fait pas tout et que le vélo peut aussi se reposer sur d’énormes pneus ballons de 60 mm de section qui ajoutent eux aussi de l’amortissement, en plus d’offrir un surplus de stabilité.

L’ensemble donne un comportement très satisfaisant, que ce soit sur sol sec ou mouillé.
Pour les passagers ?
L’Incroyable est capable de supporter un poids de charge de 170 kg. C’est amplement suffisant dans la plupart des cas pour emporter deux enfants en plus du conducteur. D’ailleurs, en plus du confort général du cargo, nos testeuses ont apprécié les cale-pieds bien positionnés (ce n’est pas toujours le cas chez les concurrents), ou encore l’espace offert par la barre de protection. Un bémol tout de même sur ce point : le petit dossier à l’arrière ajoute en confort ce qu’il retire en espace, empêchant par exemple de caler un sac d’école entre les deux enfants.

Un petit bémol tout de même qu’il convient de ranger dans la catégorie confort. Le moteur du Gaya ne prend pas vraiment soin des oreilles de son utilisateur et de ses passagers. C’est de loin l’un des plus bruyants qu’il nous ait été donné de tester ces dernières années et même si ça ne constitue pas un désagrément majeur, il s’agit d’un axe d’amélioration certain.
L’Incroyable côté performances
Le vélo de Gaya est assurément confortable, mais est-ce assez pour le rendre plaisant à conduire ? Qu’en est-il des performances de son moteur ? Sur ce point, le fabricant français a choisi de s’appuyer sur un moteur Ananda et, contrairement aux apparences, celui-ci ne se situe pas dans le pédalier, mais sur le moyeu de la roue arrière.

Côté assistance, c’est du très classique avec une puissance de 250 W et un couple de 50 Nm qui s’avère suffisant pour propulser le bolide de plus de 40 kg. Gaya propose trois modes d’assistance et, soyons honnêtes, vu le poids de la bête, on a délaissé le mode low (équivalent éco) pour alterner entre « normal » et « élevé ». Si le mode d’assistance moyenne convient la plupart du temps sur le plat, il peut s’avérer limite dès que la route se cabre. La solution passe alors par l’assistance « High » qui suffit à franchir les difficultés basiques. Ne vous attendez pas à rester à 20 km/h, le cargo fait alors son poids et les 50 Nm trouvent leur limite.
Quant à l’assistance, elle manque quelque peu de naturel et s’avère un peu grossière en termes de ressenti pour quiconque a l’habitude d’un bon moteur central, ce qui n’empêche pas le vélo d’arriver très rapidement à 25 km/h et de maintenir le cap ensuite. En revanche, il faudra s’accrocher pour aller plus vite, ce qui est relativement commun en cargo.

Quant à la gâchette, elle trouve rapidement son utilité pour lancer le VAE jusqu’à 6 km/h, mais elle s’avère également très gourmande en termes d’autonomie.
En revanche, nous avons davantage de réserves concernant le choix de transmission de la part de Gaya. Le système Shimano Tourney à sept vitesses nous parait un peu court pour un longtail à ce prix. Fort heureusement, ce point devrait être gommé dans la prochaine itération de l’Incroyable. Gaya serait bien inspiré s’il accompagnait cette modification d’un changement de cassette : la 11-28 peut faire l’affaire, mais on gagnerait à avoir un plus grand développement.

Enfin, rien à dire sur le freinage, le système Tektro est à la hauteur des attentes et parvient à maîtriser la masse de L’Incroyable même lancé à vive allure. Le freinage est suffisamment mordant tout en restant précis.
L’application Gaya, l’atout en plus
Gaya a eu la bonne idée de développer une application aux petits oignons. À l’usage, elle constitue l’un des petits plus du cargo français et s’avère non seulement d’une simplicité exemplaire, mais surtout très bien pensée.
Il y a d’une part les fonctions basiques telles que le verrouillage/déverrouillage du vélo ou la possibilité de le localiser, mais aussi des données que certains jugeront sans doute secondaires, mais qui raviront les fans de stats.

Il en va ainsi du pourcentage de batterie disponible, de l’historique des trajets ou encore de la quantité de CO2 préservée.
Mais là où Gaya fait la différence, c’est sur la partie entretien. L’application regorge de petits tutoriels vidéo pour vous aider dans les réglages et les interventions les plus simples.
Enfin l’application sert également à déclarer le vol de son vélo cargo longtail. Dès que celle-ci est enclenchée, l’assistance du vélo se coupe, tout comme son écran. Il est alors possible de suivre la localisation en temps réel de sa monture et de transmettre ces informations aux forces de l’ordre.

Autonomie : pas fulgurante, pas un problème
Il y a deux façons de juger l’autonomie de l’Incroyable de Gaya. On peut se contenter de regarder l’énorme batterie de 700 Wh et se dire qu’elle devrait couvrir la grande majorité des besoins, ou on peut regarder d’un peu plus près l’efficience et la consommation réelle du vélo.

Le fait est que Gaya a choisi de quasiment ignorer la question de l’autonomie en optant pour une batterie surdimensionnée. Avec 700 Wh, l’efficience n’est plus un problème puisqu’on a de quoi rouler environ 50 km. Or la moyenne des trajets en VAE, en cargo qui plus est, est bien plus réduite. Comprenez par là qu’il n’y aura besoin de charger son longtail qu’une fois par semaine tout au plus. Pour autant, si on regarde du côté de l’utilisation de cette batterie, de l’efficience, le bilan est un peu moins reluisant.
Précision ici : sur le site, il est possible d’opter pour une batterie plus compacte de 460 Wh et d’économiser ainsi 200 euros. C’est la batterie dite « Standard ». Dans un usage urbain classique fait de petits trajets d’appoint, cette pile devrait être amplement suffisante à une majorité d’utilisateurs.

Côté recharge, il s’agit fort heureusement d’une batterie amovible et assez simple à manipuler grâce à la présence d’une poignée à son sommet. Le temps de recharge lui oscille entre 5 et 7 heures en fonction du modèle de batterie. Là aussi Gaya permet d’opter pour un chargeur « Express » de 4 A qui réduira ce temps de moitié.
Un mois de mai entre pluies torrentielles et canicule
Et notre expérience 100 % cargo dans tout ça ? Elle a été marquée par une météo très capricieuse et surtout aux antipodes entre un début de mai très arrosé et une fin de mois sous une chaleur accablante. Nous avons récupéré l’Incroyable sous une pluie battante qui a transformé notre première balade en une douche de 45 mn.

Les jours qui ont suivi ont été très pluvieux également, ce qui a permis d’apprécier deux limites de ce format longtail : sans protection à l’arrière, les enfants sont trempés. Dès lors, il convient d’investir dans un équipement adéquat si vous optez pour ce mode de transport au quotidien.
Pour autant, la pluie ne devrait pas arrêter les indécis. C’est évidemment plus pénible de rouler sous une averse, mais L’Incroyable s’est avéré très sécurisant sur sol mouillé. Surtout, si on prend vraiment en compte le nombre de jours de pluie dans sa région (en l’occurrence l’Île-de-France dans notre cas), on se rend compte que ce souci apparent est en réalité plutôt limité.

À l’inverse des pluies torrentielles des débuts de notre expérience, c’est une première vague de canicule qui a frappé notre fin de mois en Gaya. Dans ces conditions, la source du problème, la météo, est la même mais les soucis diffèrent Il convient de supporter l’effort sous une forte chaleur et de se protéger. Et c’est là que l’assistance électrique fait la différence. Elle permet de limiter l’effort et de profiter de son vélo.
Au final, L’Incroyable s’est révélé être un excellent compagnon dans toutes les situations. Confortable et sécurisant, il a su nous accompagner quotidiennement pendant tout un mois.
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