L’ironie est totale et la colère gronde dans les hautes instances du football européen. Alors que les yeux du monde entier sont braqués sur les pelouses de la Coupe du monde 2026, une bataille juridique et commerciale se joue en coulisses. Le site L’Équipe explique que l’Association pour la protection des programmes sportifs (APPS), qui regroupe les diffuseurs français comme Canal+, beIN Sports, et LFP Media, et la Liga espagnole s’agacent d’un accord de sponsoring de dernière minute signé par la FIFA avec le géant des réseaux privés virtuels ExpressVPN. Une décision qui a conduit l’association sportive espagnole à « déposer une plainte formelle » auprès de l’instance dirigeante du football mondial.
Un sponsor officiel dans le viseur de la justice française
Annoncé juste avant le coup d’envoi de la compétition, ce partenariat permet à ExpressVPN de s’afficher sur les panneaux publicitaires des stades du Mondial et de se présenter comme un défenseur de la cybersécurité auprès d’une audience mondiale attendue à plusieurs milliards de téléspectateurs. Le problème, c’est qu’en France, l’entreprise est perçue d’un tout autre œil par les ayants droit sportifs.
Depuis mai 2025, la justice française multiplie les décisions à l’encontre des fournisseurs de VPN. Le tribunal judiciaire de Paris avait alors ordonné, à la demande de la LFP et de Canal+, à cinq VPN dont ExpressVPN de bloquer l’accès à 200 sites de streaming pirate diffusant des compétitions comme la Ligue 1, la Ligue des champions ou la Premier League. D’autres décisions ont suivi en 2026, élargissant le périmètre des blocages exigés. Or, selon les courriers adressés à Gianni Infantino, président de la FIFA, ExpressVPN contesterait systématiquement les demandes d’exécution de ces décisions et n’appliquerait aucune mesure de blocage efficace sur le territoire français.
À lire aussi : Coupe du monde : l’incroyable technologie du ballon d’Adidas annule un but d’un cheveu
Pour Javier Tebas, président de la Liga espagnole, voir la FIFA légitimer une telle entreprise envoie un message désastreux à tout l’écosystème du football. Dans sa lettre, il dénonce un accord qu’il juge manifestement incompatible avec les principes de protection des droits audiovisuels du football, un partenariat qui compromettrait directement les procédures judiciaires en cours menées par la Liga, beIN Sports France et Canal+ contre ExpressVPN dans plusieurs juridictions.
Un coup dur pour la LFP et sa plateforme Ligue 1+
En France, cette alliance suscite une irritation maximale, tout particulièrement chez LFP Media. La société commerciale de la Ligue de football professionnel a beaucoup à perdre dans cette affaire : elle diffuse depuis un an l’intégralité des matchs du championnat de France via sa propre plateforme, Ligue 1+, lancée l’été dernier après la rupture du contrat avec DAZN. Un pari économique encore jeune, dont la rentabilité dépend directement du nombre d’abonnés, chaque abonnement pirate représentant un manque à gagner direct pour les clubs tricolores.
Une pression judiciaire qui s’intensifie sur tous les fronts
Ce climat de tension n’est pas isolé. L’Arcom a d’ailleurs déployé son propre dispositif de blocage en temps réel des flux IPTV pirates dès le 11 juin, soit le jour même de l’annonce du partenariat FIFA-ExpressVPN, tant le piratage sportif représenterait un manque à gagner estimé à 300 millions d’euros par an en France.
L’APPS, par la voix de son directeur Xavier Spender, a donc officiellement mis la FIFA devant ses responsabilités, lui réclamant une cohérence minimale dans le choix de ses partenaires commerciaux pour préserver la valeur et la pérennité des compétitions sportives. Les ligues européennes exigent désormais que l’instance mondiale pousse ExpressVPN à prendre les mesures nécessaires pour empêcher ses services de faciliter l’accès aux flux illicites.
De son côté, la FIFA tente de temporiser. Interpellée sur le sujet, l’organisation assure procéder systématiquement à une vérification préalable et à une évaluation approfondie avant tout nouveau partenariat commercial, et affirme avoir pris des dispositions pour que ce sponsoring ne porte pas atteinte aux efforts des détenteurs de droits. Des déclarations qui peinent à convaincre les diffuseurs, dont l’agacement grandirait face à l’absence de réponse concrète de l’instance internationale.
Aux États-Unis, la justice a également frappé fort mi-juin avec l’opération « Offsides », saisissant près de 400 sites de streaming pirate diffusant les matchs du Mondial, preuve que la pression judiciaire internationale contre le piratage sportif s’intensifie sur tous les fronts pendant cette compétition.
👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.

