Il y a quelques mois, à l’issue de notre test de l’Orbea Diem 30, nous écrivions que « le même vélo équipé d’un moteur Bosch aurait été un sans-faute ». Tenways semble avoir entendu le message ; pour lui-même, s’entend. La marque néerlandaise, connue jusqu’ici pour ses motorisations légères le plus souvent placées dans le moyeu arrière, franchit un tournant stratégique en adoptant les systèmes Bosch sur ses nouveaux modèles. Un mouvement logique pour qui veut être légitime sur le marché du VAE : l’équipementier allemand demeure la référence absolue sur le segment moyen et haut de gamme, aussi bien pour la qualité de sa motorisation que pour l’étendue de son réseau de service après-vente.

Ce virage ne concerne pas qu’un seul modèle. L’AGO Compact Performance, version Bosch de l’excellent AGO Compact que nous avions récemment testé, s’adresse aux adeptes de vélos compacts. L’AGO Performance, lui, est clairement positionné comme le flagship urbain : un modèle polyvalent et premium, taillé aussi bien pour les trajets domicile-travail que pour les sorties du week-end. Nous l’avons mis à l’épreuve pendant plus d’une semaine, sur un peu plus de 200 kilomètres de routes urbaines et périurbaines.
Une élégance qui ne se force pas
La première qualité de l’AGO Performance est visible de loin. Le cadre en aluminium 6061 affiche une ligne fluide, caractéristique de l’identité visuelle de la marque. Son profil ouvert facilite l’enjambement et rend le vélo accessible à un large éventail de gabarits, malgré l’absence de déclinaison de taille : l’AGO Performance n’existe qu’en taille unique, mais sa potence réglable en hauteur le destine à des utilisateurs mesurant entre 160 et 195 cm.

Deux coloris sont au catalogue : Mineral Blue en version mate et Walnut Brown en finition glossy. Notre modèle de test arborait ce second coloris, un brun doré très distingué qui contraste agréablement avec le noir de la fourche et des composants. Le résultat est sobre et premium.

La finition est exemplaire. Les câbles passent intégralement en interne, ce qui préserve la ligne épurée du cadre. On note en particulier la signature lumineuse sur le tube de direction : un liseré lumineux élégant, conçu pour se signaler de jour dans la circulation, discret mais efficace (un phare de 50 lux complète cet équipement pour une utilisation de nuit).
Un équipement pensé pour en finir avec les compromis
Ce qui frappe dès que l’on détaille la fiche technique de l’AGO Performance, c’est la cohérence de l’ensemble. Tenways a confié les clefs à Bosch sur toute la ligne électronique : moteur central Performance Line, contrôleur, capteur de couple, écran Kiox 300 avec commande à LED et batterie PowerTube 540 Wh. Le tout est compatible avec l’application Bosch eBike Flow, qui permet d’affiner chaque mode d’assistance, de naviguer, d’estimer le pourcentage de batterie restant à l’arrivée de son trajet, et même de verrouiller le système via smartphone. Un écosystème logiciel complet et mature, que l’on retrouve sur des modèles bien plus chers, notamment dans la gamme Moustache.

Côté mécanique, Tenways a misé sur la transmission par courroie Gates CDX Carbon couplée à un plateau de 46 dents. Cette combinaison offre deux avantages indéniables : un silence de fonctionnement absolu et un entretien quasi nul. Finies les taches de graisse sur le pantalon, les réglages de dérailleur et les maillons à remplacer. La courroie Gates est notoirement plus durable qu’une chaîne classique.

Cette courroie est accouplée au moyeu Enviolo Urban City V3, dont la plage couvre 100 à 310 %. L’un de ses avantages les plus pratiques en ville : il est possible de passer les rapports à l’arrêt complet, grâce à la poignée rotative. Fini d’arriver en bout de course au feu rouge et de repartir en danseuse faute d’avoir anticipé le bon rapport. En revanche, les cyclistes habitués aux dérailleur classiques à gâchettes — avec la précision tactile et la sensation de contrôle que cela procure — pourraient trouver la poignée rotative moins intuitive. Ce n’est pas un défaut, c’est un choix à connaître avant d’acheter.

Le porte-bagages MIK HD supporte jusqu’à 27 kg, ce qui ouvre la voie à la quasi-totalité des accessoires compatibles du marché : paniers, sacoches, sièges enfants. Excellent pour ceux qui veulent faire de l’AGO Performance un vrai outil du quotidien. Regret toutefois : aucune fixation QL 3.1 n’est proposée, ce qui fermera la porte aux possesseurs de sacoches Ortlieb fonctionnant exclusivement avec ce standard. Les freins à disques hydrauliques Shimano de 160 mm complètent un équipement sécurité solide, avec des pneus 29 pouces anti-crevaison qui se sont montrés très adhérents sur chaussée mouillée.

Un vélo rassurant
En selle, la première impression est celle d’un vélo solide et rassurant. Le cadre, malgré son aspect aérien, est remarquablement rigide. On ne ressent aucun manque de réactivité dans les changements de direction, ce qui est souvent le talon d’Achille des VAE lourds. Car l’AGO Performance affiche 29,5 kg sur la balance (tous accessoires compris). Un chiffre qu’il ne faut pas minorer : ce n’est pas un vélo que l’on transporte dans les escaliers sans réfléchir, ni que l’on pousse au-delà de 25 km/h à la seule force des jambes.

Heureusement, le moteur Bosch Performance Line est là pour compenser largement. Ce moteur central de 75 Nm de couple et 600 W de puissance maximale — pesant seulement 2,8 kg — produit 340 % d’assistance maximale, une valeur très élevée que l’on ressent dans les montées raides. Il impressionne par deux qualités que Bosch a élevées au rang d’art : la douceur absolue au démarrage, sans à-coups ni sursaut, et la progressivité exemplaire de la coupure d’assistance à 25 km/h. Là où certains concurrents laissent une rupture franche, même légère, quand on franchit la limite légale, le Bosch efface la frontière. C’est précisément ce détail que nous relevions manquer à l’EP-600 Shimano de l’Orbea Diem 30.

Les modes d’assistance disponibles sont Eco, Tour, Sport, Turbo et Auto. Ce dernier est en théorie le plus pratique, s’adaptant automatiquement à l’effort fourni par le cycliste. En pratique, sur un vélo de 29,5 kg, le mode Auto peut se montrer un peu juste dans les montées prononcées : il répond, mais sans l’entrain des modes Sport ou Turbo. C’est nettement dans ces deux derniers modes que l’AGO Performance donne toute sa mesure. En Turbo en particulier, les côtes deviennent anecdotiques et la progression reste parfaitement fluide et dosable.
Le confort de conduite est l’un des vrais atouts de l’AGO Performance. La combinaison fourche avant suspendue, tige de selle suspendue et pneus 29 pouces larges crée un environnement de conduite très enveloppant pour un vélo sans amortisseur arrière. Sur nos sorties habituelles d’une trentaine de kilomètres mêlant pavés, dos-d’âne et revêtements dégradés, l’ensemble filtre remarquablement bien les vibrations.

Nous avons toutefois noté que la selle Selle Royal d’origine, agréable sur les petits trajets quotidiens, se montre sensiblement plus ferme lors de journées plus chargées. Sur une sortie de 45 kilomètres, nous l’avons clairement senti passer. Un remplacement par une selle plus généreuse sera à envisager pour ceux qui prévoient des randonnées régulières.
L’écran Kiox 300 est l’un des meilleurs du marché : compact, lisible sous n’importe quel ensoleillement, avec une interface claire que l’on prend en main en quelques minutes. La commande LED sur le cintre permet de naviguer entre les modes sans quitter la route des yeux. La navigation GPS via l’app eBike Flow est fonctionnelle, mais reste perfectible en milieu urbain dense : les suggestions d’itinéraires sont parfois moins pertinentes que celles d’applications dédiées comme Geovelo et le signalement des intersections sur l’écran Kiox peut sembler un peu trop schématique lors de changements de direction complexes.

Autonomie : du Turbo à volonté et pour longtemps
La batterie Bosch PowerTube 540 Wh est intégrée dans le tube diagonal. Masquée par un cache pas toujours facile à fixer (attention à bien le faire, il peut parfois se décrocher), elle se retire par en dessous. On a connu plus pratique pour qui a besoin de retirer la batterie quotidiennement.
Tenways annonce jusqu’à 120 km d’autonomie, une valeur atteignable en mode Eco sur terrain plat, mais qui ne reflète bien sûr pas les conditions d’utilisation réelles. Sur nos parcours habituels (relief varié, feux rouges, relances fréquentes) nous avons parcouru une cinquantaine de kilomètres en mode Turbo avant d’arriver à bout de la batterie.

En mode Sport, on peut estimer raisonnablement 70 km. En mode Tour sur un profil plus favorable, 90 à 100 km ne semble pas hors de portée. Des chiffres qui permettent d’envisager plusieurs jours d’utilisation vélotaf sans recharge, selon les distances.
Un point très appréciable : l’application eBike Flow affiche l’estimation de la batterie restante à l’arrivée du trajet planifié, ce qui permet de partir serein sans craindre la panne à mi-parcours.
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