La frontière entre l’objet d’art et le produit technologique de grande consommation n’a jamais été aussi poreuse. C’est sur cette ligne de crête que s’installe la Samsung Music Studio 5. Vendue 349 euros, cette enceinte résidentielle compacte n’est pas une simple référence de plus dans le catalogue du géant sud-coréen. Elle incarne une ambition forte d’après son créateur : être capable de faire cohabiter la rigueur technologique et la poésie des formes.

Pour relever ce défi, Samsung a une nouvelle fois fait appel au designer Erwan Bouroullec. Présentée officiellement le 19 février 2026 au cours d’une conférence de presse au sein même de son atelier parisien du XXe arrondissement, la gamme Music Studio — qui comprend également sa grande sœur la Music Studio 7 — veut s’imposer comme un élément de décoration intérieure à part entière.
Mais derrière les discours feutrés sur l’esthétique et l’émotion visuelle, que vaut réellement cette enceinte lorsqu’elle est soumise au banc d’essai? Conçue conjointement avec les ingénieurs californiens du Samsung Audio Lab, la Music Studio 5 parvient-elle à faire chanter sa géométrie parfaite ou n’est-elle qu’un bel objet de salon? C’est ce que nous allons voir dans ce test complet.
Un orbe lunaire sculpté pour l’architecture d’intérieur
Autant le dire d’emblée : la Samsung Music Studio 5 ne ressemble à aucune autre enceinte du marché. Là où la concurrence se contente de décliner des cylindres ou des pavés recouverts de tissu acoustique traditionnel, Erwan Bouroullec a pris le contre-pied total des codes industriels en vigueur. L’appareil se présente sous la forme d’un bloc monolithique doté d’une silhouette singulière, qui intègre en son centre un large évidement circulaire évoquant un orbe lunaire.

Pour comprendre la genèse de cette esthétique, il faut se pencher sur les explications du designer lui-même. Lors de sa présentation dans son atelier, Erwan Bouroullec avait confié son approche : « Le son est immatériel. En concevant l’orbe, je voulais établir un lien clair entre le design des Music Studio 5 & 7 et le souvenir des enceintes traditionnelles, qui utilisaient presque toujours un cône circulaire. Cette référence me semblait importante. Le cercle porte un symbolisme très fort : c’est une géométrie parfaite ». Au centre exact de cette parabole se trouve le « Dot » (le point), un élément graphique fort conçu non seulement pour l’œil, mais aussi comme le point symbolique par lequel la musique semble s’écouler.
Visuellement, l’enceinte frappe par la qualité de sa réalisation. La face avant est constituée d’une maille métallique monolithique, robuste et particulièrement ferme, percée d’innombrables petits trous qui assurent la diffusion du son tout en protégeant les composants internes. Ce choix technique et visuel n’est pas sans rappeler le principe esthétique éprouvé sur les barres de son haut de gamme Sonos Arc et Arc Ultra.

L’ensemble affiche un poids sur la balance de 2,4 kg et des dimensions nettes de 25,1 x 28,35 x 13,7 cm. Une impression plutôt imposante recherchée par le designer, qui note que « son poids et sa visibilité vont assez bien ensemble ». Cette structure ferme et dense garantit un positionnement optimal et stable des haut-parleurs, évitant les vibrations parasites.

L’intégration dans l’habitat a été au cœur de la conception. L’appareil a été pensé pour s’effacer ou sublimer différents espaces. Cependant, cette recherche absolue d’épurement esthétique se fait au détriment de l’ergonomie matérielle directe. Les boutons tactiles sur la tranche supérieure sont réduits à leur plus simple expression et certaines regretteront l’absence d’un véritable écran d’affichage complet ou de commandes plus explicites pour piloter l’appareil sans passer par son smartphone. Le design l’a ici clairement emporté sur l’aspect purement fonctionnel. Notons également une grande déception : l’alimentation est externe, matérialisée par un bloc qu’il faudra bien cacher quelque part pour ne pas gâcher l’impression minimaliste d’ensemble.
Une connectivité moderne mais exclusive
Sur le plan de la connectique et des protocoles réseau, la Samsung Music Studio 5 souffle le chaud et le froid. La connectivité sans fil s’appuie sur du Wi-Fi et du Bluetooth 6.0. La présence du Wi-Fi permet d’intégrer nativement les protocoles de diffusion AirPlay d’Apple et Google Cast, assurant une compatibilité maximale avec les smartphones Android et iOS. Pour les amateurs de musique connectée, l’appareil prend en charge Spotify Connect. Les audiophiles apprécieront également la compatibilité avec le logiciel de gestion de bibliothèque musicale Roon, une excellente surprise qui permet d’intégrer cette enceinte au sein d’une installation haute-fidélité multiroom plus globale.
En matière de connectique physique, Samsung fait un choix radical : aucune entrée HDMI (ni ARC, ni CEC) n’est de la partie. Il faudra se contenter d’une unique entrée optique numérique située sous l’appareil. Si cette dernière s’avère pratique pour brancher une source audio externe ou un téléviseur d’ancienne génération, l’absence de port HDMI limite drastiquement l’usage de l’enceinte comme système sonore principal pour un téléviseur moderne, d’autant que le pilotage via la télécommande de la TV devient impossible.

L’application dédiée Samsung Sound (intégrée au sein de l’écosystème SmartThings du constructeur) orchestre la configuration et la personnalisation de l’appareil. L’application se montre complète et stable, permettant de gérer facilement la configuration initiale, l’égalisation, ainsi que l’appairage multi-enceintes. On y trouve notamment la fonction « Group Play », capable de lier jusqu’à 10 enceintes compatibles pour diffuser le même morceau dans toute la maison, ainsi que le mode « Stereo Play », conçu pour coupler deux enceintes Music Studio 5 afin de créer une vraie scène stéréo avec canaux gauche et droit séparés. Dommage que pour notre test, nous n’ayons eu qu’une seule enceinte à disposition, car cette configuration en paire s’annonce sur le papier bien plus intéressante.

C’est au niveau des fonctionnalités logicielles et de l’intégration des services que le bât blesse. L’appareil est fièrement présenté par Samsung comme équipé de la fonction « Spotify Tap » via Wi-Fi. Le principe est simple : un double tap sur le bouton dédié de l’enceinte lance instantanément une playlist de morceaux recommandés. Un nouveau double tap permet de passer à une autre sélection, sans jamais toucher à son téléphone. Si vous êtes un utilisateur intensif de Spotify, la fonction est redoutablement efficace. En revanche, si vous utilisez Apple Music, Deezer ou Qobuz, ce bouton physique perd l’essentiel de son intérêt et ne sert plus qu’à gérer la simple lecture ou pause. L’enceinte manque cruellement d’intégration directe avec les autres services de streaming du marché.
Une architecture acoustique ambitieuse signée par le California Audio Lab
Sous la maille métallique, Samsung n’a pas lésiné sur les moyens techniques pour donner du coffre à sa sculpture. L’ingénierie acoustique de la Music Studio 5 a été entièrement développée et optimisée au sein du Samsung Audio Lab basé en Californie. Les acousticiens maison ont configuré l’appareil autour d’un système de reproduction sonore comprenant un total de 3 haut-parleurs.

On y trouve un woofer principal dédié aux basses fréquences, associé à deux tweeters chargés de reproduire les aigus et les hauts-médiums. Pour optimiser la diffusion du son dans l’espace, les tweeters bénéficient d’un guide d’ondes intégré. Selon le constructeur, ce guide d’ondes est conçu pour projeter le flux sonore de manière homogène, assurant une clarté et un volume constants sur une zone d’écoute élargie afin que le son reste naturel quel que soit l’endroit où l’on se trouve dans la pièce.
Pour alimenter ces transducteurs, l’enceinte s’appuie sur des technologies de traitement numérique du signal (DSP) avancées. L’appareil intègre un décodage haute résolution capable de traiter les flux audio jusqu’en 24 bits / 96 kHz via le protocole Samsung Seamless Codec. Le traitement logiciel comprend également plusieurs algorithmes propriétaires :
- AI Dynamic Bass Control : Un système basé sur le machine learning qui analyse en temps réel les vibrations du woofer afin de prédire et corriger la distorsion mécanique, permettant d’obtenir des basses plus nettes et fidèles.
- SpaceFit Sound Pro : Un système de calibration acoustique automatique qui analyse l’espace environnant à l’aide de micros intégrés pour ajuster la réponse en fréquence et optimiser le niveau des basses en fonction de la pièce.
- Active Voice Amplifier Pro : Un algorithme chargé de détecter les bruits de fond ambiants pour accentuer et clarifier automatiquement les fréquences liées aux voix et aux dialogues.
- Q-Symphony : La technologie de synchronisation de la marque qui permet à l’enceinte de fonctionner de concert avec les haut-parleurs d’un téléviseur Samsung compatible pour élargir la scène sonore globale.
L’enceinte affiche enfin une compatibilité avec les formats Dolby Atmos, Dolby Atmos Music et Dolby Digital Plus, une caractéristique technique audacieuse pour une enceinte monobloc de cette taille.

Une restitution sonore chaleureuse qui se heurte aux limites de la physique
Sur le terrain de l’écoute pure, la Samsung Music Studio 5 délivre des prestations globales de bonne facture, mais qui demandent quelques nuances par rapport aux promesses du service marketing de la marque.
Commençons par les réelles qualités de l’appareil. La signature sonore se caractérise par une belle musicalité globale. Les voix humaines sont particulièrement bien servies : elles s’avèrent chaudes, texturées et profitent d’un traitement de faveur de la part des fréquences médiums qui apportent beaucoup de présence et de corps aux morceaux acoustiques ou aux podcasts.
Les aigus ne sont pas en reste, offrant un niveau de détail appréciable et une belle clarté sur les cordes ou les cuivres. Malgré la taille relativement compacte de l’enceinte, les basses sont bel et bien au rendez-vous. Le système AI Dynamic Bass Control effectue un travail correct pour donner de l’impact aux rythmiques sans que le coffret ne se mette à vibrer de manière désagréable. Pour une écoute de proximité ou pour sonoriser une pièce de dimensions moyennes, les performances acoustiques s’avèrent flatteuses et équilibrées.
Malheureusement, le tableau est noirci par plusieurs défauts techniques notables. En premier lieu, on constate une légère sibilance sur les hautes fréquences. Sur certains morceaux riches en cymbales ou sur des voix féminines haut perchées, les sifflements ont tendance à se faire trop entendre, ce qui peut provoquer une certaine fatigue auditive à fort volume.

Le plus gros point faible de cette Music Studio 5 réside toutefois dans sa spatialisation, qui s’avère extrêmement étroite. Malgré la compatibilité Dolby Atmos et l’intégration de la technologie Eclipsa Audio censée ouvrir l’espace tridimensionnel, la physique rappelle l’appareil à la réalité. Avec une seule enceinte en fonction, l’image sonore ne parvient jamais à dépasser les limites physiques strictes du châssis de l’appareil. Le son reste projeté de manière très directionnelle, face à l’orbe métallique, et l’effet d’enveloppement ou de bulle sonore promis par le Dolby Atmos est tout simplement inexistant. Nous aurions aimé pouvoir la tester en paire stéréo pour vraiment mieux apprécier ses capacités sur ce point.
Enfin, la gestion logicielle de l’audio via l’application déçoit par son manque de finesse. Lorsque l’on bascule sur la présélection d’égalisation baptisée « Musique », l’utilisateur se retrouve privé de réglages fins : le logiciel ne propose plus que deux bandes de fréquences ajustables (les basses et les aigus), alors que le mode « Standard » propose un égaliseur bien plus complet à sept bandes.

Quant au mode « Son adaptatif AI », censé détecter automatiquement la nature du contenu pour appliquer les meilleurs réglages, son action manque cruellement de pertinence au quotidien. En pratique, cet algorithme se contente la plupart du temps d’ajouter une lourde dose de basses artificielles qui vient masquer la clarté des médiums plutôt que d’équilibrer le signal. Mieux vaut donc désactiver cette option et s’en tenir aux réglages manuels du mode Standard.
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