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Votre smartphone est-il en train de déformer votre corps sans que vous le sachiez ?

Nuque, peau, yeux, mains : nos appareils ne modifient pas seulement notre attention, ils laissent aussi des traces bien réelles sur notre corps. Une enquête de la BBC fait le point avec plusieurs chercheurs sur ce que la science sait vraiment de ces effets, et sur ce qu’on peut y faire.

Une petite callosité sur l’auriculaire, pile à l’endroit où l’on cale son smartphone en permanence : c’est ce détail qui a mis la puce à l’oreille d’une journaliste de la BBC, l’incitant à interroger plusieurs experts sur les effets physiques de nos usages numériques. Résultat : nos appareils pourraient bien modifier la forme de notre cou, réduire notre vue, affecter notre motricité et diminuer notre force musculaire.

Le « tech neck », ou la nuque qui plie sous l’écran

En regardant son téléphone, la tête se penche naturellement vers l’avant. Cette posture, dite de « forward head posture », peut exercer jusqu’à 27 kg de pression sur la nuque. Avec le temps, cela pourrait endommager les disques de la colonne vertébrale, dégrader les articulations et les muscles, voire réduire la capacité pulmonaire. Le phénomène a même son surnom : le « tech neck ».

Douleurs Cou Femme
© Sasun Bughdaryan / Unsplash

Des exercices spécifiques, validés par un médecin, permettraient de corriger le problème. Mais des ajustements plus simples existent déjà : positionner l’écran à hauteur des yeux, à peu près à longueur de bras, et multiplier les pauses (l’idéal serait une pause de 20 minutes toutes les demi-heures).

Un lien avec les rides du cou ?

Une inquiétude plus récente porte sur un possible lien entre le « tech neck » et l’apparition de rides au niveau du cou. « Ça tient debout, en théorie », estime Justine Hextall, dermatologue consultante et membre du Royal College of Physicians au Royaume-Uni, qui explique que le stress répété sur la peau peut favoriser les rides. Elle précise toutefois qu’aucune étude sérieuse n’a encore confirmé ce lien, et déconseille d’acheter les produits cosmétiques « anti tech neck » qui commencent à apparaître en ligne.

Les adeptes de montres connectées portées en continu ont un autre point de vigilance : un environnement sombre et humide sous le boîtier favoriserait le développement de levures, pouvant entraîner irritations ou eczéma. La dermatologue recommande de retirer régulièrement l’accessoire, de nettoyer la peau, et d’appliquer une crème barrière en cas de port prolongé.

La myopie, un lien plus indirect qu’il n’y paraît

La myopie progresse fortement depuis plusieurs décennies, et la technologie fait figure de coupable évident. Mais Donald Mutti, professeur d’optométrie à l’Ohio State University, relativise. Son équipe a suivi le développement oculaire d’enfants pendant plus de vingt ans pour étudier le lien entre myopie et « travail de près » (comme regarder un téléphone). Conclusion : ce lien direct ne serait « pas vraiment » établi.

En revanche, l’étude aurait mis en évidence un effet protecteur du temps passé en extérieur, probablement lié à la lumière naturelle qui stimulerait une libération de dopamine par la rétine. Pour Mutti, la technologie aurait donc surtout un effet indirect, en encourageant un mode de vie plus sédentaire et casanier.

Une force de préhension en déclin

La force de préhension (la capacité à serrer fort avec la main) serait un indicateur de santé globale de plus en plus reconnu, capable selon une étude de mieux prédire un décès prématuré que la tension artérielle. Or cette force serait en baisse dans plusieurs pays, en particulier chez les jeunes générations.

« Un déclin générationnel ne concerne pas seulement des mains plus faibles, ça pourrait être un signal d’alerte précoce sur la santé future de ces cohortes », explique Johannes Beller, professeur de sociologie médicale à l’Université de médecine de Lausitz, en Allemagne, qui pointe le glissement vers un travail sédentaire et centré sur les écrans. Ce même glissement vers la sédentarité numérique inquiète d’autres spécialistes : le smartphone pourrait aussi provoquer des douleurs au genou chez les utilisateurs les plus intensifs, en modifiant la posture corporelle et en favorisant un mode de vie moins actif.

Le test proposé pour évaluer sa force de préhension : serrer une balle de tennis aussi fort que possible pendant 15 à 30 secondes. Si l’exercice est difficile à tenir, direction la salle de sport.

Une motricité fine qui pourrait en pâtir

La technologie affecterait aussi la motricité, cette capacité qui relie geste précis et pensée. Sebastian Suggate, professeur de psychologie du développement à l’Université de Ratisbonne, en Allemagne, nuance : la pratique répétée du clic et du swipe pourrait même améliorer certaines habiletés motrices ponctuelles, mais l’ensemble des études convergerait vers un effet négatif sur le développement de la motricité fine, en particulier chez les enfants. Les propres travaux de Suggate établiraient une corrélation entre temps d’écran élevé et compétences motrices plus faibles, ce qui inquiète d’autant plus qu’un lien existerait entre motricité et développement cognitif chez les plus jeunes.

Son conseil n’est pas de bannir les écrans, mais d’introduire consciemment des activités manuelles dans le quotidien : cuisiner, bricoler, apprendre un instrument, ou simplement écrire à la main. « Ce n’est pas la fin du monde, ce sont des effets subtils », précise-t-il. « Mais même si les effets sont modérés à l’échelle individuelle, à l’échelle de plusieurs générations, on parle d’un possible abêtissement de la société, et d’une incapacité à penser dans le réel, parce que les mains sont un point de contact central avec le monde ».

Reste une dernière habitude à surveiller, même si elle concerne davantage la posture assise que les écrans eux-mêmes : utiliser son smartphone aux toilettes présenterait aussi des risques pour la santé, le temps passé assis prolongeant la pression sur les tissus rectaux et augmentant le risque d’hémorroïdes.

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