Le timing a quelque chose d’ironique. Alors que Sony vient d’annoncer la fin programmée des jeux PlayStation en support physique à partir de janvier 2028, c’est justement l’enseigne la plus identifiée à la vente de jeux vidéo en boutique en France qui change de propriétaire. Micromania, fondée en 1983, vient d’annoncer son rachat par un consortium franco-québécois emmené par l’entrepreneur canadien Stephan Tétrault, également actionnaire majoritaire d’EB Games Canada.
Qui sont les repreneurs ?
Le groupe réunit plusieurs profils. Stephan Tétrault apporte une expertise construite depuis plus de 25 ans dans le jouet, les produits sous licence et le retail spécialisé gaming, via des entités comme McFarlane Toys ou EB Games Canada. Jean-François Chenail, à travers sa société JAMS Venture Capital, complète l’attelage avec une expérience dans la distribution et l’investissement au Canada. Le troisième pôle du consortium, Cobico International, dirigé par Sandra et Stephen Callahan, est propriétaire de Gipsy Toys, numéro deux de la peluche en France, notamment connue pour avoir produit les mascottes des Jeux Olympiques de Paris 2024.
Une stratégie qui ne mise (presque) plus sur le jeu lui-même
C’est là que le parallèle avec l’annonce de Sony prend tout son sens. Le plan de relance présenté par les nouveaux actionnaires ne repose pas vraiment sur la vente de jeux vidéo, qu’ils soient physiques ou dématérialisés. Les repreneurs misent sur deux catégories bien précises : les produits dérivés et les cartes à jouer et à collectionner (TCG), qu’ils présentent comme les véritables moteurs de croissance à venir. Le groupe s’appuie sur son expérience menée chez EB Games Canada, où cette bascule aurait permis, selon les chiffres qu’il communique, une croissance des ventes de produits dérivés et de TCG de plus de 74 % après le rachat, avec un retour à la rentabilité de l’enseigne canadienne dès 2025.
Concrètement, la feuille de route articulée autour de huit piliers prévoit l’ouverture d’un premier magasin « Flagship » dès octobre 2026 près de Paris, l’installation de distributeurs de cartes à collectionner dans une trentaine de centres commerciaux, ainsi que la création d’une division dédiée aux événements en magasin. Une bourse d’échange de cartes Panini est même déjà prévue le 18 juillet au stade du FC Chambly, club dont Stephan Tétrault est aussi copropriétaire.
Deux visions opposées du magasin physique
Le contraste avec Sony est donc net. D’un côté, l’industrie du jeu vidéo elle-même acte la disparition progressive de l’objet physique, une décision qui interroge déjà la notion même de propriété sur les jeux dématérialisés, et qui menace directement le modèle historique des enseignes comme Micromania, centré sur la vente et l’échange de jeux en boîte. De l’autre, les nouveaux propriétaires de Micromania parient sur l’inverse : faire du magasin physique un lieu d’expérience et de communauté, mais en déplaçant son centre de gravité vers des produits qui, eux, ne peuvent pas se dématérialiser, comme les figurines, les cartes ou les événements en boutique.
Ce repositionnement n’est pas propre à Micromania. Il traduit une tendance plus large du secteur du retail spécialisé gaming, confronté depuis plusieurs années à l’érosion progressive des ventes de jeux physiques au profit du téléchargement, une dynamique qui touche jusqu’aux consoles elles-mêmes : Sony continue par exemple d’expérimenter des tarifs variables selon les joueurs sur le PlayStation Store, symptôme d’un marché du jeu vidéo de plus en plus centré sur le numérique et ses propres logiques commerciales.
Ce que ça change pour les magasins existants
Le groupe annonce vouloir mener une analyse approfondie du réseau de magasins, avec des relocalisations ciblées, des agrandissements ou l’identification de nouvelles zones d’implantation à la clé. Aucune fermeture n’est explicitement annoncée à ce stade, mais l’optimisation du réseau fait partie des axes de travail affichés.
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