Avec le rachat de SFR en négociation pour 20,35 milliards d’euros, la question qui hante les abonnés de l’opérateur au carré rouge est simple : est-ce que ma facture va augmenter ? Les économistes, les précédents européens et les données de marché convergent vers une réponse qui ne réjouit pas les consommateurs.
Le mobile déjà en hausse, la fibre épargnée
Les prix n’ont pas attendu la finalisation du rachat pour bouger. Selon le baromètre Ariase d’avril 2026, le coût mensuel moyen d’un forfait mobile avec appels illimités et au moins 20 Go de données a bondi de 31,1 % sur un an, pour atteindre 13,34 euros par mois. Il y a tout juste un an, un forfait de 30 Go se trouvait autour de 10 euros. Aujourd’hui, les opérateurs proposent des enveloppes plus généreuses, mais à des tarifs un tiers plus élevés. L’Internet fixe, lui, reste stable : la box fibre d’entrée de gamme ne progresse que de 1,1 % sur un an selon le même baromètre. Cette asymétrie s’explique par la structure des marchés : la fibre repose sur des infrastructures mutualisées ouvertes à tous les opérateurs par l’ARCEP, tandis que le mobile dépend de fréquences rares et de réseaux propriétaires.
Ce que disent les précédents européens
La théorie économique est claire sur les fusions dites « 4 vers 3 » : elles font monter les prix. En Autriche, la fusion Hutchison 3G/Orange a entraîné une hausse de 20 % des tarifs dans l’année suivant la consolidation, devenu cas d’école cité par la Commission européenne. Une étude de Copenhagen Economics modélisant l’ensemble des fusions européennes de ce type estime la hausse à plus de 10 %, contre 5 à 7 % sur un marché à quatre acteurs. Marc Bourreau, économiste spécialisé en télécommunications à Télécom Paris, résume la mécanique : sur un marché saturé, les opérateurs ne peuvent plus attirer de nouveaux clients, leur seule variable d’ajustement pour financer les investissements 5G et fibre est donc de relever le revenu moyen par abonné.
Vos droits face à une éventuelle hausse
Rassurez-vous : rien ne changera dans l’immédiat. Selon Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la concurrence, le processus réglementaire prendra jusqu’à 18 mois, et la migration technique des abonnés s’étalera ensuite sur 12 à 24 mois supplémentaires. Surtout, l’article L. 224-33 du Code de la consommation vous protège : toute modification tarifaire de votre contrat doit vous être notifiée un mois à l’avance, et vous ouvre le droit de résilier sans frais pendant quatre mois. Ce mécanisme constitue un frein puissant contre toute hausse brutale, car les opérateurs risqueraient de provoquer une fuite massive de la base client qu’ils viennent d’acquérir à prix d’or.
Le joker : un quatrième opérateur imposé ?
L’Autorité de la concurrence ne dira pas oui sans conditions. Le scénario le plus probable pour valider l’opération s’inspire du modèle espagnol : imposer la cession de fréquences radio issues du spectre SFR à un nouvel entrant, accompagnée d’un accord d’itinérance nationale avantageux. L’opérateur roumain Digi est souvent cité comme candidat naturel à ce rôle, fort de son expérience de disrupteur en Espagne et en Italie. Toutefois, cette hypothèse reste incertaine et dépend des arbitrages des régulateurs. Sans un tel acteur, les associations de consommateurs comme l’UFC-Que Choisir rappellent un précédent inquiétant : en 2005, le Conseil de la concurrence avait infligé une amende de 534 millions d’euros à Orange, SFR et Bouygues pour entente sur le marché mobile, précisément quand ils étaient trois.
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