La carte bancaire biométrique n’est plus un concept de salon technologique. Les premières expérimentations en France remontent à 2012, et Thales avait déjà présenté sa solution avec BNP Paribas en 2021. Aujourd’hui, BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale la déploient progressivement en France, sur fond d’une ambition plus large de Mastercard : supprimer le code à quatre chiffres et la saisie manuelle du numéro de carte d’ici 2030.
Comment ça fonctionne concrètement
La technologie est développée par Thales, dont les équipes assemblent ces cartes à La Ciotat. L’épaisseur reste identique à une carte classique (0,76 mm, norme ISO 7810 oblige), mais l’intérieur est radicalement différent : un capteur d’empreinte digitale, une antenne NFC, une puce sécurisée. La carte n’a pas de batterie : elle puise l’énergie dont elle a besoin dans le champ électromagnétique du terminal de paiement, en quelques dizaines de millisecondes.
Le point crucial pour les données personnelles : les empreintes ne quittent jamais la carte. Elles sont stockées sous forme chiffrée dans une puce sécurisée. Ni la banque, ni le commerçant, ni aucun serveur distant n’y accèdent. « Le système biométrique, c’est unique. Cela vous appartient, et c’est donc plus difficile à contourner », résume Clara Campos, experte en cybersécurité interrogée par TF1.
Pour utiliser la carte, il faut d’abord enregistrer ses empreintes, une étape appelée enrôlement. Selon les banques, cela se fait soit en agence, soit à domicile via un petit lecteur envoyé par courrier. Le Crédit Agricole permet d’enregistrer jusqu’à deux empreintes, les deux pouces en général, pour pallier une coupure ou une blessure. Une fois l’enrôlement effectué, le paiement sans contact fonctionne sans limite de montant, dans le cadre des plafonds habituels de la carte : on pose le doigt sur le capteur, on approche la carte du terminal, et la transaction est validée. Le code PIN reste disponible en cas de besoin.
Qui peut y accéder et à quel prix ?
Le déploiement reste pour l’instant concentré sur les gammes premium. Chez BNP Paribas, qui a ouvert la voie commerciale avec Thales dès 2019, la carte biométrique était proposée en option pour les détenteurs d’une Visa Premier (144 euros par an), avec un surcoût annuel de 24 euros. La commercialisation a toutefois été fermée à partir du 8 décembre 2025, sans que la banque ait communiqué sur les raisons ni sur la suite du programme. Le mouvement se poursuit néanmoins ailleurs.
Le Crédit Agricole la propose aux porteurs de Mastercard Gold Débit Différé et Mastercard World Elite Débit Différé. La Société Générale est paradoxalement la première banque française à avoir expérimenté la carte biométrique, dès 2018, avec la technologie F.CODE d’IDEMIA. Malgré cette longueur d’avance, elle a tardé à commercialiser à grande échelle, avant d’annoncer une stratégie de déploiement plus large incluant certaines cartes standard.
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Le code à quatre chiffres ne disparaît pas pour autant : il reste disponible pour les retraits au distributeur et les situations où le capteur est hors d’usage. La biométrie s’ajoute au système existant plutôt qu’elle ne le remplace entièrement. Les néobanques comme Revolut ou N26 sont pour l’instant hors du jeu : le coût de fabrication d’une carte biométrique, même en baisse, reste incompatible avec leur modèle économique sans cotisation.
La Vision 2030 de Mastercard : bien au-delà de l’empreinte
La carte biométrique n’est qu’une pièce d’un chantier plus vaste. En novembre 2024, Mastercard a officialisé sa feuille de route européenne : d’ici 2030, l’entreprise vise la suppression complète de la saisie manuelle du numéro de carte à 16 chiffres et des codes à usage unique par SMS pour les paiements en ligne. Aujourd’hui, trois transactions e-commerce Mastercard sur cinq en Europe sont déjà tokenisées, c’est-à-dire que le numéro réel est remplacé par un jeton cryptographique à usage unique inexploitable en cas d’interception, selon le bilan européen publié par Mastercard en juin 2026. L’objectif est d’atteindre 100 % du commerce électronique.
Dans ce schéma, la carte physique perdrait progressivement ses informations visibles. Mastercard parle de « Numberless Card » : le numéro, la date d’expiration et le cryptogramme seraient relégués au dos, voire supprimés. Une carte perdue ou volée ne donnerait plus aucune information exploitable à un fraudeur. BNP Paribas et Société Générale testent déjà ce format.
La fraude en ligne représente aujourd’hui sept fois plus de transactions frauduleuses qu’en magasin, selon les données de Mastercard. C’est là que se joue l’enjeu réel, pas tant dans le paiement en caisse où le taux de fraude sur carte est déjà inférieur à 0,05 % en France.
La vraie bataille : tenir tête à Apple Pay et Google Pay
Il y a une dimension stratégique que peu d’articles mentionnent. Apple Pay et Google Pay sécurisent déjà leurs paiements par empreinte ou reconnaissance faciale depuis des années. Face à ces wallets mobiles, les banques traditionnelles jouaient jusqu’ici une partie difficile : leur carte physique offrait une expérience d’authentification moins fluide. La carte biométrique leur rend la main, en alignant l’expérience du plastique sur celle du smartphone. C’est autant une défense de territoire qu’une avancée technologique.
Un bénéfice moins visible mérite d’être souligné : l’accessibilité. Les terminaux de paiement remplacent massivement leurs claviers mécaniques par des écrans tactiles plats, ce qui pose un problème réel aux personnes aveugles ou malvoyantes qui n’ont plus de repère tactile pour composer leur code. La carte biométrique déplace l’authentification du terminal vers la carte elle-même, où le capteur est facilement repérable au toucher.
Au prochain renouvellement de votre carte, si votre banque vous propose cette option, rien ne vous obligera à l’accepter : le code à quatre chiffres restera disponible pour ceux qui le souhaitent.
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