La manœuvre a surpris tout le monde ou presque. Alors qu’on soupçonnait Google de vouloir enterrer les derniers vestiges de Fitbit, le géant de Mountain View a, contre toute attente, décidé de miser à nouveau sur cette marque iconique de ce qu’on a appelé un temps le « quantified self ».
Google s’est donc rappelé qu’il lui restait encore quelques morceaux de Fitbit, à commencer par une application dont le succès ne s’est jamais vraiment estompé auprès de ses utilisateurs. Et alors qu’il aurait été facile de relancer une énième montre, il a plutôt opté pour un retour aux sources avec un bracelet connecté.

Un bracelet, certes, mais minimaliste à souhait. Sans écran et sans fioritures, à l’image de ce qui fait le succès de Whoop notamment. Au passage, rappelons que Whoop n’a pas vraiment inventé le bracelet sans écran. Les premiers bracelets connectés, ceux sortis avec l’illustre Fuel Band de Nike, étaient eux aussi dépourvus d’affichage. Voilà pour l’histoire.
Et le Fitbit Air dans tout ça ? Il est un concurrent de Whoop, bien entendu, mais pas seulement. Google semble vouloir en faire une porte d’entrée à son univers sur la santé connectée, un premier pas avant de basculer peut-être vers une Pixel Watch ? À moins qu’il ne s’agisse d’un accessoire suffisant pour ceux qui souhaitent faire du sport sans avoir la pression permanente des chiffres et de la performance.

Toutefois, une question demeure : À quoi sert vraiment le Fitbit Air dans un monde où Whoop propose la même chose et dans un univers où la plupart des bagues connectées présentent les mêmes avantages face aux montres ? Et si le secret du Fitbit Air était ailleurs ? S’il n’était pas visible en regardant le bracelet ?
Design et confort d’utilisation
On ne pourra pas reprocher à Google d’avoir bâclé le design de son bracelet. Le Fitbit Air est beau, discret et particulièrement agréable à porter. Il se compose d’une simple bandelette en tissu qui se termine par un scratch et qui vient se serrer autour d’une fine boucle métallique. Ce bout de tissu particulièrement résistant permet de dissimuler un petit module en plastique : le cœur de la bête.

C’est sur lui en effet que repose l’essentiel du dispositif, le bracelet n’étant qu’un accessoire qui pourra être changé d’ailleurs. Comme sur les montres connectées, le module du Fitbit Air intègre un petit voyant bleu et les différents capteurs qui serviront à l’analyse des données. Le tout est large de 19 mm seulement, et aussi plus fin que le concurrent Whoop.
À l’usage, il est important de souligner à quel point le Fitbit Air est agréable à porter. Voilà 15 jours maintenant qu’il n’a pas quitté notre poignet, à l’exception de quelques heures pour être chargé. Il nous accompagne jour et nuit, donc, sans faire sentir sa présence et c’est évidemment là son principal avantage. Alors que la montre connectée pourra se rappeler à vous lorsque vous utilisez un ordinateur portable, par exemple, ou la nuit, le bracelet connecté de Google, lui, a une capacité à se faire oublier que seuls les bagues connectées peuvent concurrencer. S’il s’agit là de votre critère d’achat, vous pouvez y aller les yeux fermés.
Mesure des données : une précision remarquable
Le Fitbit Air est un compagnon de santé connecté assez classique dans ses mesures. Comme la plupart des montres, des bracelets et des bagues connectés, il est capable de mesurer le nombre de pas, les kilomètres parcourus, la VFC, le sommeil, le rythme cardiaque au repos, etc. Sur ce point, il ne se distingue pas particulièrement.

En revanche, nous pouvons déjà lui reconnaitre que ses mesures sont précises. C’est notamment le cas pour son capteur de FC. Nous avons comparé les données mesurées par Fitbit à celles de notre combo Fenix 8 + ceinture cardiaque de Garmin et les résultats sont particulièrement fiables.
C’est le cas notamment lorsque l’effort est constant, sur une sortie en vélo ou une randonnée. Les seuls légers décalages que nous avons pu noter, c’est sur des exercices d’intensité comme les entraînements de fractionné en course à pied. Là le Fitbit Air parvient à retracer la session, mais ses mesures perdent légèrement en précision. En revanche, pour une pratique sportive classique, le bracelet de Google est tout à fait adapté.
Sa seule limite notable est la même que pour ses concurrents (Whoop, Polar Loop ou Amazfit Helio Strap) : il n’a pas de GPS. Pour estimer les itinéraires parcourus, le Fitbit Air est donc dépendant de votre smartphone.
L’application : le cœur du système
L’arrivée du Fitbit Air s’est accompagnée d’un autre changement qui n’a pas été tant commenté lors de son annonce : la transformation de l’application Fitbit en Google Health. Or, après 15 jours d’utilisation du bracelet de Google, nous en sommes venus à une conclusion simple : l’application Health est le plus grand atout du Fitbit Air. Explications.
La nouvelle version de l’application permet évidemment de retrouver l’ensemble de ses données d’activité. Celles-ci sont bien présentes et elles sont en plus particulièrement bien organisées.

En effet, l’application se découpe en quatre volets :
- Aujourd’hui : un aperçu général de la journée en cours
- Forme : pour les données liées aux différentes activités avec un historique
- Sommeil : pour le suivi des dernières nuits
- Santé : pour les statistiques de suivi de santé (FC, SpO₂, VFC, etc.)
Le tout est particulièrement bien présenté avec la possibilité de personnaliser chaque panneau en fonction des données qui nous intéressent le plus. Un petit bémol toutefois : le score de cardio hebdomadaire, qui est la donnée principale mise en avant par Google, demande un peu de temps pour comprendre le profil du porteur du bracelet. Les premières semaines, si vous êtes un sportif régulier, Google aura tendance à surévaluer vos efforts et à vous demander de ralentir.

Mais Google Health ne se contente pas d’agréger vos données de santé et d’activité, il peut également vous aider à mieux les comprendre et à structurer votre pratique. Et pour y parvenir, Google fait appel à son meilleur outil en la matière, le bien nommé Gemini.
La meilleure promesse du FitBit Air ? Gemini
En effet, Gemini est présent à tous les niveaux dans Health. Sur l’écran principal, à la fin de chaque activité, lorsque vous analysez votre sommeil, etc. Petit rappel d’usage : l’IA dans Health dépend d’un abonnement payant à 9 euros par mois (ou 90 euros par an). C’est là la principale différence entre un compte Google Health classique et une version premium. Mais Gemini sur un bracelet, ça sert à quoi ?

Sans que vous le lui demandiez, l’IA de Google commente votre activité quotidienne et, surtout, elle la met en perspective. Par exemple : elle saura prendre en compte, en plus de l’intensité d’un entraînement, les conditions météo au moment où celui-ci a été effectué. En effet, la même séance de fractionné sous une chaleur plombante ou par temps frais n’a pas le même impact sur le corps, et ça Gemini le sait.
Surtout, l’IA de Google vous invite sans cesse à discuter vos données et votre pratique. Vous pouvez lui demander si un entraînement est adapté après une nuit de sommeil un peu courte, ou lui poser des questions sur l’interprétation de la VFC et ce que cette donnée dit de votre état de forme quotidien.
Sur ce point, Google Health est sans doute l’application la plus complète que nous ayons testée jusqu’ici. Elle va bien au-delà des conseils très généraux d’un Garmin Connect ou de l’analyse relativement sommaire d’un Athlete Intelligence de Strava. Certes, les mêmes questions peuvent être posées à d’autres IA telles que ChatGPT ou Perplexity, mais le niveau d’intégration dans Google Health est tel que le procédé est presque naturel.

Dans notre cas par exemple, l’application a su prendre en compte un décalage horaire de plusieurs heures, un changement de climat, la fatigue générée par les premières nuits au sommeil amputé et elle a adapté ses réponses à nos questions en fonction de ces éléments.
Google Health, c’est super, mais… il y a un mais. D’une part, si l’application est gratuite, la partie la plus intéressante, celle dopée à Gemini, est absente. Mais surtout, Health n’a rien d’exclusif au Fitbit Air ! Les données obtenues avec le Fitbit Air, et tous les avantages que nous avons soulignés de Google Health, sont accessibles à n’importe quel gadget connecté compatible avec Google Health Connect, c’est-à-dire une bonne partie des montres, des bracelets et des bagues du marché.
Pour le dire autrement : votre montre Garmin, votre bague Galaxy Ring ou votre bracelet connecté Xiaomi peuvent se synchroniser avec Google Health et, parfois même, fournir des données plus précises que le bracelet de Google.
Les mêmes limites qu’une bague connectée
Si on en juge par ses capacités, ses avantages par rapport aux montres connectées ou encore ses limites, le Fitbit Air n’est rien de moins qu’une (très) grosse bague connectée. Entendons-nous : on ne vous recommande pas de l’enrouler autour de vos doigts, mais disons qu’il a les mêmes avantages et les mêmes limitations que les Galaxy Ring et autres Oura.

Concrètement, il est bien plus discret et facile à porter qu’une grosse montre connectée, notamment la nuit. Il n’attire pas l’attention avec un écran et des notifications à tout va et surtout, il arrive à se faire oublier pendant des jours et des jours avec une autonomie dantesque. Autre avantage : une autonomie dantesque puisqu’une charge permet de tenir amplement la semaine.
En contrepartie, il est limité sur l’analyse des données puisqu’il vous imposera de sortir votre smartphone et de passer par l’application pour avoir un aperçu de tout ce qu’il a mesuré.
Pour autant, le Fitbit Air est-il seulement une alternative à ceux qui ne supportent pas de porter des bagues aux doigts ? Existe-t-il seulement parce que Google n’a pas eu le cran de sortir une Pixel Ring ? Peut-être, mais pas seulement. Le choix du format bracelet permet à Google de proposer une solution esthétiquement différente de la bague connectée dont le form factor varie peu. Avec son Fitbit Air, Google peut jouer sur les matériaux et les couleurs, sur les formes aussi si on parvient à imaginer d’autres types de bracelet tiers. Son approche est plus généraliste que celle des bagues connectées, mais aussi plus grand public.
Fitbit Air : pour qui et pour quoi faire ?
À qui peut bien s’adresser le Fitbit Air et pour quel type d’utilisation ? La manière la plus simple de répondre à cette question serait sans doute de dire à qui il ne s’adresse pas : à ceux qui ont besoin de suivre toutes leurs données en temps réel lorsqu’ils font du sport. Ceux-là lui préféreront évidemment une montre connectée, qu’il s’agisse d’une Pixel Watch, d’une Galaxy Watch 8, voire d’une montre de sport signée Garmin comme la Forerunner 565 ou la Fenix 8. Cela dépendra du niveau d’attente de chacun.

Toutefois, et c’est là que le Fitbit Air surprend, compte tenu de la justesse de ses mesures, le bracelet connecté de Google peut aussi satisfaire un sportif exigeant, à la condition bien sûr qu’il ne se repose pas sur sa montre pour sa pratique, que ce soit pour exécuter un entrainement (c’est impossible sur le Fitbit Air), pour la navigation (il n’a pas de GPS) ou pour les données en temps réel (il n’a pas d’écran).
En conséquence, le bracelet de Google pourrait surtout convenir à quelqu’un qui hésiterait à investir dans une bague connectée. Quelqu’un qui souhaiterait avoir un suivi de ses activités physiques, de son état de forme ou de son sommeil, mais qui ne souhaite pas s’encombrer ou investir dans une montre. Il est sans doute, la solution la plus discrète et la plus élégante pour accéder à Google Health, mais encore une fois, ce n’est pas la seule.
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