Le compte à rebours était presque arrivé à zéro. Jeudi 16 juillet, la fusée géante Starship de SpaceX s’apprêtait à décoller de Starbase, au Texas, pour son treizième vol d’essai, quand tout s’est brutalement arrêté. Les moteurs du premier étage venaient tout juste de s’allumer lorsque le système automatique a déclenché une interruption du lancement.
Un abort déclenché à quelques secondes du décollage
Sur la diffusion en direct de SpaceX (voir plus bas), on voit les moteurs commencer à s’allumer trois secondes avant l’heure H. Puis plus rien. Les données affichées à l’écran montrent que quatre des 33 Raptor du booster Super Heavy sont restés éteints, et le système de sécurité a aussitôt coupé les 29 autres, clouant la fusée au sol.
Musk a confirmé la nouvelle sur X : « Certains des moteurs ne se sont pas allumés, déclenchant une interruption automatique du lancement ».
Some of the engines didn’t start, triggering an automatic launch abort.
Now offloading propellant.
Next launch attempt hopefully in a few days.
— Elon Musk (@elonmusk) July 16, 2026
Deux Raptor seront retirés et remplacés, a-t-il ajouté, avec une nouvelle tentative espérée « en début de semaine prochaine ». Pendant ce temps, les équipes au sol ont commencé à vidanger le carburant du booster et de l’étage supérieur.
Du jamais-vu pour Starship : aucun de ses vols précédents n’avait connu un abort aussi tardif, à la toute dernière seconde avant l’allumage complet.
Un vol censé marquer le retour en forme de la V3
Ce treizième vol devait confirmer les progrès de la version V3 de Starship, la plus récente itération du lanceur, haute de 124 mètres. Son premier vol, en mai dernier, avait été qualifié de globalement réussi mais pas exempt de problèmes : le booster Super Heavy n’était pas parvenu à effectuer son amerrissage contrôlé dans le golfe du Mexique en raison d’une défaillance moteur, et l’étage supérieur avait échoué à rallumer l’un de ses Raptor en vol. La Federal Aviation Administration avait alors ordonné une enquête, avant de donner son feu vert à un nouveau vol plus tôt cette semaine, après que SpaceX a identifié deux causes probables (des effets thermiques sur des composants du système de propulsion et un mauvais réglage du système d’alarme moteur) et mis en œuvre plusieurs correctifs matériels et logiciels.

Ce nouvel essai devait reprendre les mêmes objectifs : un retour maîtrisé du booster dans le golfe du Mexique, et un vol de l’étage supérieur sur près de la moitié du globe jusqu’à un amerrissage contrôlé au large de l’Australie occidentale, un exercice déjà réussi lors du vol précédent. Autre nouveauté de cette mission : l’embarquement de 20 satellites Starlink de nouvelle génération, une première pour des satellites fonctionnels à bord de Starship, alors que l’opérateur vient tout juste de dévoiler sa nouvelle antenne résidentielle V5 plus légère et moins gourmande en énergie. Six des satellites embarqués sur ce vol étaient équipés de caméras destinées à photographier le bouclier thermique du vaisseau. Ils n’étaient pas destinés à rester en orbite : ils devaient se consumer dans l’atmosphère environ 20 minutes après leur déploiement.
Watch Starship’s thirteenth flight test https://t.co/wYoNPiNMz8
— SpaceX (@SpaceX) July 16, 2026
Une action déjà sous pression avant l’incident
Ce vol n’était pas qu’une affaire d’ingénieurs. C’était aussi le premier test de Starship depuis l’entrée en Bourse de SpaceX le 12 juin, une opération que l’on annonçait déjà comme celle du siècle, des mois avant qu’elle ne se concrétise. Plus de 85 milliards de dollars levés, une valorisation qui a brièvement flirté avec celle d’Amazon et de Microsoft… puis un reflux progressif au fil des semaines suivantes.
Jeudi, avant même l’abort, le titre avait déjà clôturé sous son prix d’introduction de 135 dollars, à 131,11 dollars. Une fois le lancement annulé, il a perdu plus de 4 % supplémentaires dans les échanges après clôture, avant de regagner un peu de terrain.
Starlink et la Lune, les deux chantiers sous surveillance
Reste que ce nouveau report dépasse la simple question boursière. Starship porte à lui seul deux ambitions majeures de SpaceX. La première : faire grossir Starlink jusqu’à 100 000 satellites en orbite basse, seule activité vraiment rentable du groupe à ce jour, et dont l’enjeu stratégique transparaît aussi dans le bras de fer que mène SpaceX face à Bruxelles pour garder la main sur ses fréquences européennes. La seconde : le programme lunaire Artemis de la NASA, pour lequel une version modifiée de Starship doit servir de module d’atterrissage, aux côtés du Blue Moon de Blue Origin.
Les deux constructeurs doivent boucler leurs modules d’ici l’an prochain, le temps que l’équipage d’Artemis III s’entraîne à l’arrimage en orbite terrestre. Suivra Artemis IV, au plus tôt en 2028, avec cette fois deux astronautes posés dans la région polaire sud de la Lune.
SpaceX vise donc un nouveau créneau la semaine prochaine, le temps de changer deux Raptor.
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Source : Associated Press

