Depuis deux ans, l’édition américaine affine sa riposte face aux géants de l’IA : bloquer les robots d’exploration d’abord, négocier ensuite, attaquer enfin. Vendredi, Hachette Book Group, Elsevier et Cengage, rejoints par le romancier Scott Turow, ont déposé une action collective contre Google devant le tribunal fédéral de Manhattan. En mai, la même coalition visait déjà Meta et ses modèles Llama, devant la même cour.
Des livres confiés pour la recherche, recyclés en carburant pour Gemini
Le cœur de la plainte tient à une vieille relation de confiance. Pendant des années, les éditeurs ont fourni leurs ouvrages à Google Books dans un but précis : permettre la recherche et l’affichage de courts extraits, jamais la lecture intégrale (encore moins la digestion). Selon eux, Google aurait réinjecté ces copies complètes dans l’entraînement de Gemini, complétées par des livres du Play Store, des bibliothèques en ligne et des sites pirates. Les mentions de droit d’auteur auraient même été effacées au passage, pour brouiller les pistes.
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Le texte ne fait pas dans la demi-mesure et dénonce « une des violations de droits d’auteur les plus massives de l’histoire ». Une note interne de Google, exhumée dans la plainte, chiffrait même le risque juridique en dizaines, voire en centaines de milliards de dollars d’amendes. Les plaignants décrivent aussi un concurrent direct sorti de leurs propres pages : Gemini résume, réécrit, imite le style des auteurs, et peut pondre un polar de 100 pages en 20 minutes pour 0,39 dollar (l’à-valoir le plus déprimant de l’histoire de l’édition). Ils réclament des dommages et une injonction ; Google, de son côté, n’avait pas encore commenté.
Et maintenant, combien ça peut coûter à Google ?
Le choix du terrain légal n’a rien d’un hasard : deux décisions californiennes ont récemment estimé que l’entraînement d’une IA pouvait relever du fair use, l’exception américaine au droit d’auteur. En déménageant le débat à New York, les éditeurs espèrent un juge moins conciliant, et ils avancent avec un précédent en poche. Anthropic a accepté l’an dernier de verser 1,5 milliard de dollars aux auteurs pour des livres piratés. Le bras de fer entre le New York Times et OpenAI se poursuit, lui, devant les tribunaux.
L’affaire a aussi un parfum tricolore : Hachette Book Group est la filiale américaine d’Hachette Livre, maison fondée en 1826, numéro un en France et troisième éditeur mondial (groupe Lagardère, pour situer). Autrement dit, c’est un morceau du patrimoine éditorial français qui part au front contre Gemini et ses 650 millions d’utilisateurs mensuels. L’Europe, elle, a déjà tranché une partie du débat sur le papier : depuis l’été 2025, les fournisseurs de grands modèles doivent publier un résumé des contenus utilisés à l’entraînement. C’est précisément la transparence que la plainte reproche à Google d’avoir contournée.
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Source : AAP

