Le grand ménage de printemps de Meta se termine devant les tribunaux. Lundi soir, 26 salariés et anciens salariés ont déposé plainte devant la cour fédérale d’Oakland, en Californie. Selon eux, la liste des 8 000 postes supprimés en mai (10 % des effectifs) n’a pas été dressée par des managers, mais par une batterie de systèmes d’intelligence artificielle. Meta dément et assure que ces décisions ont été prises « par des humains, pas par l’IA ».
Comment l’algorithme aurait-il choisi les partants ?
La plainte, longue de 71 pages, décrit une « constellation » d’outils maison. On y trouve Metamate, l‘assistant interne dopé aux grands modèles de langage, et des agents « second cerveau » entraînés sur les documents et les échanges de chaque employé. S’y ajoutent les relevés du logiciel de surveillance des frappes clavier déployé au printemps, des tableaux de bord mesurant la consommation de jetons d’IA et des classements de performance assistés par algorithme.
Le cœur de l’accusation tient dans la mécanique de ces scores : bâtis sur la productivité mesurée et l’activité enregistrée, ils fonctionnent comme un contrôle continu où l’absence vaut zéro, congé maladie compris. Les salariés en arrêt, en congé parental ou en situation de handicap n’auraient donc, par construction, jamais eu les moyens de rattraper leurs collègues, et se seraient retrouvés surreprésentés sur la liste. Les 26 plaignants (anonymes, venus de six États et de Washington) demandent le gel des licenciements, effectifs le 22 juillet, le temps de porter leurs dossiers en arbitrage.
Et en Europe, ce serait légal ?
La réponse courte tient en un article de loi : depuis 2018, le RGPD interdit qu’une décision produisant des effets juridiques (un licenciement coche évidemment la case) repose exclusivement sur un traitement automatisé. Il faut une intervention humaine réelle, pas un simple clic de validation sur la sortie de la machine, sous peine d’une addition pouvant grimper à 20 millions d’euros ou 4 % du chiffre d’affaires mondial.
L’AI Act devait ajouter une seconde serrure : les systèmes de gestion des salariés, du recrutement au licenciement, y sont classés à haut risque, avec tests de biais, supervision humaine et information des employés. Ces obligations devaient s’appliquer le 2 août prochain, sauf que Bruxelles vient de repousser tout le volet à décembre 2027 (le sens du timing, chez les législateurs, reste une science inexacte). Le premier grand procès du licenciement algorithmique éclate donc la semaine même où l’Europe diffère son garde-fou.
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Source : Reuters

