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Flambée de l’énergie : les Européens se ruent sur les panneaux solaires et ça ne va pas s’arrêter

La crise énergétique fait exploser les ventes de panneaux solaires en Europe. Certains acteurs voient leurs ventes décupler. Pendant ce temps, les aides publiques fondent.

La crise énergétique déclenchée par la guerre en Iran a produit un effet inattendu sur les toits européens. Depuis le blocage du détroit d’Ormuz et la flambée des prix du pétrole, du gaz et de l’électricité, la demande en installations solaires résidentielles a bondi dans toute l’Europe. Une enquête menée par Reuters auprès d’une demi-douzaine de grossistes et de fournisseurs d’énergie renouvelable en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas dresse un tableau saisissant : pour certains acteurs, la demande a tout simplement doublé depuis le début du conflit. Le même choc énergétique qui a fait exploser les ventes de véhicules électriques en Europe est donc en train de transformer aussi les toits.

Des ventes multipliées par dix en quelques semaines

Les entreprises interrogées par Reuters avancent des chiffres précis et jusqu’ici inédits. L’allemand Solarhandel24 a vu son chiffre d’affaires tripler en mars pour atteindre près de 70 millions d’euros, une tendance qui devait se confirmer en avril. Son concurrent Enpal enregistrait de son côté une hausse de 33 % de ses commandes en avril pour atteindre environ 120 millions d’euros. Chez E.ON, premier opérateur de réseau énergétique européen qui commercialise également des systèmes solaires en toiture, les demandes de clients ont quasiment doublé sur un an. OVO Energy au Royaume-Uni fait encore plus fort : ses ventes solaires d’avril atteignaient environ dix fois leur niveau de l’année précédente.

Ces chiffres interviennent après un net ralentissement du marché : selon le lobby SolarPower Europe, les nouvelles installations solaires résidentielles ne représentaient plus que 14 % des nouvelles capacités installées dans l’UE en 2025, contre 28 % deux ans plus tôt. La crise a brutalement renversé cette tendance.

Panneaux, batteries et bornes de recharge : le système complet s’impose

Ce qui change aussi, c’est la nature des commandes. Les propriétaires n’achètent plus seulement des panneaux. Ils optent de plus en plus pour des systèmes intégrés combinant production solaire, batteries de stockage et bornes de recharge pour véhicule électrique. L’objectif n’est plus seulement de réduire la facture mais d’atteindre une forme d’autonomie énergétique. Cette tendance tire mécaniquement la demande en technologies de stockage, qui enregistrerait une hausse de 40 à 50 % selon Holland Solar aux Pays-Bas. Les kits solaires de balcon avec batterie intégrée représentent l’entrée de gamme de ce mouvement, accessibles sans travaux.

Une installation complète en toiture pour une maison familiale coûte généralement entre 10 000 et 20 000 euros. Un investissement significatif, mais dont le retour s’est accéléré avec la flambée des tarifs. La bonne nouvelle : les panneaux solaires vieillissent bien mieux qu’on ne le croit, une étude récente ayant montré que des modules installés il y a 22 ans conservaient encore 85 % de leurs performances. À noter que 90 % des panneaux disponibles sur le marché proviennent de Chine, dont les capacités de production dépassent à elles seules la demande mondiale prévue pour 2026.

Le paradoxe des aides publiques

La ruée vers le solaire intervient dans un contexte politique paradoxal : les gouvernements européens réduisent précisément leurs dispositifs de soutien au moment où la demande repart. En France, un projet d’arrêté soumis au Conseil supérieur de l’énergie en avril prévoit la suppression de la prime à l’autoconsommation et une baisse du tarif de rachat du surplus de 4 à 1,1 centime d’euro par kWh. En Allemagne, le gouvernement envisage de supprimer les tarifs de rachat pour les installations de moins de 25 kWc dès 2027. Cela pousse d’ailleurs une partie des ménages à investir rapidement, avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles.

Pour les acteurs du secteur, la leçon est claire. « Les crises énergétiques récurrentes donnent raison au secteur des énergies renouvelables », résume Jannik Schall, cofondateur de l’entreprise allemande 1Komma5Grad. La question n’est plus de savoir si le solaire résidentiel va s’imposer en Europe, mais à quelle vitesse les politiques publiques sauront accompagner une demande qui, elle, n’attend pas.

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