Il y a plus de cinquante ans, des chercheurs japonais présentaient le premier robot capable de saisir un objet et de marcher sur deux jambes. En 2000, Honda dévoilait un humanoïde qui semblait sceller l’avance du pays. Pourtant, cette suprématie appartient aujourd’hui à la Chine, alors que les investisseurs du monde entier parient sur l’intelligence artificielle pour donner enfin un corps utile aux robots. Un récent sommet japonais consacré aux humanoïdes l’a confirmé à sa manière, en cherchant surtout des pistes pour résister aux rivaux chinois plutôt que de célébrer des décennies de recherche nationale.
Pourquoi plus personne ne peut se passer de la Chine
La domination chinoise ne tient pas qu’aux robots eux-mêmes, mais à tout ce qui les compose. Les capteurs qui leur donnent la vue, les articulations qui les font bouger et les batteries qui les alimentent venaient autrefois du Japon ou d’ailleurs, mais sortent désormais des usines chinoises. Le coût de ces composants a chuté si vite en Chine que les autres pays ne peuvent tout simplement plus suivre.
Cette mainmise est l’héritage direct d’une autre victoire industrielle, celle de la voiture électrique. À force de produire chaque pièce sur son sol, de la vis à la batterie lithium-ion, la Chine est devenue le premier exportateur mondial de véhicules électriques. Les fournisseurs qui fabriquaient ces pièces alimentent désormais les robotiers. Le constat vaut même outre-Atlantique, puisque Tesla, qui a pourtant tenté de bâtir une chaîne d’approvisionnement hors de Chine, dépendrait encore de fabricants chinois pour au moins 70 % de ses composants.
Sur le terrain, l’écart se creuse encore, puisque chez UBTech, l’un des champions chinois du secteur, plus de 90 % des composants sont d’origine chinoise, les seules pièces encore importées étant les puces qui pilotent les mouvements. À Shenzhen, le cœur technologique du pays, une pièce se commande et se reçoit en quelques heures, beaucoup étant imprimées en 3D. Un fabricant de capteurs lidar reconverti dans la robotique résume la bascule, lui qui se tournait jadis vers le Japon et trouve aujourd’hui une offre chinoise bien plus large.
Cette avance se mesure aussi à l’ambiance des salons professionnels. Au sommet japonais de la robotique, c’est un robot danseur du chinois Unitree qui a attiré les plus grandes foules. Deux entreprises japonaises ont même utilisé des machines Unitree pour faire la démonstration de leurs propres logiciels. Côté déploiements, les groupes chinois trustent déjà l’essentiel du marché mondial des humanoïdes. La Chine concentre à elle seule plus de quatre machines installées sur cinq, sur quelque 16 000 unités recensées dans le monde l’an dernier.
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Mais à quoi servent vraiment ces robots ?
Fabriquer un humanoïde s’est avéré bien plus facile que de lui trouver un métier. Les modèles actuels restent loin des tâches qui font fantasmer l’industrie. Chez UBTech, on reconnaît que les robots déployés sur les lignes des usines automobiles n’atteignent qu’environ 30 % de l’efficacité d’un travailleur humain, avec l’espoir d’en atteindre la moitié cette année. Quant aux humanoïdes qui ont fait le tour des réseaux sociaux en dansant de façon synchronisée lors du Nouvel An chinois, ils suivaient des scripts entièrement préprogrammés.
L’essentiel des humanoïdes vendus par Unitree ces deux dernières années est parti vers des universités et des laboratoires, pas vers des chaînes de production. Un dirigeant de l’entreprise admet d’ailleurs sans détour que la productivité n’est pas encore au rendez-vous. Pour entraîner leurs machines à raisonner, ces sociétés chinoises restent d’ailleurs tributaires d’un logiciel de simulation américain, celui de Nvidia, qui vient de sceller un partenariat avec Unitree pour une gamme attendue en octobre.
Là où la Chine écrase réellement la concurrence, c’est sur un terrain beaucoup moins spectaculaire, celui du robot d’usine classique. Plus de deux millions de robots industriels tournaient dans les usines chinoises en 2024. Le pays en a installé cette année-là davantage que tout le reste du monde réuni, pendant que le Japon, les États-Unis et l’Allemagne reculaient. Les régulateurs chinois poussent d’ailleurs les collectivités et les entreprises publiques à dénicher des usages industriels concrets pour les humanoïdes, signe que la demande ne va pas encore de soi.
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Du côté des humanoïdes, l’argent afflue bien plus vite que les cas d’usage. Les startups chinoises du secteur ont levé plus de 5 milliards de dollars en 2025, autant que sur les cinq années précédentes cumulées, et le mouvement s’est encore accéléré depuis janvier. Unitree prépare son entrée en Bourse à Shanghai, quand une cinquantaine de sociétés du secteur patientent pour s’introduire à Hong Kong. UBTech, qui a fabriqué un millier d’humanoïdes l’an dernier, veut en produire dix fois plus cette année. Reste à savoir combien survivront si l’usage tarde à suivre l’argent.
La Chine se retrouve donc dans une position singulière, à la fois incontournable pour fabriquer des robots humanoïdes et toujours en quête d’une vraie raison de les construire. Pour le consommateur, l’humanoïde abordable n’est plus un problème de production, mais d’utilité, et c’est précisément ce qui manque encore à l’appel.
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Source : New York Times

