La mission avait pourtant commencé comme un succès pour le secteur spatial privé chinois. Le 9 juin 2026, la fusée commerciale Zhuque-2E, opérée par l’entreprise LandSpace, décollait de la base de Jiuquan pour placer sur orbite deux satellites de télécommunication de nouvelle génération. Cependant, le scénario a déraillé juste après le largage des charges utiles.
L’US Space Force a confirmé que l’étage supérieur du lanceur s’est désintégré dans l’espace. Cet incident a généré un nuage de débris spatiaux qui représente désormais un risque potentiel pour les infrastructures en orbite, relançant les inquiétudes internationales sur la gestion des déchets spatiaux par Pékin.
Un risque potentiel de collision pour les satellites Starlink
Selon les analyses partagées par la plateforme militaire américaine Space-Track.org et confirmées par les experts en surveillance orbitale de LeoLabs, l’explosion a donné naissance à un nuage estimé entre 100 et 150 fragments de métal. Au moment de sa désintégration, le corps de la fusée mesurait environ 8 mètres de long pour 3,35 mètres de diamètre. Ses restes gravitent actuellement dans une zone très fréquentée de l’orbite basse, entre 335 et 424 kilomètres d’altitude.
La trajectoire de ces éclats a initialement fait l’objet d’évaluations pour les vols habités. Heureusement, la Station spatiale internationale (ISS) et la station chinoise Tiangong ne courent aucun risque immédiat. En effet, la résistance atmosphérique va rapidement faire perdre de l’altitude aux débris, les forçant à descendre sous la trajectoire des laboratoires orbitaux. Le risque est en revanche plus marqué pour la constellation Starlink de SpaceX. En perdant de l’altitude, les fragments croisent la route des unités dédiées aux connexions directes avec les smartphones (Direct-to-Cell) ainsi que les satellites fraîchement mis en service, qui volent temporairement à des altitudes plus basses.
Une anomalie survenue lors de la phase de désorbitation
Les premières analyses de la télémétrie suggèrent que la catastrophe est survenue au pire moment : lors des procédures dites de passivation. En fin de mission, la fusée est censée purger ses gaz sous pression et vider ses réservoirs de propergols résiduels (ici un mélange de méthane et d’oxygène liquide) pour éviter qu’ils n’explosent sous l’effet des écarts de température. C’est précisément au moment de cette manœuvre d’élimination ou de la vidange des gaz que le lanceur s’est brisé.
À cette altitude relativement basse, la densité de l’atmosphère offre une relative bonne nouvelle : la traînée aérodynamique devrait consumer la grande majorité de ces morceaux de métal d’ici quelques mois lors de leur rentrée atmosphérique. Si l’anomalie s’était produite 200 kilomètres plus haut, au-delà de la barre des 650 kilomètres, ces morceaux de ferraille spatiale seraient restés en orbite pendant des décennies, se transformant en bombes à retardement invisibles capables de pulvériser n’importe quel satellite à des vitesses relatives dépassant les 7 kilomètres par seconde.
La Chine face au défi de la pollution spatiale
Ce nouvel incident illustre la part grandissante de la Chine dans la pollution orbitale, à l’heure où le pays intensifie les lancements de ses propres méga-constellations pour concurrencer les Américains. Si la Russie, les États-Unis et l’Europe ont historiquement accumulé une part immense de débris à cause de décennies d’abandon de matériel, leurs volumes de production sont aujourd’hui stables ou en baisse. À l’inverse, la masse des corps de fusées chinoises abandonnés en orbite a explosé de plus de 150 % au cours des cinq dernières années.
Les spécialistes rappellent que les lanceurs chinois affichent un historique particulièrement lourd sur le terrain de la sécurité spatiale. La fusée Longue Marche 6A, par exemple, a déjà été le théâtre de deux explosions massives ayant généré plus de 1 000 morceaux de débris à haute altitude. Selon Darren McKnight, chercheur chez LeoLabs, trois des quatre plus graves fragmentations de l’histoire récente en orbite basse proviennent de lanceurs chinois. Tant que les acteurs du secteur n’appliqueront pas des règles de passivation et de désorbitation contrôlée strictes, l’encombrement de l’espace restera un enjeu critique pour l’ensemble des opérateurs mondiaux.
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Source : ArsTechnica

