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Insolite : un robot livreur se pointe en pleine descente de police

Un robot livreur DoorDash a choisi le pire moment pour livrer sa commande : en plein assaut du SWAT. Et quand les policiers lui ont ordonné de dégager, la petite glacière sur roues a fait la sourde oreille.

Dans les grandes villes américaines, les robots livreurs font désormais partie du décor, à peu près aussi remarquables qu’une bouche d’incendie. Los Angeles, San Francisco, Chandler : on les croise sur les trottoirs, ils s’arrêtent poliment aux passages piétons, ils attendent leur tour avec la patience des machines qui ne connaissent pas la fatigue. C’est devenu si banal que plus personne ne se retourne, ou presque. Sauf quand l’un d’eux décide de s’inviter au beau milieu d’une opération de police musclée.

Une grenade assourdissante, des policiers, et un robot qui ne bouge pas d’un pouce

Le 15 juin dernier, la police de Chandler, en Arizona, enquêtait sur un « incident lié à des armes à feu » dans un quartier résidentiel. La zone était bouclée, le dispositif SWAT en place. C’est à cet instant que Dot, le robot livreur de DoorDash (une sorte de grande glacière motorisée capable de filer à 32 kilomètres par heure sur la chaussée et les pistes cyclables), a débarqué pour honorer une commande. Les officiers lui ont ordonné de faire demi-tour. Dot a continué son chemin.

Faute de pouvoir le raisonner, la police a renoncé à le déplacer, et le robot a eu droit à une place de premier rang : grenade assourdissante sur la fenêtre de la maison, sortie du résident les mains derrière la tête. Dot est resté planté là jusqu’au bout de l’intervention, sans broncher (il faut dire qu’il n’avait pas vraiment d’autre option). Il a fallu qu’un camion DoorDash vienne le récupérer, un employé étant filmé en train de le piloter à la main vers la rampe de chargement.

Le genre de mésaventure qui n’a hélas rien d’exceptionnel outre-Atlantique. Un robot d’Uber Eats avait déjà traversé un périmètre de sécurité policier à Los Angeles en 2022, se frayant un passage entre les agents. Plus tôt cette année, deux robots Serve Robotics s’étaient retrouvés au cœur d’une intervention pendant l’interpellation d’un homme en détresse psychologique. La série commence à s’étoffer.

Et en France, qui réglemente ces engins sur nos trottoirs ?

Ce que la couverture américaine oublie, c’est que le coup du SWAT n’est pas la vraie question posée par Dot. La vraie question est plus terre à terre : à qui appartient l’espace que ces robots empruntent ? Aux États-Unis, plusieurs États ont déjà tranché en adoptant des lois spécifiques pour autoriser la circulation des robots de trottoir. La Californie, la Floride, l’Utah et quelques autres ont réglé le sujet, chacun à leur façon.

Lire aussi : Graffitis, coups et matière fécale : pas encore arrivés en France, les robots livreurs vandalisés partout dans le reste du monde

En Europe, l’Estonie a joué les pionnières en adaptant son code de la route pour organiser la cohabitation entre piétons et robots livreurs, suivie par la Finlande et le Royaume-Uni. La France, elle, n’a toujours pas répondu à des questions pourtant basiques : ces engins roulent-ils sur le trottoir à 6 km/h ou sur la chaussée ? Qui paie en cas d’accident avec un piéton ? Comment homologuer un appareil dont l’autonomie est justement tout l’intérêt ? Des acteurs français comme TwinswHeel planchent sur le sujet, mais leur déploiement commercial attend un cadre réglementaire qui n’existe pas encore. À l’autre bout du spectre, San Francisco a dégainé dès 2017 une réglementation si stricte qu’elle revient à une quasi-interdiction.

DoorDash, de son côté, a assuré que Dot « s’était comporté comme prévu », précisant qu’il « s’était arrêté et avait attendu en sécurité pendant que les autorités géraient la situation ». Reste une question autrement plus intéressante que l’anecdote : prévu par qui, pour quel scénario exactement, et qui a décidé qu’« attendre stoïquement devant une grenade assourdissante » relevait du comportement correct ?

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Source : Futurism


Naïm Bada