Le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’Information a attribué un code d’identification national à plus de 28 000 robots humanoïdes. Le système à 29 caractères suit chaque machine de la production à la mise hors service. Aucun pays occidental n’a mis en place de registre comparable.
Un numéro de sécu pour robots
Le principe est étonnamment simple : le Comité de standardisation de la robotique humanoïde, rattaché au ministère chinois de l’Industrie, attribue à chaque robot produit sur le territoire un identifiant unique de 29 caractères. Le code contient le fabricant, le modèle, la date de production, le site de déploiement et le statut opérationnel. Si la machine change de propriétaire ou de configuration, l’entreprise doit mettre à jour le registre.
Le parallèle avec l’identifiant citoyen chinois (18 caractères, attribué à chaque habitant) est… difficile à ignorer. Les robots héritent d’un code plus long pour absorber les variations techniques et les mises à jour logicielles. Le ministère n’a pas précisé si le système permettrait un suivi en temps réel ou se limiterait à un registre administratif, mais le signal politique est assez clair : aux yeux de Pékin, un robot humanoïde mérite autant de traçabilité qu’un citoyen.
La Chine a investi 3,4 milliards de dollars dans la robotique humanoïde en 2025 selon IDC. C’est 42 % de plus que les États-Unis et cinq fois le total européen. En volume, 18 000 unités ont été expédiées l’an dernier pour un chiffre d’affaires de 440 millions de dollars, soit une croissance de 508 % sur un an. Oui, cinq cents pour cent.
Les fabricants chinois comme Ubtech et Unitree vendent leurs robots entre 15 000 et 35 000 dollars pièce, contre 150 000 dollars pour un modèle américain ou japonais comparable. À ce tarif, il devient rentable d’immatriculer ses robots comme on immatricule une flotte de véhicules utilitaires : en masse, avec un registre centralisé, et en attendant d’eux qu’ils travaillent.
L’AI Act enregistre des modèles, pas des machines
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, entré en vigueur en août 2024, oblige bien les fournisseurs à déclarer leurs systèmes d’IA à haut risque dans une base de données de l’Union (article 49). Un robot humanoïde utilisé en logistique ou en assistance aux personnes âgées entre dans cette catégorie. Sauf que le texte ne prévoit aucun identifiant unique par robot physique, seulement par modèle de système. Concrètement, si un même modèle est déployé dans cinquante entrepôts européens, Bruxelles ne sait pas lequel est où.
Et le calendrier ne va pas dans le bon sens. La Commission a présenté début mai « paquet numérique omnibus » qui repousse certaines obligations de l’AI Act à août 2028 pour les systèmes embarqués dans des produits régulés par d’autres directives. Les robots industriels et médicaux bénéficient de ce délai. La CNIL, de son côté, n’a publié aucune position sur les robots humanoïdes ou l’IA incarnée.
Pendant que Pékin attribue des numéros de sécu à ses robots, l’Europe s’accorde trois ans de plus pour décider si elle doit les compter.
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Source : SCMP

