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Pénurie de puces : cette décision chinoise risque encore de faire exploser les prix

Pékin coupe ses exportations d’hélium, gaz discret mais vital pour les usines de puces. Après le néon en 2022, la tech redécouvre sa fragilité. Et votre prochaine barrette de RAM pourrait en faire les frais.

Les pénuries, l’industrie des semi-conducteurs les collectionne désormais comme d’autres les timbres. Silicium en 2021, néon en 2022, mémoire vive depuis l’automne dernier… et voilà l’hélium qui s’ajoute à la série. Ce 10 juillet, le ministère chinois du Commerce et l’administration des douanes ont suspendu avec effet immédiat, et pour une durée officiellement temporaire, les exportations d’hélium du pays. La mesure ressemble moins à une déclaration de guerre commerciale qu’à un réflexe de survie. Elle n’en concerne pas moins toutes les usines de puces de la planète.

Pourquoi Pékin garde-t-il son hélium pour lui ?

Pour comprendre la décision chinoise, il faut remonter au mois de mars et aux attaques qui ont visé le complexe gazier de Ras Laffan, au Qatar. L’émirat assure un tiers de la production mondiale d’hélium, et ces frappes ont retiré d’un coup 27 à 30 % de l’offre planétaire. En quelques semaines, les prix ont bondi de 40 à 100 %, et les acheteurs du monde entier se sont rués sur les volumes restants.

Or la Chine importe environ 85 % de l’hélium qu’elle consomme, et le Qatar lui en fournissait plus de la moitié. Privée de son principal robinet, Pékin verrouille donc ce qui lui reste : sa production nationale et ses stocks, réservés en priorité à ses champions domestiques, à commencer par le fabricant de mémoire CXMT. La Russie, de son côté, restreint ses propres exportations depuis avril, et jusqu’à fin 2027. Troisième secousse en cinq mois.

L’hélium, lui, ne se fabrique pas : c’est un sous-produit de l’extraction gazière (il naît de la désintégration radioactive de l’uranium dans la croûte terrestre, sur des milliards d’années, ce qui interdit toute production express). Son extraction mondiale se concentre entre trois pays : les États-Unis à 42,6 %, le Qatar à 33,2 % et la Russie à 9,5 %. L’Europe n’en produit presque rien, et Air Liquide, poids lourd français des gaz industriels, s’inquiétait déjà publiquement des tensions sur l’approvisionnement avant même la décision chinoise.

À quoi sert l’hélium dans une usine de puces, au juste ?

Dans une salle blanche, l’hélium joue les hommes à tout faire. Son rôle le plus critique se niche sous la galette de silicium : pendant la gravure plasma ou l’implantation ionique, un mince coussin d’hélium est injecté sous la galette pour évacuer la chaleur. Sa conductivité thermique, environ six fois supérieure à celle de l’azote, en fait un climatiseur de précision sans équivalent, capable de tenir la température au dixième de degré pendant que le plasma cogne au-dessus.

Le gaz sert aussi de véhicule neutre pour transporter les produits chimiques lors du dépôt des couches, et de purge dans les optiques de lithographie. Il fait enfin office de traceur de fuites : l’atome d’hélium est si petit qu’il se faufile par des interstices qu’aucun autre gaz ne repère. Pour l’essentiel de ces usages, aucun substitut viable n’existe. Une usine à l’arrêt coûte entre 1 et 3,8 millions de dollars par heure, ce qui explique la fébrilité des acheteurs. Le secteur des semi-conducteurs absorbe déjà près d’un quart de l’hélium mondial, une part attendue autour de 30 % d’ici 2030, IA oblige.

Le scénario rappelle furieusement 2022, quand la guerre en Ukraine avait asséché l’offre de néon, ce gaz qui alimente les lasers de photolithographie. Environ la moitié du néon de qualité semi-conducteurs sortait alors d’usines ukrainiennes, et des fondeurs persuadés que leurs stocks suffiraient s’étaient retrouvés à négocier au prix fort. Quatre ans plus tard, la leçon ressemble à un copier-coller, gaz différent inclus.

Le patron d’Intel, Lip-Bu Tan, avait d’ailleurs prévenu dès le mois dernier. Au détour d’un podcast, il rangeait l’hélium parmi les goulots capables d’étrangler la production de puces IA, aux côtés de l’énergie et de la mémoire. Peu de monde, regrettait-il en substance, avait pris la mesure du problème. Trois semaines plus tard, Pékin lui offre une démonstration grandeur nature.

Votre prochain PC va-t-il passer à la caisse ?

Le choc tombe sur une filière mémoire déjà à cran. Les prix contractuels de la DRAM ont encore grimpé de près de 90 % au deuxième trimestre. Un kit de 32 Go de DDR5 qui se négociait entre 70 et 90 euros l’an dernier s’affiche désormais à partir de 309 euros dans les boutiques françaises. Les constructeurs de PC comme de smartphones répercutent déjà ces hausses sur leurs tarifs.

Les usines de mémoire sud-coréennes figurent justement parmi les plus exposées au manque d’hélium, davantage que les lignes logiques de TSMC. Le Taïwanais n’est pas épargné pour autant : ses ateliers d’assemblage avancé pour GPU d’IA, très gourmands en gaz, affichent déjà complet jusqu’à mi-2026. Autant le dire clairement : chaque dollar ajouté au coût d’une galette finit, tôt ou tard, dans le prix d’un smartphone, d’un PC ou d’une carte graphique.

L’Europe, qui aligne 43 milliards d’euros de subventions pour bâtir ses propres usines, découvre au passage qu’elle importera aussi leurs fragilités, faute de produire le moindre mètre cube d’hélium à grande échelle. Reste l’inconnue de la durée. L’interdiction chinoise est présentée comme temporaire, sans que personne ne sache si elle tiendra trois semaines ou six mois. Les analystes n’attendaient de toute façon pas de détente sur la mémoire avant fin 2027, certains industriels évoquant même 2028. L’hélium ne crée pas la crise : il lui ajoute une couche.

Les ballons de baudruche ne sont plus les seuls à s’envoler grâce à l’hélium : la facture de votre prochaine machine a pris la même trajectoire.

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Source : SCMP