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RAM hors de prix : Apple prêt à tout, même à acheter au géant chinois blacklisté par la Maison Blanche

Pour survivre à la pénurie mémoire, Apple lobbie la Maison-Blanche pour acheter ses puces chez CXMT, fabricant chinois inscrit sur la liste des entreprises liées à l’armée populaire. Un précédent qui pourrait redessiner le marché mondial de la mémoire.

Depuis l’automne 2025, le marché de la mémoire vive a basculé dans une pénurie structurelle. Les trois fabricants qui contrôlent plus de 95 % de la production mondiale de DRAM (Samsung, SK Hynix et Micron) ont massivement réorienté leurs chaînes vers la mémoire à haute bande passante. C’est celle que les datacenters IA s’arrachent à des marges sans commune mesure avec le marché grand public. Résultat mécanique : les prix ont flambé de plus de 170 % sur un an en moyenne, avec une pénurie que les analystes ne voient pas se résorber avant 2028 (voire 2030 si on suit les dernières annonces de Micron).

La pénurie qui a mis Apple à genoux

La pénurie a sa traduction directe sur les prix, et même le fabricant de l’iPhone n’y coupe pas. Tim Cook a publiquement évoqué un étranglement mémoire, et la facture s’est aussitôt reportée sur les clients. Le MacBook Pro 1 To M5 coûte 300 euros de plus qu’il y a quelques semaines, l’iPad Pro a pris 200 euros, le MacBook Neo 100 euros. Toute la gamme y est passée, dans les mêmes jours.

CXMT, le premier fabricant chinois de mémoire DRAM, a récemment été inscrit sur la liste 1260H du Pentagone, celle des entreprises jugées liées à l’armée populaire de libération. C’est vers lui qu’Apple s’est tourné pour sécuriser son approvisionnement. Cette désignation n’interdit pas formellement à une entreprise privée américaine de commercer avec CXMT (seul le DoD est bloqué), mais opérer sans l’accord de la Maison-Blanche exposerait Apple à des représailles politiques et contractuelles considérables. Apple a approché le Commerce Department il y a plus d’un mois et poursuit son lobbying auprès de la Maison-Blanche.

Du côté du Congrès américain, l’opposition s’est cristallisée rapidement : « Choisir de s’associer à une entreprise militaire chinoise serait une grave erreur », a mis en garde le représentant John Moolenaar, qui pilote le suivi de l’influence géopolitique de Pékin au Capitole. Washington doit trancher entre la demande du plus grand acheteur de puces du monde et les impératifs de la guerre commerciale sino-américaine.

Lire aussi : Guerre des puces : les États-Unis veulent priver la Chine de machines indispensables

Si Apple passe, une porte s’ouvre pour tous

Des fabricants de mémoire comme Corsair auraient déjà utilisé des puces CXMT sans jamais avoir à en référer à la Maison-Blanche, leur poids politique ne leur permettant pas de forcer une question de cette ampleur. Apple, lui, le peut, et c’est ce qui rend l’épisode inédit : la décision rendue ici vaudra jurisprudence pour l’ensemble du secteur.

Les fabricants coréens ont acté depuis plusieurs trimestres que leur avenir rentable se trouve dans la mémoire haute bande passante pour les datacenters IA, et non dans la DDR5 grand public. Si CXMT obtient la bénédiction implicite de Washington en fournissant Apple, le vide consumer peut se combler par les fabricants chinois à des prix que Samsung et SK Hynix n’ont aucun intérêt à proposer. L’oligopole qui contrôle 95 % de la DRAM mondiale se fissurerait alors non par la concurrence technologique, mais par une décision politique américaine.

Depuis 2020, Apple fait de la diversification de sa chaîne d’assemblage hors de Chine l’un de ses grands chantiers industriels (production d’iPhone en Inde, assemblage Mac au Vietnam, etc.). Un an après la guerre des tarifs douaniers de l’administration Trump, voilà la même entreprise aller quémander de la mémoire à Pékin pour tenir ses marges. Le feuilleton géopolitique d’Apple avec la Chine a simplement changé de composant.

Pour l’acheteur français moyen, l’enjeu est concret : si Washington dit non, les prix de la RAM et des appareils Apple continueront de flamber jusqu’en 2030. Si Washington dit oui, la mémoire grand public devient chinoise de facto, et tous les autres fabricants suivront le chemin qu’Apple vient de tracer.

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Source : Financial Times