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Pénurie de RAM ou énorme complot ? Les trois géants de la mémoire traînés en justice pour entente illégale

L’explosion des prix de la mémoire vive se termine devant les tribunaux. Une action collective en Californie accuse Samsung, SK Hynix et Micron d’avoir artificiellement restreint l’offre de DRAM au profit de l’IA pour gonfler leurs marges.

Et si l’explosion actuelle des prix de la mémoire vive ne devait rien au hasard, ni même à la seule fatalité du marché ? C’est le pavé dans la mare que vient de jeter un collectif de consommateurs et de petites entreprises de la tech. Une action collective explosive a été déposée devant un tribunal fédéral de Californie contre le véritable « oligopole » de la mémoire mondiale : les géants sud-coréens Samsung et SK Hynix, ainsi que l’américain Micron. À eux trois, ces mastodontes contrôlent plus de 90 % du marché de la DRAM. L’accusation est lourde : ils auraient profité du boom de l’intelligence artificielle pour orchestrer une entente secrète, raréfier volontairement les composants grand public et faire grimper les tarifs jusqu’à des sommets vertigineux.

Le pivot vers l’IA comme couverture idéale ?

Depuis de longs mois, l’explication officielle des fabricants reste la même. Pour répondre à la demande gargantuesque des serveurs et des cartes graphiques de pointe, les lignes de production ont été massivement réorientées vers la HBM (mémoire à haute bande passante), beaucoup plus rentable. Sauf que selon la plainte, cette transition industrielle masquerait une manipulation bien plus sombre. Les trois industriels auraient délibérément coordonné une baisse drastique de la production de mémoires conventionnelles DDR3 et DDR4.

En asséchant volontairement les canaux de distribution de la RAM classique, les fabricants auraient provoqué une hausse artificielle des prix de près de 700 % sur quatre ans selon les plaignants. Dans un marché sain et concurrentiel, si un acteur baisse sa production, ses rivaux en profitent normalement pour inonder le marché et s’accaparer les clients. Ici, rien de tout cela : les trois constructeurs ont réduit la voilure simultanément. Un alignement parfait qui s’apparente, selon le recours, à un partage de quotas digne d’un cartel. Pire, les constructeurs exigeraient désormais trois ans de prépaiement pour livrer leurs puces, une exigence inédite qui asphyxie les petits assembleurs et menace de provoquer une vague de faillites dans l’électronique. Récemment, c’est Micron qui a douché les espoirs des consommateurs en révélant que l’espoir d’une baisse des prix de la mémoire vive avant 2030 venait officiellement de mourir, la firme ayant verrouillé 16 contrats pluriannuels à prix plancher avec ses plus gros clients.

Une surtaxe invisible payée par les consommateurs

Pour les plaignants, les premières victimes de cette entente présumée sont les acheteurs de produits électroniques grand public, qui essuient des hausses de prix en cascade sur des technologies pourtant vieillissantes. L’industrie est poussée à bout. C’est ce goulot d’étranglement qui a récemment contraint Microsoft à assommer les joueurs en augmentant le prix de toutes ses consoles Xbox jusqu’à 150 dollars, citant des coûts de mémoire devenus impossibles à absorber.

Même combat du côté des ordinateurs et des tablettes. Victime de ce même étranglement, Apple a fait exploser les tarifs de la quasi-totalité de son catalogue Mac et iPad. Pour tenter de sauver ses marges et contourner le blocage, la firme de Cupertino tente même un coup de poker géopolitique en négociant avec la Maison-Blanche pour acheter sa RAM chez CXMT, un fabricant pourtant sur liste noire à Washington.

Un lourd passé de récidive

Si la justice américaine prend l’affaire très au sérieux, c’est que le trio traîne un passif historique particulièrement encombrant. En 2005, Samsung et SK Hynix avaient déjà plaidé coupable devant le Département de la Justice américain (DoJ) pour une gigantesque affaire d’entente criminelle et de fixation des prix sur le marché de la DRAM, se soldant par des centaines de millions de dollars d’amendes et de la prison ferme pour plusieurs cadres. À l’époque, Micron avait évité la sanction en collaborant avec les enquêteurs. Une seconde alerte avait également secoué le marché entre 2016 et 2018 lors d’une enquête du gouvernement chinois.

Pour l’heure, les trois constructeurs ont simplement indiqué analyser la plainte et préparer leur riposte juridique. La bataille s’annonce rude : comme le rappelle Tom’s Hardware, un recours similaire avait déjà été balayé par les tribunaux en 2020 faute de preuves formelles d’un accord secret. Si cette fois-ci le recours collectif venait à être validé et que la fraude est avérée, les dommages et intérêts pourraient être triplés, menaçant les trois géants de sanctions financières colossales.

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