Un casque de sport qui sait aussi nager, ça ne court pas les rayons. Chez Shokz, spécialiste de la conduction osseuse, l’OpenSwim Pro occupe une place à part dans le catalogue. Contrairement à la plupart de ses cousins pensés pour la course à pied ou le vélo, celui-ci ajoute à sa connexion Bluetooth un lecteur MP3 intégré de 32 Go, seul moyen de continuer à écouter de la musique une fois la tête sous l’eau. Résultat : un casque hybride, à cheval entre la terre et le bassin. Nous l’avons testé plusieurs semaines, à la piscine comme en courant, pour voir si cette polyvalence tenait ses promesses.

Sobre, léger, prêt à plonger
Difficile de confondre l’OpenSwim Pro avec autre chose qu’un Shokz. Le design reprend les grandes lignes de la gamme OpenRun, avec un arceau souple en alliage nickel-titane recouvert de silicone, qui vient se loger derrière les oreilles sans jamais serrer. À 27,5 grammes, le casque est particulièrement léger, un argument « de poids » pour un appareil destiné aussi à faire office de baladeur.

La construction reste dans les standards élevés de la marque. La sensation générale de solidité est renforcée par la certification IP68 : le casque encaisse une immersion de deux mètres pendant deux heures, de quoi voir venir large en piscine comme sous une averse. Le confort, lui, frôle la perfection. Les branches épousent la forme de l’oreille et se font oublier au bout de quelques minutes, même lors de séances prolongées. La stabilité est également au rendez-vous : impossible de faire bouger le casque une fois en place, y compris pendant un footing ou des longueurs de bassin.

Seul bémol, la résistance de l’eau étant bien supérieure à celle de l’air, l’OpenSwim Pro a tendance à être repoussé vers l’arrière lors des premières longueurs, ce qui impose un petit temps d’adaptation. Le port du bonnet et des lunettes de piscine demande également d’y aller dans l’ordre, casque en dernier, sous peine de mauvaises surprises. Nous avons essayé de le caler sous notre bonnet de bain pour éviter cet effet de résistance, mais la pression exercée s’avère alors vite inconfortable.

Dans la boîte, on retrouve une housse de transport en silicone, le câble de charge magnétique propriétaire et des bouchons d’oreilles en silicone pensés pour la natation. Une seule taille est proposée, contrairement à l’OpenRun Pro 2, mais deux coloris cohabitent : noir et gris (la teinte de notre exemplaire de test) ou bleu marine et orange.

Trois boutons, deux mondes
Comme tous les casques à conduction osseuse de la marque, l’OpenSwim Pro se pilote via trois boutons physiques. Sur l’écouteur gauche, le bouton multifonction gère la navigation (lecture/pause en pression simple, piste suivante en double pression, piste précédente en triple pression) ; côté droit, la molette de volume fait aussi office d’allumage, d’extinction et d’appairage.

La bonne idée réside dans le basculement entre les deux modes d’écoute : une simple pression longue sur le bouton gauche fait passer le casque du Bluetooth au mode MP3, et inversement. Mieux, la playlist présente dans la mémoire interne se lance automatiquement dès l’activation du mode baladeur, sans avoir à appuyer à nouveau sur quoi que ce soit. Une aubaine quand on a les mains prises par un mur de bassin ou une paire de lunettes de piscine.

Pour le reste, Shokz a voulu caler un maximum de fonctions sur seulement trois boutons, au prix d’une certaine complexité. Basculer entre les modes de lecture (normal, aléatoire, répétition) nécessite par exemple d’appuyer simultanément sur les touches + et multifonction, une manipulation qu’on est loin de retenir du premier coup. Une fois les bons réflexes acquis, l’ensemble reste toutefois parfaitement fonctionnel au quotidien.
Le hic du tout MP3
Sous le capot, l’OpenSwim Pro embarque une puce Bluetooth 5.4, compatible AAC et SBC, avec prise en charge du multipoint pour basculer facilement entre un smartphone et une montre connectée.
L’application Shokz, elle, reste très épurée : mise à jour du firmware, personnalisation des commandes et choix entre deux préréglages d’égalisation (standard et vocal). En mode MP3, une troisième présélection apparaît pour s’adapter à l’environnement aquatique. 
Mais la vraie limite de l’OpenSwim Pro se situe ailleurs, et elle mérite qu’on s’y attarde. Pour profiter du mode MP3 — le seul qui fonctionne sous l’eau, le Bluetooth ne passant tout simplement pas la barrière liquide —, il faut relier le casque à un ordinateur par câble et glisser-déposer ses propres fichiers audio dans sa mémoire de 32 Go. Le casque accepte un large éventail de formats (MP3, FLAC, WAV, AAC, WMA, etc.), largement de quoi contenter un audiophile exigeant.
Le problème, c’est qu’à l’heure où la quasi-totalité de nos musiques dorment sur Spotify, Deezer ou Apple Music plutôt que sur un disque dur, disposer d’une bibliothèque de fichiers à transférer est devenu un vrai défi logistique pour beaucoup d’entre nous. Sans ces fichiers, sous l’eau, l’OpenSwim Pro se transforme en simple casque muet. C’est très certainement le plus gros défaut d’usage de ce produit : difficile à lui reprocher tant la contrainte est technique (le Bluetooth ne fonctionne pas sous l’eau quel que soit le fabricant), mais un défaut bien réel pour l’utilisateur lambda.
Un OpenSwim Pro 2 est d’ailleurs déjà commercialisé en Chine et pourrait potentiellement apporter une réponse à cette problématique. Là-bas, il est compatible avec le service de musique en ligne QQ Music et peut synchroniser des playlists directement en Wi-Fi. Mais à l’heure où nous publions ce test, Shokz n’a communiqué ni date de sortie européenne, ni même confirmé formellement l’arrivée du produit sur notre marché, potentiellement compatible avec des services de streaming occidentaux.
Une voix qui passe, même dans le bruit
L’OpenSwim Pro embarque un duo de microphones par côté, épaulé par deux systèmes de réduction de bruit travaillant de concert. Dans un environnement calme, la captation est un peu en retrait, légèrement moins précise que sur d’autres modèles de la gamme, mais aucun mot ne se perd en route pour notre interlocuteur.
En environnement plus hostile, nous avons été agréablement surpris. Certes, la réduction de bruit modifie sensiblement le grain de la voix dès que l’ambiance se fait plus agitée, avec parfois quelques artefacts métalliques bien identifiables. Mais dans les faits, nos correspondants n’ont jamais eu à nous faire répéter quoi que ce soit, même en pleine rue.

La voix reste intelligible en toutes circonstances, ce qui est bien l’essentiel pour un kit mains libres. Seules les situations vraiment extrêmes (vent fort, brouhaha continu) finissent par rendre l’exercice compliqué. Une performance honnête, cohérente avec ce que l’on attend généralement des casques à conduction osseuse, un genre qui se montre globalement plus efficace en appel que la moyenne des écouteurs Bluetooth classiques.
Dans la moyenne, sans complexe
Équipé de la technologie PremiumPitch 2.0+ maison, l’OpenSwim Pro affiche des performances sonores proches de celles du classique OpenRun. Sans surprise pour un casque à conduction osseuse, les basses restent le point faible : le registre n’est pas totalement absent, on ressent bien quelques vibrations qui suffisent à reproduire le timbre d’une voix grave, mais la rondeur reste très relative. Pas de miracle à espérer de ce côté, la faute à une technologie qui privilégie la conscience de son environnement plutôt que l’impact sonore.

La bonne maîtrise de cette technologie par Shokz permet néanmoins à l’appareil de bien s’en sortir. Son extension dans les basses, plus profonde que la moyenne du genre, autorise un son suffisamment présent pour éviter d’avoir l’impression d’écouter de la musique via un haut-parleur de téléphone. Côté puissance, l’OpenSwim Pro ne permet pas de se faire agréablement entendre dans un environnement vraiment bruyant (c’est le lot de tous les casques ouverts du genre) et peut même générer quelques vibrations désagréables si l’on monte le volume à fond.
Sous l’eau, l’expérience change radicalement. Un peu perturbante au premier abord, la sonorité devient plus profonde une fois totalement immergé, avec davantage de pertes dans les aigus, mais aussi un rendu plus rond et plus puissant. C’est clairement l’élément dans lequel il est le plus à l’aise. On vous conseille bien entendu d’utiliser les bouchons d’oreilles fournis pour éviter les bruits parasites de l’eau.
Autonomie suffisante, à condition de lever le pied
Shokz annonce 9 heures d’autonomie en Bluetooth et 6 heures en mode MP3. Dans nos conditions de test habituelles, à volume modéré, les chiffres du fabricant sont globalement respectés, avec près de 8 h 23 relevées en Bluetooth et entre 5 h 34 en MP3. Très consommatrice d’énergie, la conduction osseuse rend très sensible le casque au volume utilisé. Pour le faire vibrer plus fort, la batterie est alors très sollicitée.

Petit regret sur la recharge : plutôt que de miser sur un port USB-C désormais universel, Shokz continue d’utiliser un connecteur magnétique propriétaire à quatre broches, qui sert aussi bien à la charge qu’au transfert des fichiers audio. Si ce choix garantit une meilleure résistance à l’eau et limite les risques de corrosion, il implique de toujours avoir son câble sous la main.

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