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Mémoire vive : l’espoir d’une baisse des prix avant 2030 vient de mourir

Micron vient de signer 16 contrats pluriannuels à prix plancher avec ses clients les plus importants, qui courent jusqu’en 2030. La pénurie de RAM n’est plus seulement conjoncturelle : elle est désormais contractuellement garantie.

Pendant trente ans, le marché de la mémoire a tourné comme une horloge un peu détraquée : pénurie, prix qui s’envolent, fabricants qui bâtissent de nouvelles usines, surproduction, effondrement des cours, nouvelle pénurie. Et ainsi de suite, avec la régularité rassurante d’un métronome capricieux. L’acheteur de RAM, lui, savait qu’il lui suffisait d’attendre le bas de cycle pour renouveler sa configuration à bon compte. Sanjay Mehrotra, le directeur général de Micron, vient de décréter que cette époque était terminée.

16 contrats, 100 milliards de dollars, et des prix bloqués jusqu’en 2030

En dévoilant ses résultats du troisième trimestre fiscal 2026 (41,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 346 % sur un an, ce qui en dit long sur l’ampleur du cycle actuel), Micron a annoncé la signature de 16 accords stratégiques avec ses plus gros clients. La mécanique est celle des contrats dits take-or-pay : les clients s’engagent à acheter un volume minimum de mémoire sur la période 2026-2030, à des prix encadrés entre un plancher et un plafond. S’ils n’atteignent pas le volume promis, ils paient quand même. En échange, ils sécurisent leur approvisionnement. Au total, l’ensemble représente environ 100 milliards de dollars de revenus minimums garantis, auxquels s’ajoutent 22 milliards d’engagements financiers déjà sécurisés, dont près de 18 milliards en liquidités.

Ce dispositif change la nature même du marché. Jusqu’ici, un fabricant comme Micron pouvait voir ses revenus fondre de 60 % en deux ans si la demande se retournait. Ces contrats à prix plancher lui assurent des marges historiques quoi qu’il arrive sur le marché spot. Pour les 16 clients signataires (quatre très gros acheteurs, trois de taille moyenne et neuf constructeurs automobiles), c’est l’assurance de ne jamais tomber en rupture. Pour celui qui achète un PC en bout de chaîne, c’est une tout autre histoire.

Vers une normalisation des tarifs actuels

En France, un kit DDR5 32 Go qui s’affichait à 70-90 euros en septembre 2024 avait grimpé à 300 euros minimum au printemps 2026 sur les principales boutiques en ligne, soit trois à quatre fois plus cher en dix-huit mois. Les constructeurs comme Asus et Acer répercutent ces hausses sur les PC complets, avec des additions de l’ordre de 15 à 20 % selon les gammes. Micron lui-même anticipe des conditions de marché tendues au-delà de 2027 ; les contrats signés cette semaine donnent une raison structurelle d’être sceptique même sur ce calendrier.

Lire aussi : Après la RAM, le prix des processeurs risque d’augmenter, et c’est encore la faute de l’IA

La seule variable susceptible de soulager le bas de gamme, c’est l’arrivée de la mémoire chinoise. CXMT, fabricant jusqu’ici cantonné à son marché intérieur, commence à apparaître chez des assembleurs comme Corsair, avec des performances présentées comme comparables à du SK Hynix en usage gaming. Mais sa position sur les listes de contrôle à l’exportation américaines reste floue. La mécanique de fond, elle, ne bouge pas : tant que les data centers d’IA absorbent l’essentiel de la production mondiale, la DDR5 grand public se contente des miettes.

Si vous avez besoin de mémoire dans les prochains mois, achetez ce qu’il vous faut maintenant et ne misez pas sur une baisse à venir. Les 16 contrats signés cette semaine viennent de transformer cette attente en pari à très long terme.

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Source : The Register