En 2022, la guerre en Ukraine venait de démontrer ce que pèse une constellation de communication quand les réseaux terrestres tombent, et l’Europe regardait Starlink jouer ce rôle à sa place. En novembre de la même année, le Parlement et les États membres s’accordaient sur IRIS², un réseau satellitaire maison pour les communications sécurisées des gouvernements, avec une ambition affichée de couverture mondiale dès 2027. Presque quatre ans plus tard, le 7 août, la Commission européenne et le consortium SpaceRISE ont signé l’accord qui fait passer le programme de la planche à dessin au déploiement à grande échelle.
Une constellation gonflée à 348 satellites, premiers tirs en 2029
Les négociations, ouvertes en janvier sous le nom de Rendez-vous 1, ont accouché d’une architecture révisée. La constellation principale comptera 348 satellites, 330 en orbite basse et 18 en orbite moyenne, soit 66 appareils de plus que prévu dans le contrat de concession de décembre 2024. Cette couche supplémentaire est dédiée à la défense, à la sécurité et aux services d’urgence : elle augmenterait la capacité gouvernementale sécurisée de 60 % dans l’Union, de 54 % à l’échelle mondiale.
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Le consortium SpaceRISE réunit trois opérateurs, Eutelsat, SES et Hispasat, épaulés par les industriels du secteur (Airbus Defence and Space, Thales Alenia Space, OHB, Aerospacelab). Les premiers lancements sont calés sur 2029, avec une montée en charge progressive des services à partir de cette date et une entrée en service initiale en 2030. Les usages visés vont des opérations militaires à l’aide humanitaire, en passant par la protection des infrastructures critiques. Viendra ensuite une ouverture aux entreprises et aux particuliers, dans les zones que les réseaux terrestres ne couvrent pas.
Face aux plus de 10 000 satellites actifs de Starlink, l’échelle peut faire sourire. La comparaison a pourtant ses limites. SpaceX vise le marché mondial de l’accès à Internet, quand IRIS² cherche d’abord à garantir que les communications critiques européennes ne dépendent d’aucun acteur étranger (et encore moins des humeurs de son patron). Le ministère français des Armées a d’ailleurs signé en juin un accès à la constellation OneWeb d’Eutelsat, précisément pour patienter jusqu’à l’arrivée du réseau européen.
Une « accélération » qui arrive trois ans après la cible d’origine
Le commissaire à la Défense et à l’Espace, Andrius Kubilius, salue un réseau qui entrera en service « en avance sur le calendrier ». La formule est exacte, à condition de préciser lequel. Par rapport au contrat de décembre 2024, qui visait un service complet en 2030, gagner quelques mois relève bien de l’accélération. Par rapport à l’ambition initiale de 2027, le programme accuse trois ans de glissement. L’Europe se félicite, en somme, d’être en avance sur son propre retard.
Estimé à 6 milliards d’euros au lancement du projet, le programme était passé à 10,6 milliards au moment de la concession de décembre 2024, dont 6,5 milliards d’argent public. L’enveloppe totale atteindrait désormais 15,6 milliards d’euros, dont 11,6 milliards de financements publics. Un chiffre que le communiqué officiel se garde bien de mentionner : l’agence spatiale européenne évoque pudiquement un « investissement additionnel », financé par le budget de l’Union 2028-2034 et par les États membres.
Certains ont déjà sorti le carnet de chèques. La Pologne s’engage à hauteur de 656 millions d’euros, la Hongrie de 500 millions, et l’Espagne annonce entre 1,6 et 2 milliards. La France, première puissance spatiale du continent et actionnaire de référence d’Eutelsat, ne figure pas parmi les États cités, d’autres contributions nationales restant « à l’étude ». Eutelsat, justement, pilotera le segment en orbite basse et y engagerait 3,39 milliards d’euros entre 2027 et 2034.
Reste l’essentiel : après quatre ans de négociations, de dérives budgétaires et de frictions entre capitales, les industriels ont désormais un contrat, un cahier des charges et une échéance. Si le calendrier tient cette fois, les Européens disposeront en 2030 d’un réseau de secours souverain. Et les habitants des zones blanches, d’une alternative à Starlink qui ne dépende ni de Washington ni d’un compte X. Il aura seulement fallu payer le billet deux fois et demie son prix de départ.
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Source : ESA

