La Commission de régulation de l’énergie (CRE) l’a officialisé le 8 juin 2026, le tarif d’acheminement de l’électricité, appelé TURPE, augmentera de 3,04 % au 1er août pour les abonnés raccordés au réseau de distribution (Enedis). La hausse sera de 3,34 % pour le réseau de transport (RTE). Conséquence directe : une hausse d’environ 1 % TTC sur les factures au tarif réglementé de vente (TRVE) est attendue, soit entre 7 et 26 euros supplémentaires par an selon le profil de consommation. Ce qui rend cette augmentation particulièrement contre-intuitive est l’une de ses causes principales : vous avez trop peu consommé d’électricité l’an dernier.
Le TURPE, c’est quoi ?
Pour rappel, le TURPE (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité) est une composante présente sur toutes les factures d’électricité, quel que soit votre fournisseur. Il finance l’entretien, la modernisation et l’exploitation des réseaux gérés par Enedis (distribution, du poste de transformation jusqu’à votre compteur) et RTE (transport, les grandes lignes à très haute tension). Il représente environ 28 à 30 % du montant total d’une facture moyenne.
Ce tarif est révisé chaque année au 1er août selon une formule fixée par la CRE, qui additionne trois éléments : un indice inflation net de +0,39 %, un coefficient d’efficacité imposé aux opérateurs, et un coefficient de rattrapage appelé k, plafonné à plus ou moins 3 %. C’est ce troisième élément qui est au cœur de la hausse de cet été.
Un hiver trop doux qui se répercute sur votre facture
En 2025, l’hiver a été sensiblement plus clément que la normale. Résultat: les ménages ont moins chauffé, moins consommé d’électricité. Selon la délibération de la CRE publiée le 21 mai 2026, les recettes tarifaires perçues par Enedis se sont établies à 17,17 milliards d’euros, soit 231,6 millions de moins que ce qui était prévu. L’écart s’explique principalement par une consommation des clients résidentiels inférieure de 3,6 TWh aux prévisions en raison de températures plus élevées que prévu.
Or, le modèle économique des gestionnaires de réseau repose sur des recettes prévisionnelles calculées à l’avance. Quand les volumes consommés sont inférieurs aux prévisions, les recettes chutent mais les coûts fixes du réseau, eux, ne diminuent pas. Pour compenser cet écart, la CRE utilise un mécanisme de régulation appelé CRCP (compte de régularisation des charges et des produits), qui permet de reporter le déséquilibre sur l’année suivante via le coefficient k. En 2026, ce coefficient atteint son plafond de 3 % pour les deux opérateurs.
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En clair : parce que vous avez moins chauffé en hiver 2025, Enedis a encaissé moins que prévu, et vous allez rembourser la différence en 2026 à travers votre facture. Ce mécanisme est conçu pour protéger les opérateurs contre les aléas climatiques non maîtrisables, mais il crée cet effet paradoxal où la sobriété collective d’une année génère une hausse tarifaire l’année suivante.
D’autres facteurs pèsent sur RTE
Du côté du réseau de transport, la mécanique est un peu différente. RTE a lui aussi perçu moins de recettes que prévu (40,8 millions d’euros de manque à gagner lié au climat), mais d’autres facteurs expliquent l’ampleur du rattrapage. Les charges de capital normatives ont dépassé les prévisions de 136,8 millions d’euros, notamment en raison d’erreurs de paramétrage du modèle prévisionnel des amortissements. Les coûts liés aux congestions nationales et internationales ont également fortement progressé (+55,4 millions d’euros), conséquence des importants différentiels de prix entre les marchés électriques européens en 2025, qui ont généré des flux transfrontaliers intenses et de nouvelles contraintes sur le réseau.
Ces surcoûts ont été partiellement compensés par des recettes d’interconnexion exceptionnellement élevées (+96,8 millions d’euros), elles-mêmes issues de ces mêmes différentiels de prix. Au total, le solde du CRCP de RTE à apurer au 1er août 2026 s’établit à 140,9 millions d’euros, contre 494,5 millions pour Enedis.
Combien votre facture va-t-elle augmenter ?
La hausse de 3,04 % du TURPE ne se répercute pas intégralement sur la facture totale, car le TURPE n’en représente qu’une partie. Les petits consommateurs sont d’ailleurs proportionnellement les plus touchés : leur facture est dominée par la part fixe (l’abonnement), qui progresse plus vite que le prix du kilowattheure. Plus la consommation est élevée, plus le poids de l’abonnement se dilue dans la facture, et plus la hausse en pourcentage s’atténue.
Les simulations de votre facture selon votre profil :
Le comparateur Selectra a calculé l’impact concret de cette hausse profil par profil. Pour un studio en option Base (abonnement 6 kVA, 1 600 kWh/an), la facture annuelle passerait d’environ 498 euros à 505 euros, soit 7 euros supplémentaires (+1,4 %). Pour un appartement familial (3 500 kWh/an), la hausse sera de l’ordre de 10 euros par an.
Pour une maison chauffée à l’électricité (option Heures Creuses, 8 500 kWh/an), le surcoût atteint environ 18 euros par an. Enfin, pour une grande maison tout électrique (13 000 kWh/an), comptez jusqu’à 26 euros supplémentaires par an.
Une hausse partielle : la facture finale connue mi-juillet
La CRE a précisé que la hausse d’environ 1 % est une estimation calculée « toutes choses égales par ailleurs ». D’autres paramètres pourraient faire varier la facture finale dans un sens ou dans l’autre. La CRE a lancé deux consultations publiques parallèles dont les résultats sont attendus début juillet. La première porte sur l’intégration du nouveau mécanisme de capacité, qui entrera en fonctionnement cet automne et dont le coût sera répercuté dans les factures. La seconde propose d’étendre l’option heures pleines/heures creuses aux abonnements de 3 kVA, contre 6 kVA actuellement, ce qui pourrait bénéficier aux très petits consommateurs.
Les grilles tarifaires définitives du TRVE seront publiées à la mi-juillet 2026. La hausse concerne environ 24 millions de foyers : les 20,4 millions d’abonnés au Tarif Bleu d’EDF et les 4 millions de clients en offre de marché indexée sur le tarif réglementé. Les abonnés en offre à prix fixe ne verront pas leur prix de l’énergie changer, mais le TURPE leur est appliqué de la même manière.
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