On imaginait un avant-poste compact, quelques modules posés dans un cratère, mais la NASA pense à une ville. Lors d’une conférence de presse à Washington le 26 mai, Carlos García-Galán, responsable du programme Moon Base à l’agence spatiale américaine, a levé le voile sur l’ambition réelle du projet : « Nous envisageons une base lunaire qui s’étendra sur des centaines de kilomètres carrés, intégrant différents actifs pour construire une présence permanente ». La NASA a dans la foulée annoncé plusieurs contrats pour concrétiser ce plan, avec un premier alunissage habité visé pour fin 2028.
Une ville, pas un avant-poste
La superficie n’est pas un choix délibéré mais une nécessité qui émerge des contraintes du site. La base sera construite au pôle sud de la Lune, une région supposée abriter d’importantes réserves de glace d’eau dans les cratères en ombre permanente. Mais ce territoire est complexe et encore largement inconnu.
« Il n’y a pas un endroit unique qui réunit toutes les conditions scientifiques, technologiques et d’habitation », explique Nujoud Merancy, architecte en chef du programme. « Les habitats seront installés au sommet des collines pour capter la lumière solaire. Les systèmes nucléaires devront être éloignés d’au moins un kilomètre pour protéger les équipages des radiations. Quand on commence à assembler tout ça, ça s’étale davantage comme une ville ».
Pour cartographier ce relief avant d’y construire quoi que ce soit, la NASA s’appuie sur les drones MoonFall : trois ou quatre petits engins capables d’effectuer des bonds à la surface pour sonder les sites d’intérêt. Ils seront acheminés vers le pôle Sud dès 2028 via un atterrisseur de Firefly Aerospace, qui a décroché un contrat de 75 millions de dollars. Ces drones pourraient également servir à délimiter physiquement le périmètre de la base américaine.
Des contrats et un calendrier concrets
La NASA a annoncé plusieurs contrats majeurs pour équiper cette future base. Deux entreprises se partagent le développement des rovers habités, baptisés véhicules de terrain lunaire : Astrolab reçoit 219 millions de dollars pour son rover CLV-1, Lunar Outpost 220 millions de dollars pour son Pegasus. Ces deux engins seront capables d’être pilotés par les astronautes mais aussi opérés de façon autonome depuis la Terre, afin d’être pré-positionnés avant l’arrivée des équipages. Objectif : avoir au moins un rover opérationnel avant la mission Artemis 4, prévue fin 2028 au pôle sud.

Blue Origin, via son atterrisseur Blue Moon, assurera la livraison de ces rovers sur la surface lunaire avec deux contrats totalisant 234 millions de dollars. Le même Blue Moon servira également à la première mission Moon Base I, ciblée pour l’automne 2026 au plus tôt, qui emportera des instruments scientifiques sur la Shackleton Connecting Ridge pour préparer les futurs alunissages habités.
Le déploiement de la base se fera en trois phases. La première, jusqu’en 2029, se concentre sur la collecte de données et la sécurisation des accès à la surface. La deuxième, de 2029 à 2032, vise à établir une capacité opérationnelle initiale. La troisième, à partir de 2032 et pour une durée indéfinie, doit aboutir à une présence humaine semi-permanente.

La Chine en ligne de mire
Ce calendrier n’est pas déconnecté de la géopolitique spatiale. La Chine prévoit son premier alunissage habité avant 2030 et envisage sa propre base lunaire au pôle sud. Interrogé sur la possibilité que les drones MoonFall servent à délimiter des zones d’exclusion face aux ambitions chinoises, le directeur de la NASA Jared Isaacman a été mesuré : « Je pense qu’il est important que nous arrivions les premiers. Nous voulons explorer ces zones d’intérêt, tout en respectant le traité de l’espace et en étant attentifs aux autres nations qui déploient des actifs sur la surface lunaire. Nous attendrions la même réciprocité ».
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Source : Space.com

