Emmanuel Macron a réuni ce mardi 26 mai à l’Élysée l’ensemble des acteurs de la filière électrique (énergéticiens, constructeurs automobiles, grande distribution, opérateurs de bornes) pour officialiser une série d’engagements concrets dans le cadre du plan d’électrification des usages présenté par le gouvernement en avril. L’événement intervient dans un contexte particulier : la guerre au Moyen-Orient maintient les prix du brut à des niveaux élevés et ravive l’urgence de réduire la dépendance française aux énergies fossiles, qui représentent encore 60 % de la consommation énergétique du pays. L’objectif affiché est de ramener cette part à 30 % d’ici 2035, en faisant passer la part de l’électricité dans le mix de 27 % à 38 %.
240 000 nouvelles bornes de recharge d’ici 2030
Les opérateurs se sont engagés, selon le discours officiel du président de la République, à déployer 240 000 bornes de recharge supplémentaires d’ici 2030, dont 60 000 points rapides et ultra-rapides, pour atteindre un total de 400 000 points ouverts au public. La France compte actuellement plus de 185 000 bornes en service, toujours selon les chiffres avancés par Emmanuel Macron.
Les engagements individuels sont nombreux. Electra investira 300 millions d’euros pour installer 1 000 nouveaux points ultra-rapides par an jusqu’en 2030. Lidl prévoit 13,5 millions d’euros en 2026 pour densifier son réseau, qui couvre déjà plus de 970 magasins. E.Leclerc affiche un objectif de 10 000 points en 2030 et 30 000 en 2035, dans le cadre d’une enveloppe globale de 2,3 milliards d’euros. IZI by EDF propose quant à lui une aide de 75 euros pour l’installation d’une borne en copropriété, une contribution symbolique au regard du coût réel d’une telle installation. EDF annonce par ailleurs le lancement d’Izivia Trucks, présenté comme le premier réseau de recharge en itinérance pour les poids lourds électriques, avec un premier objectif d’environ 200 bornes d’une puissance supérieure à 400 kVA.
L’objectif de 400 000 bornes en 2030 mérite d’être mis en perspective. Le baromètre Avere-France publié en mai 2026 recensait 194 996 points de recharge ouverts au public au 30 avril, soit environ 10 000 de plus que le chiffre avancé par l’Élysée, qui s’appuyait sur les données de fin 2025. Le rythme actuel de déploiement, en hausse de 16 % sur douze mois, laisse un écart important à combler : il faudrait installer quelque 205 000 points supplémentaires en moins de quatre ans, soit environ deux fois le rythme observé depuis le début de l’année. Les engagements annoncés mardi devront donc se traduire rapidement en chantiers pour tenir la trajectoire.
Stellantis Mulhouse, Octopus Energy et les grands investissements
L’annonce industrielle la plus attendue est celle de Stellantis. Le constructeur va investir plus d’un milliard d’euros sur son site de Mulhouse pour produire, à partir de 2029, une nouvelle génération de véhicules électriques. Le site, qui emploie environ 4 000 personnes et tournait à cadence réduite depuis plusieurs mois, n’avait pas encore obtenu l’attribution d’un nouveau modèle.
EDF consacrera 240 millions d’euros à l’électrification : 80 millions pour accompagner les particuliers dans le remplacement de leurs chaudières gaz ou fioul par des pompes à chaleur, 80 millions pour soutenir l’achat de poids lourds électriques et l’installation de bornes de recharge, et 80 millions pour préparer des terrains industriels destinés à accueillir de grands consommateurs d’électricité. La Banque des Territoires annonce de son côté 1,2 milliard d’euros d’investissement sur la stratégie des bornes électriques.
Octopus Energy prévoit le déploiement d’au moins 10 000 pompes à chaleur dans les douze prochains mois et envisage jusqu’à 150 millions d’euros pour construire une usine de pompes à chaleur en France. Macron a également annoncé le lancement de la troisième édition du leasing électrique, avec des pré-réservations accessibles chez Stellantis et Renault dans les prochains jours.
Ce qui reste en suspens
Plusieurs angles restent sans réponse après cette journée d’annonces. Le prix au kilowattheure en recharge rapide sur autoroute, qui oscille entre 0,59 et 0,79 euro, n’a fait l’objet d’aucun engagement de baisse. La question de la fiabilité des bornes n’a pas davantage été abordée : selon le baromètre Avere-France d’avril 2026, seulement 66 % des points de recharge sont disponibles 99 % du temps, et 9 % sont hors service plus de sept jours consécutifs. C’est d’autant plus préoccupant que les bornes rapides, celles où se jouent la vraie bataille pour les trajets longue distance, ne représentent encore qu’environ 20 % du parc.
👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.

