Le 8 juin, au moment même où Apple présentait Siri AI à la WWDC 2026, la firme de Cupertino publiait en parallèle un communiqué d’une rare agressivité contre la Commission européenne. Le message est clair : Apple tient Bruxelles pour responsable du blocage de Siri AI sur iPhone et iPad dans l’Union européenne. La Commission a répondu le lendemain.
Ce qu’Apple reproche à la Commission
Le DMA impose aux plateformes désignées comme contrôleurs d’accès des obligations d’interopérabilité. iOS et iPadOS entrant dans cette catégorie, Bruxelles estimerait qu’Apple devrait permettre à tout assistant virtuel tiers d’accéder aux mêmes fonctionnalités système que Siri AI dès son lancement. C’est sur ce point précis que le bras de fer s’est noué.
Apple estime que cette exigence créerait des « dangers évidents » pour les utilisateurs européens. Dans son communiqué, la firme décrit ce que cela impliquerait concrètement : un assistant tiers pourrait « lire et envoyer des messages, effectuer des achats, accéder à des fichiers et agir dans n’importe quelle app » sans que l’utilisateur en soit informé ni n’y consente. Apple s’appuie sur des travaux de chercheurs en sécurité, sans les citer nommément, pour affirmer que « les systèmes d’IA peuvent être détournés pour voler des données personnelles, comme des mots de passe et des photos ».

Pour sortir de cette impasse, Apple affirme avoir proposé une solution technique appelée Trusted System Agent. Cet intermédiaire au niveau système permettrait aux assistants tiers d’accéder aux mêmes capacités que Siri AI, mais avec les protections de sécurité d’Apple. La firme dit avoir présenté cette proposition à la Commission plusieurs mois à l’avance, et avoir également proposé un déploiement progressif sur dix-huit mois.
Selon Apple, « la Commission européenne s’y est opposée » et « a rejeté toutes les propositions d’Apple ». Craig Federighi, vice-président d’Apple en charge de l’ingénierie logicielle, a exprimé ses regrets dans le communiqué officiel : « Nous espérons pouvoir, à terme, proposer Siri AI dans l’UE, et nous continuerons de dialoguer avec les organismes de réglementation européens pour y parvenir. Toutefois, compte tenu de leur refus de s’engager de manière constructive dans la recherche de solutions préservant la vie privée et la sécurité, nous ne disposons actuellement d’aucune date de disponibilité pour Siri AI sur iOS et iPadOS dans l’UE ». Ce n’est pas la première fois qu’un tel scénario se produit : Apple et la Commission s’affrontent régulièrement sur l’interprétation du DMA, un règlement qu’Apple a même demandé à abroger l’an dernier.
Ce que le DMA cherche à faire, et la réponse de Bruxelles
La Commission européenne a répondu le 9 juin, le lendemain des annonces d’Apple, lors d’une conférence de presse. Son porte-parole sur le numérique, Thomas Regnier, a contesté point par point la version d’Apple. « La décision de ne pas déployer Siri AI dans l’UE est de l’entière responsabilité d’Apple », a-t-il déclaré. « Rien dans le règlement sur les marchés numériques n’empêche Apple de lancer de nouveaux produits dans l’UE ».
Selon Bruxelles, Apple n’aurait pas été empêchée de lancer Siri AI, mais aurait « tout simplement été incapable de développer une solution d’interopérabilité compatible » avec les règles européennes, et aurait « demandé à être exemptée d’appliquer les obligations du DMA ». « La loi européenne n’est pas négociable. La Commission ne peut pas accorder de passe-droit, tout comme un policier ne peut pas laisser un conducteur violer les limitations de vitesse », a ajouté Regnier.
L’objectif affiché du DMA est d’empêcher les grandes plateformes d’utiliser leur position dominante pour verrouiller les marchés adjacents. En imposant l’interopérabilité, Bruxelles cherche à éviter qu’Apple ne profite de son contrôle sur iOS pour favoriser Siri AI au détriment des assistants concurrents. L’organisation européenne de défense des consommateurs BEUC a exprimé sa déception face à la décision d’Apple. Son responsable de la concurrence, Sébastien Pant, a déclaré à Euractiv qu’Apple « blâmait une nouvelle fois la réglementation européenne qui protège la concurrence et le choix des consommateurs dans les marchés numériques » pour justifier ce retard.
Apple n’est pas la seule entreprise américaine à s’opposer au DMA : Google et Meta ont eux aussi critiqué le texte et écopé d’amendes. Mais ces désaccords n’ont pas empêché Google de déployer en Europe une bonne partie des nouvelles fonctionnalités de Gemini, alors qu’Android est lui aussi désigné comme contrôleur d’accès. Un précédent que Bruxelles pourrait invoquer pour contester l’argument d’Apple selon lequel le DMA rendrait tout déploiement impossible. Par le passé, la Commission s’était félicitée du DMA comme d’un outil concret pour les utilisateurs, notamment en poussant Apple et Google à simplifier le transfert de données entre iOS et Android.
Les deux camps ont donc des versions contradictoires des faits : Apple affirme avoir proposé des solutions refusées, Bruxelles affirme qu’Apple a demandé une exemption. Sans accès aux échanges entre les deux parties, il est impossible de trancher. Ce qui est certain, c’est qu’aucune date n’est annoncée pour Siri AI sur iPhone et iPad dans l’UE.
Ce qui est bloqué, ce qui arrive quand même
Le blocage est ciblé et concerne uniquement Siri AI sur iOS et iPadOS. Les utilisateurs européens pourront accéder à Siri AI sur macOS 27, watchOS 27 et visionOS 27 dès le lancement, ces plateformes n’étant pas soumises aux mêmes obligations du DMA. Les développeurs basés dans l’UE ne pourront pas non plus tester ni intégrer les nouvelles fonctionnalités Siri AI dans leurs apps iPhone et iPad, creusant l’écart avec leurs homologues américains.
Ce qu’Apple ne bloque pas, et c’est important, c’est l’ensemble des autres nouveautés d’Apple Intelligence sur iOS 27 : retouche photo, Image Playground, nouveaux outils Safari, app Maison, Mots de passe. Ces fonctionnalités arriveront bien en Europe en français dès l’automne. Pour tout savoir sur les nouveautés d’iOS 27, consultez notre article dédié et notre première prise en main de cette nouvelle mouture.
Plus que jamais, le bras de fer entre Apple et Bruxelles se poursuit, et ses conséquences pour les utilisateurs européens pourraient se mesurer en années.
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