C’est le paradoxe que pointe Que Choisir Ensemble dans une étude publiée le 22 mai 2026 : jamais la France n’a compté autant de bornes de recharge publiques, mais les difficultés rencontrées par les automobilistes n’ont pas fondamentalement diminué. Fiabilité insuffisante, habitat collectif largement non équipé, et surtout une opacité tarifaire qui rend toute comparaison de prix quasi impossible. L’association dresse un bilan en demi-teinte et formule quatre demandes aux pouvoirs publics.
Un réseau en forte croissance, mais des inégalités qui persistent
La dynamique de déploiement est réelle. Fin 2025, la France comptait environ 185 500 points de recharge ouverts au public, soit une progression de plus de 130 % entre 2022 et 2025. Au rythme actuel, l’objectif de 400 000 bornes publiques fixé pour 2030 semble atteignable selon l’association, qui s’appuie sur les données Enedis.
Mais cette croissance masque des disparités persistantes. Certains axes routiers et zones rurales restent sous-équipés. Surtout, l’habitat collectif demeure le grand angle mort du déploiement : alors que près de la moitié des Français vivent en appartement, seuls 6 % des immeubles dotés d’un parking disposent de solutions de recharge. Une lacune d’autant plus problématique que 78 % des utilisateurs de véhicules électriques rechargent principalement à domicile, proportion qui tombe à 38 % pour les habitants d’immeubles collectifs.
Sur ce point, Que Choisir Ensemble identifie un problème réglementaire précis : les copropriétés souhaitant se raccorder au réseau public via une « colonne horizontale », solution plus pérenne et moins coûteuse à terme, sont obligées de solliciter d’abord un devis auprès d’un opérateur privé, mais pas l’inverse. Cette asymétrie oriente les décisions vers des solutions privées sans que les copropriétaires aient pu comparer. L’association demande une réforme de cette réglementation.
La fiabilité stagne, et les chiffres le prouvent
Au-delà du nombre de bornes, leur bon fonctionnement reste un problème non résolu. En 2025, seuls 68,5 % des points de recharge étaient disponibles en permanence, c’est-à-dire au moins 99 % du temps. Environ 6 % sont restés hors service plus d’une semaine consécutive. Des chiffres proches de ceux relevés en 2022, ce qui suggère une stagnation plutôt qu’une amélioration.
Ces pannes pénalisent particulièrement les trajets longue distance, où les alternatives de recharge sont limitées. Dans une enquête réalisée auprès de plus de 3 000 conducteurs en 2024, Que Choisir Ensemble relevait déjà que les problèmes de fonctionnalité et de disponibilité figuraient parmi les principales sources d’insatisfaction aux bornes publiques, juste derrière le prix.
Des écarts de tarifs allant jusqu’à 490 %
C’est le cœur du rapport. Entre le 1er et le 21 avril 2026, Que Choisir Ensemble a relevé les tarifs pratiqués par huit opérateurs de mobilité sur 121 points de recharge répartis en zone urbaine, sur routes nationales et sur autoroutes. Le constat est sévère.
En zone urbaine, l’écart moyen entre le tarif le plus bas et le plus élevé pour une même borne atteint 126 %, pour un prix moyen de 0,63 €/kWh. À proximité des routes nationales, l’écart moyen est de 99 %. Sur autoroute, où les consommateurs disposent de peu d’alternatives, il reste de 72 % pour un prix moyen de 0,61 €/kWh.
L’exemple le plus révélateur de l’étude : sur une borne de 22 kW à Langres, sur la N19, le tarif varie de 0,30 à 1,78 €/kWh selon l’opérateur utilisé, soit un écart de 490 % pour exactement la même énergie sur exactement la même borne.

En pratique, recharger 20 kWh, soit environ 100 km d’autonomie, coûte en moyenne 10,80 euros sur une borne de 22 kW, mais peut grimper à 35,60 euros avec les tarifs les plus élevés. Sur une borne rapide de 150 kW, la moyenne s’établit à 11,60 euros, avec des pointes à 18,70 euros. La même recharge à domicile, au tarif réglementé, revient à 3,80 euros, soit près de dix fois moins cher qu’aux bornes les plus onéreuses.
Une opacité entretenue par la structure du marché
La raison est structurelle : entre vous et la borne, il y a souvent deux ou trois intermédiaires. L’opérateur de la borne, la plateforme d’itinérance et l’opérateur de mobilité dont vous utilisez l’application fixent chacun leurs conditions tarifaires. Résultat : le prix que vous payez dépend moins de l’énergie consommée que de l’application ou du badge que vous avez en main.
Ces écarts s’expliquent aussi par la multiplicité des offres : il existe aujourd’hui plus d’une centaine d’opérateurs de mobilité (ChargeMap, Freshmile, Octopus, Izivia…) pour plus de 200 offres tarifaires en France, chacun fixant librement ses tarifs à partir de ses accords avec les opérateurs de bornes, sans que le consommateur puisse facilement comparer.
La structure tarifaire elle-même varie considérablement : prix au kilowattheure, frais fixes de connexion, facturation à la minute, frais de stationnement, souvent combinés dans des proportions opaques. À cela s’ajoute l’absence fréquente d’affichage des prix sur les bornes et la rareté des terminaux de paiement par carte bancaire, pourtant obligatoires depuis avril 2024 sur les nouvelles bornes du réseau autoroutier d’une puissance supérieure à 50 kW.
Le référencement des bornes selon les plateformes est lui aussi fragmenté : dans l’échantillon étudié, 45 % des bornes étaient absentes de l’application Alizé, contre seulement 2 % pour Chargemap. Un consommateur ne disposant que d’un ou deux comptes opérateurs ne peut donc pas accéder à l’ensemble des points de recharge disponibles sur son trajet.
Quatre demandes aux pouvoirs publics
Face à ces constats, Que Choisir Ensemble formule quatre demandes concrètes. La première porte sur la réglementation des copropriétés, avec une comparaison systématique imposée entre solutions privées et raccordement au réseau public. La deuxième réclame la création d’un site public recensant l’ensemble des prix pratiqués aux bornes, sur le modèle de prixcarburants.gouv.fr. La troisième exige un affichage obligatoire, harmonisé et compréhensible des tarifs avant et pendant la recharge, avec une limitation des composantes tarifaires au seul prix du kilowattheure et aux frais de stationnement. La quatrième demande la généralisation du paiement par carte bancaire sur l’ensemble des bornes publiques, y compris les bornes lentes aujourd’hui exclues des obligations européennes.
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Source : Que Choisir Ensemble

