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Pourquoi Apple se prépare à abandonner (partiellement) ARM pour RISC-V

Après PowerPC et x86 dans les PC, Apple serait en train de travailler à remplacer ARM. La firme commencerait le travail en substituant de petits cœurs microcontrôleurs ARM au profit de leur équivalent utilisant le jeu d’instruction RISC-V. Une conversion qui ira lentement, mais sûrement. Et qui semble logique vu la soif d’indépendance technologique du géant américain.

Apple est-il en train de faire un pas de plus vers l’autonomie technologique totale ? C’est ce que croit savoir la publication SemiAnalysis, qui explique dans une lettre d’information que les ingénieurs de la marque sont en train de migrer des cœurs ARM de ses puces vers la microarchitecture ouverte RISC V. Ne vous emballez pas, nous ne parlons pas ici des puissants cœurs de calcul de la puce. Mais de la horde de petits cœurs subalternes et autres microcontrôleurs qui parsèment les blocs logiques des différents SoC – la Watch pourrait être la première à basculer.

Comme dans toute information où l’intéressé (Apple) ne fera aucun commentaire, il faut s’intéresser à la source. En l’occurrence, Dylan Patel, un analyste qui publie une newsletter en grande partie payante, très documentée et fiable appelé « SemiAnalysis». Dans sa lettre du 16/09/2022, M. Patel a un ton très assuré. Centrée sur des projets qui démontrent l’adoption de RISC-V, l’article dit : « SemiAnalysis est en mesure de confirmer que ces cœurs (ARM dédiés à des fonctions subalternes) sont en train d’être convertis en RISC-V pour des futures générations de puces ». Pour l’heure, on parle ici de cœurs « non facing users ». C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas des cœurs en charge des applications que les utilisateurs manipulent… mais de la horde de petits cœurs de type microcontrôleurs qui pullulent dans les SoC.

Mais ce n’est qu’un début, car RISC-V est en train de décoller. Dans tous les pans de l’industrie.

RISC-V : le sens de l’histoire pour l’industrie, une évidence pour Apple

 

Apple est une entreprise qui aime tout contrôler. L’entreprise n’a pas hésité à changer plusieurs fois d’architecture processeur pour ses ordinateurs (Power PC, puis x86, puis ARM). Pour réussir à arriver à des puces, fixes comme mobiles, où elle maîtrise non seulement le sous-traitant de la production (TSMC actuellement), mais aussi le design des cœurs CPU et GPU (cœurs customs grâce à sa licence « Architect »).

Lire aussi : RISC-V : l’architecture concurrente d’ARM passe le cap de la gravure en 5 nm

La seule chose que ne maîtrise aucune entreprise concevant des puces ARM est le jeu d’instruction (ISA, pour instruction set architecture). Si Apple peut faire ce qu’elle veut avec ses cœurs, elle le fait dans les limites des instructions développées par ARM. RISC-V, par contraste, est développé par une fondation qui définit le standard, mais n’impose pas de licence d’utilisation. Et permet – moyennant un énorme travail en interne – à tous de développer leurs propres instructions maison s’ils l’entendent (et s’ils se débrouillent avec !). Tout en garantissant un développement communautaire, qui permet de s’appuyer sur des améliorations permanentes, contrairement à des architectures en train de mourir (PowerPC, SPARC, etc.).

Lire aussi : RISC-V, le rival d’ARM, va se doter de son premier GPU (et c’est loin d’être un détail)

Pour Apple, il y a une histoire de maturité grandissante de RISC-V, qui propulse non seulement des disques dur (Seagate) mais se prépare aussi à aller dans l’espace – futurs ordinateurs de vol de l’ESA et de la NASA – ou encore à piloter nos voitures. Mais il y a en plus des événements d’importance qui ont sans doute eu un effet catalyseur sur les projets en cours et la « fuite » de cette information.

AMR : le rachat par Nvidia, les mauvais messages Qualcomm/Nuvia

Danby, James Francis; Ship on Fire; Tameside Museums and Galleries Service: The Astley Cheetham Art Collection; http://www.artuk.org/artworks/ship-on-fire-89313

 

La tentative de rachat d’ARM par Nvidia a fait l’effet d’un séisme dans l’industrie. Même si elle s’est soldée par un refus des autorités de la concurrence un peu plus d’un an après sa mise en œuvre, elle a sans aucun doute été un accélérateur pour RISC-V. Tous les grands noms des puces, de Qualcomm à MediaTek, en passant par STMicro, Apple ou Texas Instruments ont pu mesurer la menace. ARM, qui était jusqu’alors la « Suisse des semi-conducteurs » pouvait se retrouver contrôlée par une entreprise concurrente ? Impossible !

L’épisode Nvidia a dû avoir un écho tout particulier pour Apple, qui a cessé tout travail avec Nvidia après deux générations de GPU qui chauffaient trop au sein de ses Macbook. Une « affaire » qui a conduit à des rappels massifs de machines. Et qui aurait donné lieu, en coulisse, à de houleuses conversations entre les deux directions. La suite de l’histoire est connue : après ça, Apple n’a plus jamais travaillé avec le champion des GPU et a préféré coopérer avec AMD – tout comme Microsoft pour ses Xbox 360/One/Series (jadis sous puces Nvidia) ou Sony pour ses PlayStation 4/5 (qui a uniquement fait appel à Nvidia pour la PS3).

Lire aussi : Pourquoi Qualcomm n’a pas (encore) annoncé de puces concurrentes aux M1 d’Apple

Une autre « affaire » doit renforcer la position des ingénieurs d’Apple dans leur travail autour de RISC-V. Celle de l’attaque en justice de Qualcomm par ARM, qui refuse que l’entreprise utilise les cœurs CPU ARM développé par Nuvia, que Qualcomm a racheté il y a bientôt deux ans. Si on ne connaît pas toutes les raisons légales – licence ? – une vision grossière de l’affaire peut être tournée ainsi : même si développez ou rachetez des technologies de cœurs ARM customs, l’entité ARM peut vous chercher des noises. Le genre de choses qui ne plaît à personne.

Et encore moins à Apple.

De même que l’on a parlé pendant des années de la bascule de x86 à ARM par Apple, la conversion de différents cœurs ARM en RISC-V va prendre du temps. RISC-V est loin d’être aussi mature qu’ARM, les premiers usages devraient cibler des cœurs basse consommation. Si Apple peut tout à fait introduire des cœurs en douce au sein de ses différents SoC, on peut tout à fait imaginer des puces hétérogènes, ses cœurs CPU ARM étant parmi les plus performants du monde. Mais il est assez probable qu’à moyen terme, si le développement de RISC-V se poursuit à la vitesse actuelle, qu’Apple évacue un jour totalement ARM. Et elle sera alors vraiment en contrôle de ses puces.

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Source : SemiAnalysis


Adrian BRANCO
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