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L’Europe veut faire de l’open source une arme de souveraineté numérique

Réduire la dépendance numérique de l’Europe aux États-Unis : l’ambition est immense. Les moyens, eux, tiennent surtout en des promesses prudentes. Sauf sur un point, où Bruxelles s’appuie enfin sur une vraie force du continent.

La dépendance de l’Europe aux technologies américaines n’a rien d’une surprise : ses entreprises et ses administrations tournent au quotidien sur des logiciels et des clouds conçus de l’autre côté de l’Atlantique. Pour tenter d’y remédier, la Commission européenne vient de présenter un vaste paquet sur la souveraineté technologique. Au milieu de mesures jugées timides, un volet à pourtant le potentiel de faire bouger les lignes : celui portant sur l’open source.

À peine annoncé, le plan européen laisse dubitatif

Le paquet présenté par Bruxelles ratisse large : une révision du règlement sur les semi-conducteurs, un texte sur le cloud et l’intelligence artificielle, une feuille de route sur l’énergie et une stratégie open source. L’ambition affichée est forte, mais beaucoup y voient surtout des intentions. Sur les marchés publics, la préférence européenne attendue a été largement diluée, Bruxelles lui préférant une notion de « valeur ajoutée européenne » qui permet de ne pas l’appliquer franchement. Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission chargée de la souveraineté technologique, a d’ailleurs pris soin de désamorcer toute crispation avec Washington, en martelant que la souveraineté « ne signifie pas protectionnisme ». Le précédent plan semi-conducteurs, doté de 52 milliards d’euros, reste pour sa part loin de son objectif de 20 % de la production mondiale.

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Les entreprises européennes dépensent pourtant chaque année près de 400 milliards d’euros en logiciels et services cloud, dont environ 330 milliards, soit 83 %, captés par des acteurs américains. À eux seuls, les cinq premiers fournisseurs raflent plus de la moitié des budgets, Microsoft étant cité par la quasi-totalité des directions informatiques. Et la facture grimpe, portée par des hausses de tarifs difficiles à contester quand changer de prestataire relève du casse-tête.

En quoi l’open source change-t-il la donne ?

Là où le reste du paquet s’en remet à de futurs règlements, l’open source part d’un atout déjà là. L’Europe compte près de 3 millions de contributeurs au logiciel libre, une base humaine et industrielle qu’aucun décret n’a besoin de créer. La stratégie de Bruxelles veut s’appuyer dessus sur deux fronts : accélérer le développement d’alternatives ouvertes dans les secteurs critiques (cloud, intelligence artificielle, cybersécurité, semi-conducteurs), et pousser davantage le libre dans les administrations publiques, au moyen de lignes directrices de marchés publics et de bonnes pratiques.

Un logiciel libre s’héberge, s’audite et se modifie sans dépendre d’un fournisseur unique, là où un cloud propriétaire enferme ses clients et fait grimper la facture. Le pari économique est réel : réorienter ne serait-ce que 15 % de ces dépenses vers une production européenne créerait, à l’horizon 2035, plus de 460 000 emplois sur le continent. De quoi transformer une dépense subie en investissement local.

Reste la question des moyens. Des lignes directrices et des bonnes pratiques n’ont pas la force d’une obligation, et la bascule dépendra surtout de la bonne volonté des administrations à jouer le jeu. L’arme est là, encore faut-il décider de s’en servir.

L’open source est le pari le plus solide de ce plan, parce qu’il s’appuie sur une force déjà présente. Reste que, face à 330 milliards qui filent chaque année outre-Atlantique, Bruxelles répond pour l’instant surtout par des recommandations.

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Source : Commission européenne


Naïm Bada