Pendant des décennies, brancher un moniteur était l’acte le plus simple de l’informatique domestique : on connecte le câble, Windows détecte la résolution, on travaille. LG a décidé qu’il manquait quelque chose à ce protocole. Depuis au moins fin 2024, connecter certains moniteurs de la marque, gamme gaming UltraGear en tête, à un PC Windows déclenche automatiquement l’installation d’une application maison, sans notification, sans boîte de dialogue, sans le moindre accord de l’utilisateur. La première chose visible n’est pas un utilitaire de calibration : c’est une publicité pour un antivirus McAfee, affichée dès le prochain démarrage.
Le mécanisme utilisé est parfaitement légal, ce qui est presque la partie la plus dérangeante. Windows dispose d’un système permettant d’associer automatiquement un périphérique branché à une application compagnon dans le Microsoft Store, prévu à l’origine pour faciliter la livraison des pilotes et utilitaires constructeur. LG s’en est servi pour glisser un installeur dont la première action visible est une promotion McAfee.
Sur un UltraGear vendu autour de 1 200 dollars, la publicité est apparue à 31 reprises sur 32 démarrages consécutifs lors de tests reproductibles. Dell pratique la même chose avec ses moniteurs Alienware via ce même canal Windows (ce qui suggère que la plomberie existe pour tous les constructeurs, et que chaque fabricant décide librement de ce qu’il y glisse).

LG et la surveillance : un feuilleton qui dure
Pour les utilisateurs qui suivent LG depuis quelques années, cette affaire résonne avec des souvenirs peu agréables. En 2013, il avait été découvert qu’un téléviseur LG remontait les noms de fichiers présents sur les clés USB de ses propriétaires vers les serveurs de la marque, y compris après que l’option avait été désactivée dans les menus. LG avait admis les faits.
Aujourd’hui, les nouvelles conditions d’utilisation de LG demandent à l’acheteur d’un téléviseur de la marque de prévenir lui-même ses invités que leurs conversations « peuvent être captées et traitées » dès lors que les fonctions vocales IA sont actives (pas LG qui vous avertit, donc : c’est vous, légalement responsable de briefer vos convives avant d’allumer le téléviseur). Du côté des moniteurs, l’application installée en silence revendique dans ses conditions l’accès aux ressources système complètes, à l’activité en ligne, aux identifiants et à la localisation. Ce que l’application collecte réellement n’a pas encore été documenté de façon indépendante, mais les permissions déclarées sont lisibles par n’importe qui.
Pourquoi supprimer l’application ne règle pas le problème
Passer par les Paramètres Windows pour désinstaller l’application LG est le réflexe naturel, et il n’est pas suffisant. Deux paquets de livraison LG restent dans le driver store de Windows après la suppression, câblés à une cinquantaine d’identifiants matériels couvrant une vingtaine de modèles de la marque. Rebranchez l’un d’eux, et toute la séquence recommence depuis le départ. Sur une machine documentée publiquement, l’application s’est mise à jour automatiquement à 2h du matin, neuf mois après le débranchement physique du moniteur.
La suppression complète nécessite de retirer ces paquets via l’outil pnputil en mode administrateur , une procédure que LG ne mentionne nulle part dans sa communication officielle et que Microsoft n’a pas davantage documentée dans ce contexte. Ni l’un ni l’autre ne s’était exprimé publiquement à la date de publication de cet article. Un moniteur qui s’installe sans demander, se met à jour neuf mois après avoir été débranché, et nécessite des commandes administrateur pour partir vraiment : c’est un peu plus qu’un périphérique d’affichage.
👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.
Source : Enquête de Gamer Nexus/YouTube

