L’été a été rude pour la Direction générale des finances publiques. Le piratage subi par le fisc a exposé les données fiscales de 678 000 particuliers et professionnels, et étalé au passage les lacunes de l’État sur le front cyber. La réponse prend la forme d’un nouvel accord avec Mistral AI, dévoilé par Les Echos et confirmé par le cabinet de David Amiel, le ministre de l’Action et des comptes publics, qui signe le partenariat.
Six millions d’euros et des ingénieurs Mistral dans les ministères
L’accord, conclu à l’issue d’une procédure de marché public et sans exclusivité, représente un investissement de 6 millions d’euros sur 2026-2027. Un montant modeste (restrictions budgétaires obligent, assume-t-on à Bercy) pour une ambition affichée sans détour : « débloquer des cas d’usage puissants en peu de temps ». Mistral détachera ses propres ingénieurs au sein des administrations, ces fameux « forward deployed engineers » envoyés en première ligne, dont raffolent les start-up d’IA.
Trois chantiers passent en priorité dans les prochaines semaines. La cybersécurité d’abord, piratage de la DGFiP oblige. La justice ensuite, avec le traitement des contentieux de masse pour désengorger des tribunaux saturés, alors que les procédures se multiplient à l’ère de l’IA. La fraude enfin : Bercy veut cibler les comportements frauduleux sur les réseaux sociaux et la non-conformité dans les commerces et sur le Web, lui qui traque déjà par apprentissage automatique les piscines non déclarées (si la vôtre est en règle, tout va bien).
« Les toutes dernières prouesses de l’IA doivent nous interpeller : il est urgent de faire appel à l’IA pour se protéger de l’IA », défend David Amiel dans les colonnes du quotidien économique. Selon la sensibilité des données, les outils seront hébergés sur les infrastructures de Mistral, sur le cloud souverain d’Outscale ou directement dans les centres de données des administrations. Le choix des modèles déployés, lui, n’est pas encore arrêté.
Un champion national que ses propres agents boudent
Ce contrat prolonge une relation déjà bien installée entre l’État et la jeune pousse d’Arthur Mensch. En juin, l’assistant développé avec Mistral a été généralisé à deux millions d’agents publics, et la start-up (près de 12 milliards d’euros de valorisation, avec l’État comme actionnaire indirect via Bpifrance) collabore déjà avec le ministère des Armées, France Travail et l’Assurance maladie. Difficile de faire plus central dans la stratégie IA de l’État.
L’évaluation du pilote (10 000 licences dans six ministères) a été conduite avec des chercheurs d’Inria, de l’INSA Rennes et du CNRS. Résultat : 75 % des agents jugent l’outil utile, mais 57 % estiment que ChatGPT, Claude ou Gemini répondent mieux à leurs besoins, le manque de confiance dans la fiabilité des réponses arrivant en tête des freins. Un outil souverain ne convaincra que s’il rivalise vraiment avec ceux qu’il prétend remplacer, et on n’en est pas encore là.
La souveraineté elle-même mérite d’ailleurs des guillemets : le modèle chinois GLM-5.2 est disponible sur les infrastructures de Mistral depuis cet été. Et au gouvernement, tout le monde ne pousse pas dans le même sens. « Si l’IA européenne se résume à Mistral, alors nous sommes fichus », a lâché le ministre de l’Économie Roland Lescure en marge d’un déplacement dans la Silicon Valley, plaidant pour un écosystème complet plutôt que pour un champion unique.
Avant de protéger les données fiscales des Français, l’IA souveraine devra donc gagner une bataille plus intime : convaincre les agents de l’État d’arrêter d’ouvrir ChatGPT dans un autre onglet.
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Source : Les Échos

