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Le Chat devient Vibe : Mistral mise tout sur les agents IA

Le félin tricolore a vécu. Mistral vient de débaptiser Le Chat, son assistant le plus connu, pour un nom qui sonne nettement plus Silicon Valley que Quartier latin. Derrière le changement d’étiquette se cache surtout un changement de métier.

Lancé en février 2024, Le Chat s’était fait une place dans le paysage français de l’intelligence artificielle, jusqu’à débarquer gratuitement chez les abonnés Free Mobile. Le 28 mai, lors de son sommet AI NOW, Mistral a annoncé le rebaptiser en Vibe. Le nom de l’entreprise, lui, ne change pas, mais l’assistant gagne au passage deux casquettes bien plus ambitieuses que la simple conversation.

De l’assistant bavard à la machine à tout faire

Sous le nom de Vibe, Mistral range désormais trois produits. Le premier reprend la conversation classique de l’ancien Chat. Vibe Work joue les assistants de bureau, capable de se brancher sur Google Workspace, Outlook, Slack, GitHub ou Notion pour exécuter des tâches à votre place. Vibe Code, enfin, vise les développeurs avec un agent qui écrit et corrige du code, en ligne de commande comme dans l’éditeur Visual Studio Code.

Le Chat Mistral Vibe redesign
Le changement de nom s’accompagne d’une refonte de l’interface qui rappelle Claude © Naïm Bada pour 01net

Le passage se fait en douceur pour les utilisateurs : même adresse, même identifiant, comptes et historiques transférés automatiquement. Côté tarifs, la formule gratuite demeure, l’abonnement Pro tourne autour de 18 euros par mois et l’offre Team grimpe à environ 30 euros par utilisateur. Le tout s’appuie sur un nouveau modèle maison, Mistral Medium 3.5.

Le virage n’a rien d’isolé. En réorientant son chatbot vers les agents, Mistral emboîte le pas à toute la concurrence : OpenAI pousse son agent de code Codex, et Anthropic décline son IA Claude en versions bureau et programmation. Le mot « Vibe » lui-même n’est pas tombé du ciel, puisqu’il désignait déjà l’outil de code de la maison (et plus largement la pratique du vibecoding). Mistral a simplement étendu l’étiquette à l’ensemble de la gamme.

Pourquoi abandonner un nom français qui marchait ?

Le jeu de mots était pourtant réussi : « Le Chat », à la fois l’animal et la messagerie, un clin d’œil bien franchouillard. Mais un nom hexagonal devient vite un boulet quand on veut vendre son IA de New York à Singapour. « Vibe », mot anglais passe-partout, s’exporte sans accent. Le calcul de Mistral n’a rien de sentimental : depuis septembre 2025, le néerlandais ASML a injecté 1,3 milliard d’euros dans l’entreprise pour en devenir le premier actionnaire, propulsant sa valorisation à 11,7 milliards d’euros, un record européen.

Avec un tel chèque vient une obligation : grandir, et vite. Mistral revendiquait fin 2025 un chiffre d’affaires annualisé supérieur à 400 millions de dollars, contre vingt fois moins un an plus tôt. De jolis chiffres, mais qui restent modestes face aux dizaines de milliards visés par OpenAI ou Anthropic. D’où la bascule vers les entreprises et les agents, là où se trouve l’argent, plutôt que le grand public et sa conversation gratuite.

Mistral se pose pourtant en champion de l’« IA souveraine », et son patron Arthur Mensch prévient régulièrement que l’Europe risque de devenir un « État vassal » des États-Unis. Troquer l’identité la plus française de sa gamme contre une étiquette anglophone a donc un petit goût amer. Pour les quelque quinze millions d’abonnés Free passés à Vibe sans rien demander, le quotidien ne change guère (même appli, même IA). Mais le symbole, lui, en dit long sur la pression qui pèse sur les pépites européennes sommées de jouer dans la cour des grands.

Le Chat est mort, vive Vibe : reste à voir si l’assistant qui voulait séduire la France saura convaincre le reste du monde, maintenant qu’il a troqué sa moustache de félin pour un costume d’agent.

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Source : Mistral


Naïm Bada