Passer au contenu

655 millions d’euros pour l’IA : le coup de force de la France à VivaTech vire à l’imbroglio géopolitique

Juste à temps pour l’ouverture de Vivatech, le Premier ministre Sébastien Lecornu acte un virage souverain : 655 millions d’euros pour l’IA, un chatbot Mistral pour un million d’agents de l’État, et un calendrier de rupture avec l’américain Palantir.

Coïncidant avec l’ouverture officielle du salon VivaTech à Paris ce mercredi 17 juin 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a officialisé hier une accélération massive de la stratégie numérique de l’État. Le gouvernement va injecter 655 millions d’euros supplémentaires dans le développement de l’intelligence artificielle par le biais du programme France 2030. L’objectif est limpide : bâtir une véritable autonomie technologique pour « ne pas dépendre du bon vouloir de certains partenaires ». Cette annonce survient quelques jours après que Washington a ordonné à la start-up américaine Anthropic de bloquer l’accès à ses modèles Claude Fable 5 et Mythos 5 aux ressortissants étrangers, provoquant une onde de choc au sein de la classe politique française.

Un chatbot Mistral AI pour un million de fonctionnaires

Le pilier le plus concret de cette offensive logicielle est la généralisation d’un assistant conversationnel souverain commun destiné à épauler les agents de la fonction publique d’État. Après une phase de test de dix mois menée auprès de 10 000 fonctionnaires à l’Intérieur, à la Justice et à Bercy, l’outil va être déployé à grande échelle pour équiper environ un million d’agents connectés au réseau interministériel. Pour un coût de développement très maîtrisé de 700 000 euros, ce chatbot s’appuiera directement sur les modèles de la pépite française Mistral AI. L’objectif est double : automatiser le traitement des dossiers administratifs routiniers (comme la gestion de procédures judiciaires ou les appels à projets des chercheurs) et couper court à l’usage clandestin d’outils d’IA américains non sécurisés au sein des administrations.

Pour s’assurer que cette transition ne reste pas un vœu pieux, Sébastien Lecornu a prévenu que l’adoption de l’IA pèsera désormais directement dans les arbitrages budgétaires : chaque ministère devra prouver qu’il utilise ces technologies pour simplifier les démarches et réaliser des économies. Ce déploiement s’accompagnera dès ce mois-ci de l’outil de traduction « Diplo IA » conçu par le Quai d’Orsay, tandis qu’un « assistant santé public » sera intégré à la plateforme Ameli de l’Assurance maladie d’ici la fin de l’année pour garantir que les données de santé des Français ne soient pas confiées à des laboratoires étrangers.

L’affaire Palantir : les coulisses d’un “débranchage” à rallonge

Pour matérialiser ce virage souverain, le Premier ministre a également annoncé un geste politique fort : le remplacement à venir du géant américain Palantir au profit de la société française ChapsVision pour orchestrer le traitement des données de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Sébastien Lecornu a justifié cette éviction en martelant que la France ne pouvait plus tolérer de « dépendances stratégiques dans le numérique », alors que Palantir subit de lourdes controverses internationales sur l’utilisation de ses outils de ciblage militaire par les États-Unis et Israël.

Un divorce sous contrôle d’ici 1 à 3 ans ?

Si l’effet d’annonce laissait présager une rupture immédiate, les coulisses de ce dossier s’avèrent beaucoup plus complexes. Comme l’ont révélé des précisions de Matignon obtenues par BFMTV, la bascule ne se fera pas du jour au lendemain. Pour éviter tout « trou capacitaire » dans ce secteur ultra-sensible de la sécurité nationale, la DGSI a été contrainte de renouveler son contrat avec Palantir fin 2025 pour une durée de trois ans (courant jusqu’à fin 2028).

Le cabinet du Premier ministre précise que ce délai permettra de former les équipes et de préparer sereinement la migration vers la solution française ChapsVision. L’objectif de l’État est d’acter le « débranchage » effectif de la solution américaine d’ici 1 à 3 ans, ouvrant la porte à une résiliation anticipée du contrat. De son côté, Palantir s’est empressé de rappeler à nos confrères que son engagement de long terme restait, pour l’heure, « pleinement en vigueur ».

Des millions pour muscler les supercalculateurs français

Au-delà des applications grand public et de ce feuilleton géopolitique, le reste de l’enveloppe de 655 millions d’euros sera fléché vers les fondations matérielles et industrielles de l’écosystème tricolore. L’État prévoit de subventionner massivement la recherche académique, les filières industrielles en transition, mais surtout les infrastructures physiques et les capacités de calcul brut.

Pour peser face aux infrastructures des géants américains, la France doit impérativement posséder ses propres supercalculateurs sur son sol. C’est tout l’enjeu des appels d’offres en cours pour la construction des futures gigafactories de données européennes, où les entreprises françaises se bousculent pour obtenir des sites stratégiques. En se positionnant comme un acheteur garanti de taille colossale pour les start-up locales, l’État espère créer l’appel d’air nécessaire pour pérenniser l’industrie de l’IA en Europe.

👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.