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Le renseignement allemand tourne le dos à l’Américain Palantir au profit du Français ChapsVision

Un pas vers la souveraineté numérique de l’Europe : l’équivalent de la DGSI en Allemagne a choisi la société française ChapsVision comme alternative à l’Américain Palantir.

En décembre dernier, le renseignement français renouvelait son contrat avec Palantir, la société américaine d‘analyse de données et de logiciels de défense, pour trois ans. Mi-mai, son homologue allemand, le Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV) a, à l’inverse, opté pour une alternative française, fournie par l’entreprise ChapsVision, rapportent les médias allemands Süddeutsche Zeitung, NDR et WDR, une information repérée par le site Intelligence Online, vendredi 15 mai.

Par velléités d’indépendance vis-à-vis des États-Unis, c’est Chapsvision, fondée en 2019, qui a été choisie : ses logiciels, qui utilisent l’intelligence artificielle (IA), permettent d’analyser de grandes quantités de données. Ils sont déjà déployés aux services de renseignement intérieurs et à la DGSI. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les Européens cherchent à se rendre moins dépendants des États-Unis, notamment sur les sujets sensibles comme celui du renseignement.

Au niveau des Länder, les services d’enquête continuent d’utiliser Palantir

En Allemagne, le scandale Snowden n’a pas été oublié. Or, de nombreuses agences européennes utilisent toujours des programmes de Palantir, dont le patron est le milliardaire libertarien controversé Peter Thiel, un soutien de Donald Trump. Sa société analyse massivement des données et fournit de nombreux logiciels aux agences gouvernementales (dont la tristement célèbre police de l’immigration américaine, l’ICE).

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En décembre dernier pourtant, et malgré une volonté de s’affranchir des solutions américaines, le Renseignement français avait annoncé renouveler pour trois ans son contrat avec Palantir. Ce ne sera pas le choix de la BfV. Selon les médias allemands, les logiciels de Chapsvision auraient été testés avant d’être déployés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le contre-espionnage. La BfV a opté pour la plateforme d’analyse de données ArgonOS, qui permet d’analyser de grandes quantités de données à l’aide de l’intelligence artificielle, mais aussi d’effectuer des recherches dans des sources librement accessibles.

Si ce choix de cette alternative française à Palantir est une bonne nouvelle pour la souveraineté numérique européenne, écrivent nos confrères, il est limité à BfV (le renseignement allemand intérieur, au niveau fédéral). Au niveau des Länder, les services d’enquête, qui utilisent Palantir depuis des années, continueront à le faire. C’est le cas en Hesse, en Bavière et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Comme cela avait été évoqué par la DGSI pour défendre le renouvellement du contrat avec Palantir, c’est la performance des outils qui est mise en avant pour expliquer ce choix. « Il est indispensable que nos autorités chargées de la sécurité disposent d’outils logiciels performants », a par exemple précisé Sebastian Fiedler, porte-parole du SPD pour les questions de politique intérieure au Parlement allemand, cité par le Süddeutsche Zeitung.

« Depuis deux ans, Trump nous a beaucoup aidés »

Mais au niveau fédéral, « Palantir ne doit en aucun cas jouer un rôle ». « Nous avons besoin d’alternatives européennes », ne serait-ce que par souci de souveraineté numérique, a-t-il ajouté. « Cette indépendance fait depuis longtemps partie de notre stratégie de sécurité nationale », a-t-il poursuivi dans les pages du quotidien allemand.

En décembre dernier, Sinan Selen, le président du renseignement intérieur allemand (BfV), avait souligné, lors d’une conférence organisée par son administration à Berlin, que les achats de logiciels utilisés par les services allemands, notamment pour analyser et exploiter de grandes quantités de données, devaient être « judicieux en matière de géostratégie ». L’objectif était d’éviter les dépendances et de renforcer la souveraineté européenne, détaillait-il, cité par le Tagesschau. Pour certains, le gouvernement allemand doit aller plus loin et opter pour davantage d’alternatives européennes en lieu et place de Palantir.

Et c’est la pépite française, fondée par Olivier Dellenbach, qui en profite. La société aux 200 millions d’euros de chiffres d’affaires (en 2024, selon son site Web), qui a « avalé » 29 sociétés en à peine six ans, se positionne désormais comme une réelle alternative « souveraine » crédible. Pourtant, en France, « l’État utilise trop peu la commande publique », regrettait quelques semaines plus tôt son dirigeant, Olivier Dellenbach, au micro du podcast de Challenges Deep Techs. « Il y a un espèce de complexe français qui est de dire : “un logiciel américain est toujours meilleur qu’un logiciel français” », dans le privé et dans l’administration, expliquait-il.

Reste que « depuis maintenant deux ans, Trump nous a beaucoup aidés. Je dis souvent, c’est le meilleur commercial, le meilleur recruteur de Chapsvision », soulignait le fondateur de la pépite française chez nos confrères. « Parce que quelque part, (le président des États-Unis, NDLR) représente un tel repoussoir, je dirais, en France et en Europe », qu’il a permis de « faire émerger un vrai acteur souverain capable de vendre des systèmes, en France ou en Europe ». 

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