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Guerre des puces US/Chine : le gouvernement Trump fait des concessions mais les ventes de Nvidia en Chine ne repartent pas

Une dizaine d’entreprises chinoises, listées par l’administration américaine, peuvent désormais acheter des semi-conducteurs H200 de Nvidia. Malgré ce nouveau feu vert, les ventes du champion américain ne décollent pas en raison de pressions de Pékin et de conditions imposées par Washington.

Après avoir édicté une liste noire un an plus tôt, Washington publie une liste blanche… voire grise. L’administration américaine a assoupli sa politique visant la vente de puces électroniques américaines fabriquées par Nvidia vers la Chine. Mais cela ne produit pas encore les effets escomptés. Selon l’agence Reuters, jeudi 14 mai, Washington a donné son feu vert pour que Nvidia puisse à nouveau vendre ses H200, la deuxième puce la plus puissante de ce fabricant américain, à une dizaine d’entreprises chinoises.

Il s’agit d’un nouvel assouplissement aux sanctions américaines, car, pendant des mois, Nvidia n’a pas pu vendre ses puces aux entreprises chinoises, désignées dans une liste qui ne faisait que s’allonger. Depuis octobre 2022, Washington cherche à couper tout approvisionnement de semi-conducteurs, des composants devenus essentiels à l’IA, aux smartphones et aux voitures, à Pékin. Cette politique dite de restrictions aux exportations a fait perdre d’importantes parts de marché à Nvidia dans le pays, et a poussé la Chine à développer sa propre industrie de puces électroniques.

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En réaction, Jensen Huang, à la tête du leader mondial des puces électroniques, plaidait depuis des mois pour la fin des restrictions aux exportations – le champion américain serait passé de 95 % de parts de marché dans le pays à près de 55 %. Le PDG de Nvidia a finalement obtenu gain de cause, car en décembre 2025, Donald Trump a finalement assoupli ces règles. L’annonce du jeudi 14 mai, qui n’a pas encore été confirmée officiellement par l’administration, constitue donc un pas de plus dans cette direction.

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Alibaba, Tencent, ByteDance et JD.com peuvent désormais acheter des H200 de Nvidia

Dans le détail, la dizaine d’entreprises désignées par le département américain du Commerce, et qui pourra désormais acheter des H200, comprend les géants chinois Alibaba, Tencent, ByteDance (la maison mère de TikTok) et JD.com. Ces derniers pourront directement acheter auprès de Nvidia, ou d’un fournisseur agréé (comme Lenovo et Foxconn), jusqu’à 75 000 puces électroniques, conformément aux conditions de la licence américaine, détaillent nos confrères.

Ce feu vert administratif ne s’est toutefois pas encore transformé en vente, puisqu’aucune livraison de H200 n’a été pour l’instant réalisée, ont précisé trois sources de l’agence de presse, proches du dossier.

Plusieurs raisons l’expliquent : la Chine aurait, d’abord, fortement incité ses entreprises à ne pas s’approvisionner en puces Nvidia. Selon une source de Reuters, Pékin surveille de très près ces commandes. Un contrôle expliqué par le secrétaire au Commerce américain Howard Lutnick, pendant une audition au Sénat : « le gouvernement central chinois ne leur (les sociétés chinoises, NDLR) a pas encore permis d’acheter ces puces, car il tente de concentrer ses investissements sur sa propre industrie nationale », a-t-il déclaré, cité par l’agence de presse.

À côté du feu vert de principe, d’autres conditions

Huawei serait l’un des principaux bénéficiaires de cette préférence nationale : le géant chinois, basé à Shenzhen dans le sud de la Chine, représenterait désormais 20 % du marché chinois. Sa puce IA Atlas 350, lancée fin mars, serait près de trois fois plus performante que les puces Nvidia H200, les seules à être autorisées à la vente dans le pays.

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Ajoutez à cela que les règles américaines, certes assouplies, continuent à exiger des entreprises chinoises plusieurs preuves qui pourraient être difficiles à apporter : les puces ne doivent pas être utilisées à des fins militaires, et les clients finaux doivent avoir mis en place des « mesures de sécurité suffisantes ». Nvidia doit, de son côté, certifier qu’il pourra bien fournir des entreprises américaines outre-Atlantique – dit autrement, il doit prouver que ses stocks sont suffisants. Autant d’éléments qui bloquent toute transaction, et qui reflètent l’inquiétude, outre-Atlantique, qui entoure la vente de ces composants hautement sensibles à la Chine.

Les sénateurs Jim Banks et Elizabeth Warren ont ainsi demandé la suspension de toutes les licences d’exportation de ses puces IA vers Pékin et vers ses intermédiaires, après le scandale de Super Micro, du nom de cette entreprise impliquée dans un trafic de puces Nvidia vers la Chine. Leur crainte est que les puces soient utilisées à des fins militaires, ou qu’elles ne permettent à Pékin de devancer les États-Unis dans la course à l’IA. Pour ces derniers, il faut bloquer toute vente de puces IA en Chine, au grand dam de Jensen Huang, le patron de Nvidia, qui voit au fil du temps l’immense marché chinois se réduire comme peau de chagrin.

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