Roland-Garros ne servira pas seulement de terrain de jeu aux tennismen. À partir du 18 mai, le tournoi du Grand Chelem parisien devient le premier banc de test grandeur nature d’un nouveau dispositif anti-piratage fondé sur le blocage d’adresses IP en temps réel. Une petite révolution dans la lutte contre les services illicites d’IPTV, ces abonnements vendus entre 50 et 100 euros par an qui donnent accès à l’intégralité des chaînes et plateformes sans bourse délier. Les détails de ce dispositif très sensible ont été révélés par L’Informé.
Du blocage de domaine au blocage IP : pourquoi ça change tout
Jusqu’ici, le droit français ne permettait que le blocage des noms de domaine des sites pirates. Une procédure lourde, pouvant s’étirer sur plusieurs jours, parfaitement incompatible avec la diffusion d’un match de 90 minutes. Le nouveau dispositif vise directement les adresses IP des serveurs sources, permettant en théorie une coupure pendant la diffusion elle-même.
Le système s’appuie sur un trio bien rodé. D’un côté, les ayants droit traquent les flux pirates en temps réel. De l’autre, les fournisseurs d’accès à internet (Orange, SFR, Bouygues Telecom, Free) se chargent de couper les vannes techniquement. Au milieu, l’Arcom joue les arbitres et supervise l’ensemble. Cette stratégie est pilotée par l’Association pour la protection des programmes sportifs (APPS), une association qui regroupe les poids lourds du secteur, de Canal+ à la LFP en passant par France Télévisions, beIN Sports et Eurosport.
Roland-Garros, terrain d’entraînement avant la Coupe du monde
Le choix du tournoi ne doit rien au hasard. Contrairement à un match de football du soir, Roland-Garros se déroule en journée et sur plusieurs semaines, ce qui offre une fenêtre de test bien plus confortable pour affiner le dispositif. L’objectif est de le roder avant de l’engager sur un enjeu autrement plus massif : la Coupe du monde de football, prévue du 11 juin au 19 juillet.
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La France, lanterne rouge européenne de la lutte anti-piratage
Le retard de la France dans ce domaine est considérable. Depuis 2022, le pays a bloqué environ 15 700 sites illégaux sportifs. La Liga espagnole, elle, bloque 30 000 adresses IP sur une seule journée de championnat, selon Les Échos. L’Espagne investit 12 millions d’euros par an contre le piratage et revendique une baisse de 60 % des flux pirates pendant les matchs. La différence de vitesse résume le gouffre : six jours en rythme normal en France pour bloquer un site pirate, contre trente minutes maximum de l’autre côté des Pyrénées. C’est précisément cette inertie que le test de Roland-Garros est censé commencer à combler.
Le risque de surblocage, angle mort du dispositif
Le blocage par adresse IP pose un problème technique concret : un même serveur peut héberger simultanément des sites pirates et des services parfaitement légaux. Bloquer une IP revient donc à frapper sans discrimination tout ce qui tourne sur la même infrastructure. Pour limiter ce risque, l’Arcom a prévu plusieurs garde-fous. Une liste blanche d’adresses intouchables sera établie, en particulier celles des infrastructures des FAI eux-mêmes. Dans un premier temps, il sera également impossible de bloquer une IP correspondant à un serveur partagé. Enfin, les fenêtres de blocage seront limitées à la durée des diffusions concernées, avec une possibilité de recours en direct.
Des précautions que certains observateurs jugent insuffisantes. Le risque zéro n’existe pas dès lors qu’un serveur héberge des contenus mixtes, et un rapport européen récent concluait déjà que ce type de dispositif peine à faire ses preuves. Si un ayant droit fait bloquer par erreur des adresses légitimes, c’est lui qui en assume la responsabilité.
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La loi Lafon en embuscade
Le test de Roland-Garros se déroule à droit constant, sans attendre le vote de la proposition de loi Lafon à l’Assemblée nationale. Ce texte, déjà adopté par le Sénat et examiné en commission des affaires culturelles le 13 mai, vise à automatiser et accélérer le processus : après une première décision de justice, ayants droit et FAI pourraient s’échanger directement les nouvelles adresses pirates via un système contrôlé par l’Arcom, sans les procédures intermédiaires qui ralentissent aujourd’hui la réaction. Le texte doit encore passer en séance plénière à une date non fixée. Tout ce qui sera appris pendant Roland-Garros servira à préparer ce cadre légal à venir.
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