Certains retours sont plus attendus que d’autres. Celui de Bose sur le marché des barres de son en est assurément un. La marque américaine, fondée en 1964 par le docteur en ingénierie électrique Amar Bose, n’avait pas retravaillé sérieusement une barre de son depuis une décennie ; du propre aveu de ses ingénieurs lors de notre rencontre à New-York, à l’occasion de la présentation de cette toute nouvelle gamme.

C’est désormais chose faite avec la Lifestyle Ultra (999,95 euros), pièce maîtresse d’une nouvelle collection Lifestyle Ultra qui comprend également une enceinte connectée (349,95 euros) et un caisson de basses (899,95 euros). L’ambition est clairement affichée : concurrencer Sonos sur son propre terrain (design, facilité d’usage, écosystème ouvert) tout en y ajoutant le savoir-faire acoustique historique qui a fait la réputation de la marque. Sur le papier, la proposition est séduisante. Dans la pratique, c’est un peu plus nuancé.
Un objet qui en impose, mais avec une réserve de taille
La première chose qui frappe est certainement la qualité de fabrication du produit. La barre mesure 110,5 cm de longueur pour seulement 6,7 cm de hauteur et 12,6 cm de profondeur. elle est donc longue, mais étonnamment plate. Son poids de 6,7 kg lui confère une solidité rassurante sans pour autant la rendre difficile à manipuler. La grille en tissu texturé, parfaitement tendue sur les flancs arrondis du boîtier, est d’une qualité d’exécution irréprochable.

Mais la signature visuelle est sans aucun doute le panneau en verre de haute qualité qui coiffe le dessus de la barre sur toute sa longueur. C’est élégant, c’est premium, ça rappellerait presque le Liquid Glass d’Apple. Les commandes tactiles sont regroupées à droite de ce panneau : pause et lecture, piste suivante, désactivation du micro, Bluetooth, et un contrôle du volume qui fonctionne par rotation.
Il faut toutefois mentionner d’emblée un point qui divise : ce même panneau en verre réfléchit l’image du téléviseur positionné au-dessus. Les ingénieurs de Bose défendent ce parti-pris en arguant que leurs clients apprécient cet effet de prolongement visuel de l’écran. On veut bien le croire, mais l’effet peut s’avérer perturbant à l’usage selon les conditions d’éclairage de la pièce. C’est un détail esthétique qui compte. La barre est disponible en noir et en blanc nuage, deux coloris sobres qui s’intégreront sans difficulté dans la grande majorité des intérieurs.

Une connectique volontairement minimaliste
Du côté de la connectique, Bose a fait des choix. Des choix assumés, mais qui ne plaindront pas à tout le monde. L’entrée optique ? Absente. La deuxième entrée HDMI ? Absente également. Il ne reste qu’un port HDMI eARC (un câble est heureusement inclus dans la boîte.) accompagné d’un port Ethernet, d’une prise de service et de l’inévitable connectique d’alimentation. La connexion sans fil passe, elle, par le Wi-Fi 6 et le Bluetooth 5.3. Pour ce qui est des protocoles de streaming, la barre est compatible Google Cast, Apple AirPlay et Spotify Connect.

L’absence d’entrée optique posera concrètement problème à tous ceux qui possèdent un téléviseur un peu ancien, dépourvu de port HDMI eARC. L’absence de télécommande dédiée, qui peut sembler anodine en 2026, reste une limitation à mentionner : on s’appuiera donc sur la télécommande du téléviseur (compatible via HDMI) ou sur l’application Bose.
Cette application, justement, a été entièrement repensée pour l’occasion. Elle guide l’installation pas à pas, gère le jumelage stéréo des enceintes Lifestyle Ultra optionnelles, le calibrage automatique CustomTune (anciennement baptisé ADAPTiQ) qui analyse les dimensions de la pièce, ses surfaces et la disposition des meubles pour optimiser la performance acoustique à l’aide du microphone d’un smartphone iOS ou Android. On peut également y régler l’égalisation, les niveaux du son surround et les effets de hauteur. C’est propre et bien pensé dans l’ensemble.
Cependant, il faut être honnête : lors de notre période de test, l’application présentait encore quelques bugs, notamment une impossibilité de se connecter à un réseau Wi-Fi 5 GHz. Ce type de problème se résout généralement par une mise à jour logicielle, mais il est s’est avéré agaçant à l’installation.

Par ailleurs, et c’est une limitation plus structurelle, l’intégration des services de musique en ligne reste très en retrait par rapport à l’écosystème Sonos. En dehors de Spotify Connect, aucun autre service de streaming n’est directement intégré à l’application : il faut obligatoirement passer par son smartphone ou sa tablette pour diffuser depuis Tidal, Qobuz, Apple Music ou autre. Chez Sonos, la gestion multiroom et l’intégration des services directement dans l’application restent donc à ce jour sans équivalent véritable sur le marché.

Du côté de la commande vocale, seule Alexa est disponible en assistant vocal (Alexa+ aux États-Unis uniquement). Pas de Google Assistant, pas de Siri (évidemment) en natif. Pour les utilisateur d’un écosystème Google ou Apple, ce sera une limitation à garder en tête, même si la compatibilité Google Cast et AirPlay permet d’utiliser ces environnements pour la diffusion audio.
Neuf haut-parleurs et une idée de génie
C’est évidemment sous le capot que se joue l’essentiel. Bose a doté la Lifestyle Ultra d’une architecture acoustique entièrement inédite, construite autour de neuf transducteurs (5.0.2) : six haut-parleurs à large bande (dont deux orientés vers le haut pour les effets de hauteur Dolby Atmos et quatre vers l’avant), un tweeter central dédié à la reproduction des dialogues et deux haut-parleurs PhaseGuide brevetés par Bose. Ce sont ces deux derniers qui concentrent l’essentiel de la proposition technologique de la barre.

Le principe du PhaseGuide est fascinant sur le plan de l’ingénierie acoustique : en créant des interférences précises entre plusieurs haut-parleurs, le système projette le son horizontalement à gauche et à droite de la barre, créant l’illusion que le son provient d’endroits où il n’y a physiquement aucune enceinte. Ce n’est pas une technologie entièrement nouvelle chez Bose — on la retrouvait dans des produits antérieurs — mais sa mise en œuvre dans ce boîtier marque un tournant qualitatif.

La barre prend en charge le Dolby Atmos et s’appuie sur la technologie TrueSpatial pour traiter les contenus non mixés en objet (films, séries ou musique) afin de créer une expérience immersive dans tous les cas de figure. La technologie SpeechClarity, basée sur l’IA, isole et optimise les dialogues sur trois niveaux ajustables. Enfin, la technologie CleanBass, associée au port acoustique QuietPort breveté, vise à produire des basses profondes et contrôlées sans distorsion, même à forts niveaux de volume, grâce à un astucieux guide acoustique ajouré évitant la résonance.
En configuration maximale, avec le caisson de basses et deux enceintes Lifestyle Ultra utilisées en surround, le système atteint une configuration 7.1.4 — plutôt rare pour un ensemble aussi compact et dépourvu de câbles visibles entre les éléments.
PhaseGuide : la spatialisation horizontale qui change tout
En écoute home cinéma, la spatialisation horizontale délivrée par le système PhaseGuide est tout simplement la meilleure que nous ayons entendue sur ce marché dans cette catégorie de prix. Les effets sonores latéraux s’échappent réellement de la barre pour envahir les murs latéraux de la pièce, bien au-delà des limites physiques du boîtier. L’effet est immédiatement perceptible, convaincant et tient sur la durée ; ce n’est pas une démonstration de showroom qui s’évapore au bout de cinq minutes d’utilisation quotidienne.

Sur une scène d’action à fort contenu Dolby Atmos, les effets de hauteur et surtout la scène sonore élargie par PhaseGuide produisent un résultat saisissant. Le son tourne autour du spectateur avec une fluidité que les barres concurrentes (notamment la Sonos Arc Ultra, dont les haut-parleurs latéraux font pourtant un excellent travail) ne reproduisent pas tout à fait avec la même ampleur horizontale. C’est, à notre sens, une avancée aussi novatrice dans son domaine que ce qu’avait représenté le système Sound Motion de la Sonos Arc Ultra pour les basses.
Les dialogues, eux, sont reproduits avec une netteté appréciable, même sans activer la technologie SpeechClarity. Et c’est heureux, car cette dernière, lorsqu’on l’active à niveau élevé, produit des résultats qui sonnent artificiellement traités, presque comme si les voix étaient filtrées par un traitement. Elle est ajustable en intensité, ce qui laisse la possibilité de trouver un niveau acceptable, mais à dose zéro, la barre se montre déjà suffisamment efficace sur ce registre pour qu’on n’ait pas besoin d’y recourir.
Les basses, même sans le caisson optionnel, sont puissantes et bien contrôlées pour le format de la barre. On est surpris par leur impact, leur densité, leur capacité à ne pas ronronner même sur des passages chargés. C’est le fruit du travail conjoint de la technologie CleanBass et du port QuietPort — une des marques de fabrique acoustiques de Bose depuis des années, ici particulièrement bien exprimée.
En revanche, là où la Lifestyle Ultra déçoit un peu, c’est sur la verticalité du signal Dolby Atmos. Les deux haut-parleurs orientés vers le haut peinent à créer une impression convaincante de sons provenant du plafond. Ce n’est pas propre à Bose, la Sonos Arc Ultra souffre exactement du même problème, tout comme la Marshall Heston 120. Les ingénieurs font des miracles avec les basses et la spatialisation horizontale, mais la verticalité reste le maillon faible structurel de toutes les barres du marché, quelle que soit la marque.

L’autre réserve de taille concerne la qualité musicale de la barre utilisée seule, sans les enceintes surround. Si les résultats en home cinéma sont convaincants, la restitution musicale se montre plus limitée, notamment sur les voix : les médiums manquent d’un peu de corps et de présence, ce qui donne à l’écoute musicale un caractère moins naturel, moins enveloppant qu’on ne l’espérerait. La Sonos Arc Ultra, dont le woofer Sound Motion intégré lui confère une assise basse-médium plus dense, s’en tire mieux à ce jeu dans une utilisation purement musicale.
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