C’est un épisode dont se serait bien passé Nvidia, le leader américain des semi-conducteurs. Alors que la firme cherche depuis des semaines à rétablir ses ventes en Chine après le revirement à 180 degrés de Donald Trump, deux sénateurs américains (le républicain Jim Banks et la démocrate Elizabeth Warren) ont demandé la suspension de toutes les licences d’exportation de ses puces IA vers la Chine et ses intermédiaires.
Cette demande intervient quelques jours après le scandale de Super Micro, du nom de cette entreprise impliquée dans un trafic de puces Nvidia vers la Chine. Trois de ses employés, qui viennent d’être inculpés aux États-Unis, sont accusés d’avoir fait passer en toute illégalité vers la Chine des semi-conducteurs Nvidia d’une valeur de 2,5 milliards de dollars (environ 2,2 milliards d’euros). Ce détournement aurait pu être évité : il pourrait permettre à Pékin de développer des armes, ont déploré les deux politiciens américains.
Des restrictions particulièrement larges demandées
En pratique, les demandes des représentants américains, destinées au secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, sont particulièrement larges. Elles concernent les autorisations futures mais aussi passées, les puces IA comme « les serveurs », la Chine… mais aussi les pays alentour. « Nous demandons instamment que toutes les mesures nécessaires et appropriées soient prises, y compris l’interruption immédiate, la suspension ou tout autre réexamen de toutes les licences d’exportation en cours couvrant les puces IA avancées de Nvidia et les systèmes de serveurs destinés à… la Chine ainsi qu’aux intermédiaires en Asie du Sud-Est ». Sont cités « la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam et Singapour ».
Pour ces deux politiques, les propos rassurants du patron de Nvidia, Jensen Huang, qui mettait en avant l’absence de preuve de détournement des puces les plus puissantes de son entreprise, sont « erronés ». Ces dires « étaient contredits par les informations disponibles à l’époque et ont potentiellement induit en erreur les responsables américains », écrivent-ils, cités par le Financial Times.
La volte-face de Donald Trump
L’entreprise a expliqué qu’elle ignorait que ses produits étaient détournés vers la Chine, en violation des sanctions américaines qui s’appliquent depuis octobre 2022. Nvidia a depuis continué à nier toute connaissance ou implication dans cette affaire, répétant se conformer strictement à la réglementation américaine en matière d’exportations.
Cette nouvelle affaire tombe bien mal pour le patron de Nvidia, qui cherche depuis des mois à pouvoir vendre à nouveau ses semi-conducteurs en Chine : après diverses limitations et interdictions de Washington, Nvidia est passé l’année dernière de 95 % de part de marché en Chine à zéro. Depuis, Jensen Huang a régulièrement plaidé pour que la technologie américaine soit utilisée, y compris en Chine, afin que cette dernière ne soit pas remplacée par des alternatives chinoises.
À lire aussi : « Un échec » : comment Nvidia est passé de 95 % à 50 % de part de marché en Chine
En décembre 2025, ces efforts s’étaient avérés payants. Donald Trump avait finalement changé de braquet. Après avoir, en avril, interdit à deux de ses champions américains, Nvidia et AMD, de vendre des semi-conducteurs destinés à l’intelligence artificielle à la Chine, l’administration américaine avait finalement autorisé les entreprises technologiques chinoises à acquérir des puces Nvidia H200 – des puces que Nvidia a rendu volontairement moins puissantes pour qu’elles tombent en dessous des seuils de performance fixés par Washington. Pékin avait finalement aussi donné son feu vert, bien que déconseillant officiellement à ses entreprises d’utiliser des technologies américaines.
Reste que les législateurs américains craignent de voir la Chine acquérir les puces de dernière génération de l’entreprise, comme les puces Blackwell de Nvidia. Bien qu’il existe des restrictions aux exportations depuis 2022, les entreprises chinoises sont particulièrement inventives pour trouver des brèches et s’y engouffrer.
À lire aussi : Guerre des semi-conducteurs : les combines des géants chinois pour contourner les sanctions US
Un projet de loi américain, qui devrait bientôt revenir sur le devant de la scène, prévoit d’ailleurs d’obliger les fabricants de puces à intégrer une technologie de géolocalisation aux semi-conducteurs haut de gamme. Si Nvidia s’est farouchement opposée à cette mesure, elle a toutefois développé une solution de suivi.
👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.

