Dans la hiérarchie Apple Silicon, la logique du doublement est de mise : chaque niveau de gamme reprend le précédent en deux exemplaires assemblés dans le même package, ce qui donne le Pro, puis le Max, puis l’Ultra. Il était difficile de ne pas se demander si la chaîne pouvait aller encore un cran plus loin. Elle aurait bien failli exister. Apple aurait travaillé sur une puce surnommée « Extreme », positionnée au-dessus de l’Ultra et destinée au Mac Pro. Le nom n’a jamais été confirmé par Apple (c’est l’étiquette forgée par la presse américaine à l’origine des fuites), mais sa logique est imparable dans la nomenclature de la marque. Une première version de ce projet avait filtré fin 2022 ; ce qui serait nouveau, c’est que l’exercice s’est répété une génération plus tard avec un M3 Extreme lui aussi développé, lui aussi enterré.
Le principe technique prêté à cette puce est celui de toute la gamme : selon toute vraisemblance, assembler deux puces Ultra dans le même package pour doubler mécaniquement le nombre de cœurs CPU et GPU, et par extension la quantité de mémoire unifiée disponible. Sur le papier, le résultat aurait pu défier les stations de travail les plus haut de gamme du marché Windows. Dans la réalité, Apple a décidé à deux reprises de ne pas commercialiser ces puces, en invoquant des coûts de production jugés trop élevés et une demande Mac Pro trop étroite pour amortir l’investissement.
Le Mac Pro est parti sans jamais voir ses puces
La tour professionnelle d’Apple, présentée depuis vingt ans comme la machine la plus ambitieuse de la gamme, a été arrêtée en mars 2026 sans avoir jamais reçu la puce conçue pour elle. Le dernier modèle commercial, figé depuis juin 2023, tournait sur une puce M2 Ultra : une machine solide, mais pas celle des plans initiaux, et jamais remise à niveau ensuite.
Ce qui rend le timing de cette révélation particulièrement intéressant, c’est qu’elle arrive exactement au moment où les besoins en puissance brute sur Mac sont en train de changer de nature. Pendant longtemps, les professionnels qui avaient besoin de calcul massif se tournaient vers des stations de travail équipées de GPU Nvidia pour leurs modèles d’IA. Depuis les puces M et leur mémoire unifiée à très haute bande passante, les Mac sont devenus des outils sérieux pour faire tourner des modèles de langage en local, un usage qui s’accommoderait parfaitement de deux fois plus de mémoire et deux fois plus de cœurs de calcul (sans même parler de la bande passante, véritable goulot d’étranglement de l’IA).
L’IA suffira-t-elle à ressusciter l’Extreme ?
Depuis la disparition du Mac Pro, le Mac Studio avec puce Ultra incarne le nouveau sommet de la gamme de bureau chez Apple . Sa limite actuelle est de 512 Go de mémoire unifiée en configuration M3 Ultra (un rafraîchissement M5 Ultra est attendu d’ici la fin de l’année), ce qui est considérable pour la plupart des usages, mais commence à se heurter aux cas d’utilisation IA les plus ambitieux : faire tourner en local des modèles de plusieurs dizaines ou centaines de milliards de paramètres. Un Extreme théorique permettrait de doubler ce plafond d’un seul coup.
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Apple a écarté l’Extreme deux fois parce que le marché professionnel traditionnel était trop étroit pour justifier les coûts. L’IA générative est en train de redessiner ce que « professionnel très exigeant » signifie, en y ajoutant des développeurs de modèles, des chercheurs, des studios qui font tourner des pipelines de génération en local plutôt que dans le cloud. Si ce marché grossit suffisamment vite, la puce Extreme pourrait bien ressortir sous un autre nom. Apple n’a pas détruit l’idée : elle a juste décidé d’attendre que quelqu’un la justifie en volumes . L’IA ressemble de plus en plus à cet argument-là.
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Source : Bloomberg

