Wikipédia approche de ses 25 ans, et sa fondation n’avait jamais connu pareille rentrée. Les salariés américains de la Wikimedia Foundation, qui emploie environ 700 personnes dans 44 pays, étaient appelés à voter sur la création d’un syndicat. Le dépouillement s’est tenu le 3 septembre à San Francisco, sous l’égide du régulateur américain du travail, et le résultat n’avait pas encore été rendu public à l’heure où nous écrivions ces lignes.
Comment l’encyclopédie s’est offert un conflit social très américain
Le syndicat Wiki Workers United s’est constitué au début de l’année, côté américain comme côté britannique. La dissolution, le 20 mai, de l’équipe Community Tech (cinq ingénieurs et un manager, auteurs d’outils très utilisés par les contributeurs) a mis le feu aux poudres. Les demandes de reconnaissance ont suivi : le 24 juin au Royaume-Uni avec le syndicat CWU, puis en juillet aux États-Unis avec le CWA, fortes d’une « majorité écrasante » de cartes d’adhésion signées, selon les organisateurs.
La réponse de la direction a douché les espoirs d’un accord à l’amiable. Le 27 juillet, la fondation a refusé la reconnaissance volontaire du syndicat et exigé un scrutin officiel, tout en s’attachant les services de Littler Mendelson, cabinet américain dont la spécialité s’appelle pudiquement « accompagnement des relations sociales » (comprendre : aider les employeurs à contenir les syndicats). Les bulletins sont partis par courrier le 11 août. Pour une organisation qui vit du récit de sa propre vertu, l’image est rude.
Pourquoi les bénévoles menacent de tout débrancher
Plus de 800 contributeurs bénévoles (près de 1 200 fin juillet, selon le décompte syndical) ont par ailleurs signé un engagement de grève de solidarité lancé par l’administratrice Tamzin Hadasa Kelly : si Wiki Workers United appelle au débrayage, ils cesseront de contribuer. Une deuxième armée, que la fondation ne salarie pas et ne contrôle pas davantage. Parmi les pistes évoquées figurent le blocage des bandeaux d’appels aux dons et la réduction de la maintenance des pages. Les salariés entretiennent la tuyauterie, les bénévoles écrivent l’encyclopédie : il suffit qu’une des deux populations croise les bras pour que l’édifice tangue.
Lire aussi : Wikipedia offre ses données à l’IA pour éviter d’être siphonnée par les robots
Le cofondateur Jimmy Wales a bien promis de prendre enfin au sérieux les besoins de la communauté, sans convaincre grand monde. L’enjeu dépasse pourtant la cuisine interne : les dons constituent l’essentiel des ressources de la fondation, et la maintenance bénévole conditionne la fiabilité de pages consultées chaque jour par des millions de francophones. Un gel des bandeaux en pleine campagne de fin d’année ferait très mal au portefeuille de l’organisation.
👉🏻 Suivez l’actualité tech en temps réel : ajoutez 01net à vos sources sur Google, et abonnez-vous à notre canal WhatsApp.
Source : Wired

