DJI a beau avoir pris son temps, et essayé de garder le secret, on s’est rapidement aperçu qu’il se tramait quelque chose de nouveau dans l’univers des caméras de poche stabilisées. L’Osmo Pocket 4 que nous avons testé au printemps n’était finalement qu’une mise en bouche, mais le géant des drones et des caméras se devait surtout de réagir. Insta360 a décidé de couper l’herbe sous le pied de son rival en dévoilant la Luna Ultra et en mettant doublement la pression sur DJI. Les deux sociétés s’attaquent en justice sur le sujet des caméras de poche et la Luna Ultra, officiellement sortie en juin, s’est offert le luxe d’être la première caméra de poche à double objectif.
Un mois plus tard, DJI est donc de retour avec une Osmo Pocket 4P qui n’a pas grand-chose d’une variante de la Pocket 4 classique. Même si elle ne se contente que de la lettre « P », la première caméra de poche de la marque à embarquer deux objectifs a tout d’une petite caméra « Pro ». Le choix de DJI la fait basculer vers un usage plus proche du tournage professionnel. Cela est-il suffisant et réellement pertinent ? C’est ce qu’on a voulu vérifier au cours des dernières semaines en emportant l’Osmo Pocket 4P dans chacune de nos excursions.
Prix et disponibilité
La Pocket 4P est commercialisée en France depuis la fin juillet 2026. Le constructeur propose deux configurations pour s’adapter aux différents besoins. Le Bundle Standard s’affiche à 599 euros. Il comprend l’essentiel pour démarrer. Le Bundle Vlog demande quant à lui un investissement de 689 euros. Ce pack inclut des accessoires utiles comme la poignée batterie et le module de contrôle FrameTap.

L’écart tarifaire avec la Pocket 4 classique se justifie par l’ajout du second objectif et des nouvelles capacités logicielles. La caméra se décline en deux coloris, noir classique et blanc perle (bientôt disponible). Pour ce test, on a éprouvé le bundle Vlog complet au quotidien.
Design et prise en main : le défi du double module
Dès la sortie de la boîte, le changement d’envergure saute aux yeux. Le bloc optique abritant les deux lentilles donne le ton d’une machine pensée pour l’exigence. On sent qu’on a franchi un cap par rapport au minimalisme des générations précédentes, ce qui est à la fois un avantage et un défaut.

L’ergonomie de la gamme Osmo Pocket repose sur un équilibre entre miniaturisation et intégration mécanique. Avec cette version 4P, le châssis s’allonge subtilement. L’intégration du bloc optique à double lentille fait grimper le poids à 230 grammes. Cette masse supplémentaire, concentrée sur la partie supérieure, modifie le point d’équilibre.

À main nue, l’appareil penche légèrement vers l’avant. On ressent un léger effet de rebond lors d’une marche rapide. Ce défaut s’efface toutefois dès qu’on y fixe l’extension de poignée ou le module batterie, qui rétablit un centre de gravité plus neutre. On ne peut néanmoins mettre de côté le fait que ce format rend l’ensemble plus imposant, mais c’est aussi le prix à payer pour disposer d’un double objectif.

La façade avant gagne en efficacité. Le joystick multidirectionnel tombe naturellement sous le pouce. L’ajout d’un bouton physique dédié au zoom change l’expérience de tournage : on bascule d’une focale à l’autre sans avoir à tapoter l’écran tactile. Le bouton de raccourci personnalisable permet d’appeler ses réglages favoris rapidement.
On regrette en revanche l’absence d’un cache de protection intégré pour sécuriser la nacelle lors du transport : le bloc optique reste à découvert une fois la caméra éteinte, ce qui complique la question du transport au quotidien. Si la pochette fourre-tout remplit correctement sa mission, il faudra se tourner vers les accessoiristes pour mieux protéger la caméra.
Qualité vidéo : DJI voit double
Le module principal s’appuie sur un capteur CMOS de 1 pouce propulsé par la technologie LOFIC. Cette architecture gère les débordements de lumière de chaque pixel pour offrir une dynamique annoncée à 17 stops. À l’usage, le capteur enregistre simultanément des détails dans les ombres denses tout en préservant la texture des hautes lumières. Couplé au profil D-Log 2 en 10 bits, l’appareil offre une bonne flexibilité pour l’étalonnage.

Le second objectif change la donne. Il s’agit d’un capteur de 1/1,28 pouce avec une focale équivalente à 60 mm ouvrant à f/1,8. Ce téléobjectif détache le sujet de l’arrière-plan grâce à une compression optique. Les portraits gagnent un rendu qu’un zoom numérique ne reproduirait pas aussi bien. Les carnations restent cohérentes et bien raccordées entre les deux modules. Une récente mise à jour a d’ailleurs lissé la transition d’exposition lors de la bascule entre le 20 mm et le 60 mm.
Les amateurs de ralentis sont servis. Le grand-angle capture des séquences en 4K à 240 images par seconde. En basse lumière, l’appareil pousse sa sensibilité jusqu’à 51 200 ISO pour délivrer des images correctement propres. La vraie frustration concerne le téléobjectif de 60 mm, privé du profil D-Log 2, ce qui oblige à jongler avec les espaces colorimétriques au montage.
Qualité photo
En plein jour, le rendu photo est convaincant. Sur des scènes à fort contraste, le capteur grand-angle retient du dégradé dans le ciel sans zone cramée, tout en préservant la texture de la pierre aussi bien dans les parties éclairées que dans l’ombre des arches. Le passage au second capteur, à 60 mm, conserve une colorimétrie cohérente avec le grand-angle, sans dominante ni écart de contraste notable entre les deux focales.
En mode selfie, les carnations restent naturelles et le piqué correct sur les détails fins, avec un léger cramage du ciel en bordure de cadre lors d’un fort contre-jour.
Stabilisation et tracking
La Pocket 4P conserve une stabilisation mécanique sur trois axes. La nacelle annule physiquement les secousses avant que la lumière ne frappe le capteur, ce qui préserve une bonne netteté optique.
Cette mécanique s’appuie sur le système ActiveTrack 8.0. L’algorithme détecte les visages grâce à un nouvel autofocus à double pixel. Le suivi reste fluide sur toute la plage focale, même en poussant le zoom numérique jusqu’à x12. Un bémol subsiste : si le sujet sort rapidement du cadre, cette version 8.0 peine parfois à le retrouver automatiquement. Il faut des mouvements brusques pour réellement voir la caméra ne pas relancer le suivi une fois le sujet sorti puis revenu dans le champ, mais cela oblige à recentrer manuellement. Ces rares décrochages peuvent aussi intervenir dans des lieux très fréquentés avec beaucoup de passage.
Autre point observé sur le terrain : posée sur une table ou un muret sans trépied ni extension, la caméra manque un peu de stabilité. Cela s’explique en partie à cause du poids supplémentaire du second capteur. Un minimum de précaution reste nécessaire à l’usage.
Interface
L’écran tactile OLED rotatif de 2 pouces dicte toujours le tempo. Avec une luminosité de 1000 nits, la dalle reste lisible en plein soleil. Un basculement de l’écran réveille la caméra rapidement. DJI a par ailleurs intégré un outil de monitoring en fausses couleurs, utile pour évaluer l’exposition des scènes complexes.
L’ajout le plus marquant de cette génération est le module FrameTap, inclus dans le pack Vlog. Ce petit boîtier sans fil déporte la visée et les commandes de la caméra. On peut poser l’appareil, s’éloigner et piloter le cadrage, le zoom et le déclenchement à distance. Pour les créateurs qui filment seuls, cet accessoire change l’approche du tournage.

Autonomie et connectivité
L’alimentation est confiée à une batterie interne de 1545 mAh. DJI annonce 210 minutes d’enregistrement continu en définition standard, contre 240 minutes sur la Pocket 4 classique. Lors de notre test de la Pocket 4, l’autonomie mesurée était proche de l’annonce constructeur ; sur la Pocket 4P, nos mesures donnent 166 minutes en 1080p/30 ips et 120 minutes en 4K/60 ips, en retrait par rapport aux 210 minutes annoncées par DJI (à noter que ce chiffre constructeur est donné en 1080p/24 ips, un protocole légèrement différent du nôtre).
Côté recharge, DJI nous annonce une charge rapide qui restaure 80 % de l’énergie en 18 minutes. À l’usage, avec un chargeur tiers de 100 W, on a mesuré 46 % en 18 minutes, 80 % en 32 minutes et 5 secondes, puis 100 % en 43 minutes et 40 secondes. L’écart est notable avec l’annonce constructeur, qui évoque ce résultat avec le chargeur officiel DJI (65 W). Notez au passage que cette mesure a été réalisée en partant d’une caméra éteinte (0 %). Lors de nos essais en 4K, on a noté une chauffe perceptible du manche métallique, sans coupure de sécurité pour autant.

La caméra embarque 103 Go de mémoire flash interne, qui évite de dépendre d’une carte SD. Les transferts de fichiers atteignent 800 Mo/s via le port USB-C 3.1, ou passent par le Wi-Fi 6 sans fil. L’application Mimo assure des transferts en arrière-plan, ce qui permet de monter ses séquences sur smartphone peu après avoir coupé la caméra. La caméra embarque 3 microphones intégrés compatibles avec l’écosystème OsmoAudio.
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