Rockstar cultive le secret comme d’autres soignent leur image : portes closes, communication au compte-gouttes, et des fans réduits à disséquer chaque pixel de bande-annonce. À moins de trois mois de la sortie de GTA 6, le studio a pourtant ouvert ses bureaux d’Édimbourg à une poignée de médias triés sur le volet. Un magazine français figurait dans le lot, seul titre francophone convié. Rob Nelson, responsable du développement et codirecteur de Rockstar North, y a déroulé la chronologie du projet, et elle remonte bien plus loin que ce que la plupart des joueurs pensaient.
Un jeu lancé quand GTA 5 fêtait ses deux ans ?
Interrogé sur la façon dont le monde a évolué pendant la fabrication du jeu, Nelson répond par une confidence de calendrier : « Le jeu est en développement depuis 2015, l’idée mûrit donc depuis longtemps. La majorité de l’équipe s’y est vraiment mise après la sortie de Red Dead Redemption 2, en 2018 ». Le chantier a donc débuté deux ans à peine après GTA 5, sorti en 2013, pendant que le gros des troupes s’échinait encore sur les plaines de l’Ouest américain. Onze ans au compteur, donc, dont plusieurs de pure conception menée en petit comité avant la montée en charge des équipes (l’esquisse de l’architecte précède toujours le chantier, même chez Rockstar).
La méthode maison, détaillée par Nelson, est bien à l’origine de ce cycle de développement titanesque. Tout commence par le choix du décor, puis par des repérages sur place : une poignée de développeurs sillonne la Floride et Miami, appareil photo en main, avant d’y retourner avec consultants et équipes élargies. La carte se dessine ensuite comme une version distordue de la réalité. Les personnages arrivent ensuite, pensés comme des guides capables de traverser tous les milieux du jeu, du deal qui tourne mal aux boîtes de nuit clinquantes. Le duo Lucia et Jason, que Nelson résume d’un « c’est Bonnie et Clyde », découle directement de cette logique. Ces révélations recadrent au passage la chronologie publique, qui démarrait jusqu’ici en février 2022 avec la confirmation officielle du projet, près de deux ans avant le premier trailer de décembre 2023.
Que racontent onze ans de chantier sur l’industrie du jeu vidéo ?
Treize années sépareront finalement GTA 5 de son successeur, l’écart le plus long de toute la saga. L’attente a d’ailleurs connu ses turbulences : une fenêtre initiale fixée à 2025, un glissement au 26 mai 2026, puis un second report au 19 novembre 2026, sur PS5 et Xbox Series. Rockstar peut se permettre ce luxe que presque personne d’autre ne s’autorise, avec un GTA 5 écoulé à 230 millions d’exemplaires, deuxième meilleure vente de l’histoire derrière Minecraft. Les cycles à rallonge deviennent d’ailleurs la norme chez les mastodontes (Squadron 42, annoncé en 2012, vient de glisser au deuxième trimestre 2027), avec une nuance de taille : Rockstar, lui, livre ses jeux.
Vice City s’annonce deux fois plus vaste que Los Santos, et les bourgades qui l’entourent seraient onze fois plus nombreuses que dans GTA 5. Nelson revendique aussi un monde bien plus réactif, où la police se montre plus futée et où des événements imprévus viennent détourner les plans du joueur, une proposition déjà éxplorée dans leur dernier jeu où la faune et le reste de l’environnement. Le studio assume aussi la part d’incertitude d’un développement aussi long : les idées trop ancrées dans une actualité passagère sont écartées d’office, faute de savoir si elles survivront au temps de fabrication.
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Source : Trois Couleurs

