Nombreuses sont les marques sur le marché à tenter de proposer des appareils électroniques spécifiquement conçus à destination d’une catégorie de la population. Les smartphones pour adolescents ne font pas exception. C’est sur ce segment qu’intervient la société française Neow, qui propose également des montres. Dans les lignes qui vont suivre, nous allons tester son smartphone le plus onéreux, à savoir le Neow Safe Plus.
Pour une facture très raisonnable, le produit arbore des caractéristiques extrêmement modestes, mais fait la promesse d’être un smartphone “pour bien commencer” et “conçu pour accompagner progressivement les usages numériques“. Voyons donc comment cela se traduit concrètement côté sécurité et fonctionnalités, sans pour autant oublier le confort quotidien à l’usage côté parents, et surtout adolescent.
En revanche, faisons une précision d’importance avant d’entrer dans le vif du sujet. Le Neow Safe Plus est tellement verrouillé à tous les niveaux que notre labo n’a presque rien pu en tirer. Mesures complètes de l’autonomie, des performances ou encore de l’écran ont été impossibles à effectuer. Ainsi, plutôt qu’un test complet comme nous en avons l’habitude, il va ici plutôt s’agir ici d’une prise en main et d’un retour davantage basé sur le ressenti que sur les chiffres. Ce n’est probablement pas plus mal pour Neow, car avec notre échelle de notation, le produit n’aurait probablement pas hérité de beaucoup d’étoiles…

Prix et disponibilité du Neow Safe Plus
Le Neow Safe Plus est disponible au prix de 150 €. Il existe en noir, violet ou bleu. Sur le site officiel de la marque, les modèles plus modestes Neow Kids et Neow Safe sont également proposés.
Le concept et la promesse
Au-delà de ne pas vider le portefeuille des parents avec un téléphone qui coûte plusieurs centaines d’euros, le Neow Safe Plus veut être un “vrai smartphone Android” conçu pour protéger les premiers pas numériques d’un ado et l’habituer à son futur “vrai” téléphone. Il ne s’agit donc pas d’un jouet, mais d’un vrai appareil avec des limitations et des fonctionnalités uniques conçues pour que les parents puissent garder la main sur ce que font leurs enfants.
Cela passe tout d’abord par un store d’applications spécifique. Impossible d’installer n’importe quel logiciel depuis le Play Store : il faudra passer par ce store Neow, où seules des applications validées par la marque, et par les parents par la suite, pourront être installées. Il est possible de feinter via les recommandations pour tomber sur les pages d’applications non autorisées, mais l’installation échoue. Ainsi, par défaut, le Neow Safe Plus ne propose aucun réseau social, messagerie instantanée ou navigateur/moteur de recherche pour naviguer sur Internet, et seule une poignée d’applications utiles sont installées ou autorisées (email, musique en ligne, quelques jeux, applications éducatives…).
Pour contrôler la vie numérique de leurs enfants, les parents passent par l’éprouvé et aisé à configurer Google Family Link. Dommage si vous vouliez dégoogliser votre vie et celle de votre enfant. C’est ici qu’il est possible de paramétrer et gérer le contrôle parental (limites de temps d’écran et de temps de connexion, sauvegarde, suivi de la localisation…). Pour ajouter une application au Neow, il faudra scanner le QR code qui se trouve dans le store sur le smartphone cible et suivre les quelques étapes. Bref, rien de bien compliqué.

N’étant pas parent moi-même, et ne connaissant pas exactement les besoins quand il est question du premier smartphone de son enfant, je ne suis pas très bien placé pour estimer si la solution est suffisamment complète et efficace. Reste que les retours sur Google Family Link semblent très bons et que, sur le papier, la promesse est pertinente et assez claire. Son exécution technique est imparfaite (le moteur de recherche du store a refusé de fonctionner pendant des jours, par exemple), mais ce n’est probablement pas le plus gros défaut de la solution…
Design : de faux capteurs pour le marketing
Avec son prix plancher de 150 €, le Neow Safe Plus est un terminal d’entrée de gamme qui doit réaliser d’importants sacrifices matériels. Pourtant, le terminal fait tout pour ne pas montrer à quel point il est modeste et que l’enfant qui le possède ne soit pas moqué dans la cour de récré. Nous en voulons pour preuve ses très nombreux capteurs au dos : il ne s’agit que d’une illusion. Un seul est réel, tandis que les autres sont parfaitement faux. Nous vous laisserons juger de la pertinence ou non de ce choix, quand les quelques euros qu’ils représentent auraient pu être investis dans des choses plus réelles.

Comme du verre ou un châssis plus solide et doté d’une certification pour résister à l’eau ou à la poussière, par exemple. Entre les mains d’ados qui bougent et qui ne font pas toujours attention, la solidité potentielle de ce smartphone tout plastique pose question. Mais c’est sans surprise raté, tandis que l’appareil a au moins le bon goût de ne pas être trop lourd (199 g). Il est en revanche assez épais (9,18 mm) et volumineux (163,75 x 75,4 mm). Là aussi on aurait peut-être préféré un appareil un peu plus petit pour privilégier ses muscles. Reste que de loin le Neow Safe Plus fait illusion et ne donne pas l’impression d’être un jouet avec sa finition satisfaisante pour son prix.

Pour le reste, on trouve de classiques boutons de volume et d’alimentation, une prise USB-C, une unique grille de haut-parleur, un slot SIM (double et compatible microSD) et, c’est important de le relever en 2026, une prise audio 3.5 mm.

Écran : plus ALED que OLED
Pas question de retrouver le dernier écran OLED de Samsung sur le Neow Safe Plus. Loin s’en faut. La large dalle de 6,52 pouces du terminal se contente de LCD avec une définition que l’on pensait ne plus voir exister de 1280 x 576 pixels. Il faudra donc se contenter d’une résolution de 215 ppp qui peut parfois piquer les yeux pour consulter du texte ou du contenu fin. Heureusement que l’application YouTube et la plupart des sources de vidéos sont de toute façon bloquées par défaut.

Impossible également de ne pas relever les importantes bandes noires autour de la dalle, qui n’occupe que 81.1 % de la surface, tandis que le capteur photo frontal est également entouré de noir. Nous n’avons donc pas pu faire de mesures dans notre labo concernant la luminosité et la colorimétrie du Neow Safe Plus. Cependant, cela n’est plus vraiment important à partir du moment où l’écran sera surtout utilisé pour naviguer dans l’interface et dans des applications modestes. Reste que la luminosité maximum permet de contrer un peu les effets du soleil.
Performances : ça saccade
Certes, le Neow Safe Plus n’est pas fait pour scroller ou jouer toute la journée. Mais ce n’est pas une raison pour le propulser par un processeur aussi limité. Avec son Unisoc T310 épaulé par 4 Go de RAM, le terminal rame pour la moindre tâche et rend très pénible son utilisation. Ouvrir des applications, naviguer dans l’interface, jouer à un jeu… tout est lent et saccadé. Si l’objectif est de dégoûter l’enfant des smartphones, c’est malin. Sinon, un vrai effort serait apprécié.

Toujours à l’intérieur, on retrouve le minimum de 128 Go de stockage (heureusement extensible), ainsi que des puces 4G, WiFi 5 et Bluetooth 5. C’est aujourd’hui le plus logique pour un terminal d’entrée de gamme, mais on regrettera l’absence d’autres éléments utiles, comme un accéléromètre, une puce NFC, ou encore un lecteur d’empreintes digitales ou la compatibilité de la caméra frontale avec le déverrouillage facial. Qu’il s’agisse d’une question de moyens ou de sécurité, reste que le Neow Safe Plus est sérieusement bridé.
Audio : une prise jack !!!
Le seul avantage technique du Neow Safe Plus par rapport à la concurrence est à n’en pas douter la présence d’un désormais trop rare port jack pour brancher un casque. Et il ne sera assurément pas de trop, étant donné que l’unique haut-parleur du smartphone ne délivre qu’un son mono à la puissance très limitée et à la qualité audio qui va avec.
Autonomie : l’avantage de ne pas autoriser grand-chose
Difficile de juger réellement de l’autonomie du Neow Safe Plus tant son utilisation est particulière. En bloquant une grande majorité des applications les plus énergivores (réseaux sociaux, messagerie, vidéo…), le terminal n’a pas beaucoup de raisons de vider sa batterie. C’est pourquoi notre habituel protocole de test basé sur une utilisation variée du smartphone ne peut pas s’appliquer. Mais avec sa batterie suffisante de 5 150 mAh, le terminal peut tranquillement tenir plusieurs jours, à moins de passer son temps au téléphone ou à écouter de la musique. Pour ces points, le constructeur annonce respectivement 17h et 20 h.

En revanche, un vrai point noir concerne la recharge, tout sauf rapide. Il faut en effet environ 2 h 30 pour passer de 5 à 100 % de batterie. Rien de dramatique une nouvelle fois pour un produit sous les 200 euros, mais il faudra le prendre en compte pour éviter les mauvaises surprises.
Photo : ça pique, vraiment
Sur certains points, on en viendrait presque à se demander si le Neow Safe Plus ne cherche pas en vérité à séduire les personnes nostalgiques de produits tech des décennies précédentes. Prenez l’appareil photo, par exemple. Avec ses très modestes 13 Mpx, son application qui rame et son besoin de rester immobile plusieurs secondes pour prendre un cliché même en plein soleil (!), c’est à se demander si le but ne serait pas une nouvelle fois de dégoûter les ados des smartphones.
Capable de zoomer jusqu’à x4 (ne faites pas ça), l’unique capteur restitue des images que l’on qualifiera de “potables” en plein jour pour garder un souvenir personnel, mais on préférera probablement ne pas les explorer ni les poster en ligne (de toute façon sans réseaux sociaux, c’est compliqué…). Ne parlons même pas du niveau de piqué ou du rendu des couleurs, bien fade.
Sans surprise, quand la luminosité vient à manquer, c’est un festival de bruit et de flou, tandis que le mode nuit (non automatique) ne vient pas changer grand-chose.
Même chose pour la vidéo, qui se contente du 720p du siècle dernier (au moins), tandis que le capteur à selfie de 8 Mpx fait lui aussi ce qu’il peut (à savoir pas grand-chose).
Logiciel : encore moins que le minimum syndical
Choisir des composants tech du passé pour équiper un terminal à petit prix qui a de toute façon vocation à être modeste, passe encore. Mais du côté du logiciel, quelle excuse a Neow pour ne proposer Android que dans sa version 14 qui date de 2023 ? Non seulement cela prive l’utilisateur de nombreuses fonctionnalités, mais surtout la dernière rustine de sécurité date de juillet 2025. Comme on dit, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres.
Sans surprise, Android vient ici dans sa version nue, sans surcouche autre que ses quelques fonctionnalités de contrôle parental évoquées plus haut. Il faut donc s’attendre au minimum en termes d’outils et de personnalisation de son expérience, avec de nombreux éléments bloqués. Au moins, IA, bloatwares ou Google Discover ne viennent pas polluer une expérience extrêmement minimaliste. Relevons aussi un bug très pénible : l’apparition régulière d’un message signalant que l’installation d’une application a été bloquée, dont il est pénible de se débarrasser.
Conclusion : vaut-il le coup ?
En testant le Neow Safe Plus, en plus des parents j’ai péniblement tenté de me mettre dans la peau d’un adolescent dont il s’agirait du premier smartphone. À moins de ne jamais pouvoir le comparer avec le smartphone classique d’un camarade (ce qui est évidemment très improbable), impossible de ne pas imaginer que je me serais beaucoup énervé au quotidien face à lui (et à mes parents, déso).
Certes, pour les parents qui veulent préparer leur enfant à autre chose qu’à un feature phone pour passer des appels et envoyer des SMS, le contrat de proposer un vrai smartphone Android sécurisé et empêchant d’aller n’importe où sur Internet est rempli. Le contrôle parental et l’évolutivité de la solution, en y ajoutant manuellement des applications notamment, sont pertinents.
Malheureusement, même sans pouvoir utiliser de nombreuses applications ou jeux gourmands, les performances de ce terminal — certes vendu 150 € – donnent régulièrement envie de pester et de ne même pas l’utiliser (très bien joué pour éviter l’addiction !). Processeur et interface à la peine pour réaliser la moindre action, logiciel obsolète, appareil photo minimaliste ou encore écran d’une autre décennie… finalement ce n’était pas si difficile que cela de me projeter 15 ans en arrière.
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