Le tournant a commencé en janvier 2026, quand Fidji Simo, la responsable des applications d’OpenAI, a annoncé en interne qu’OpenAI envisageait d’intégrer des publicités à ChatGPT. Trois semaines plus tard, le lancement officiel des ChatGPT Ads pour les comptes gratuits aux États-Unis confirmait que la société de Sam Altman avait changé de philosophie. La stratégie produit qui vient d’être confirmée va plus loin encore : un employé haut placé a déclaré que le chat est « mort », et ChatGPT sera refondu dans les prochaines semaines en une super-app centrée sur les agents IA et les outils de développement, notamment Codex, son produit de programmation payant.
Que reste-t-il du Open d’OpenAI ?
En décembre 2015, OpenAI était fondé avec une mission explicite : développer l’IA de façon ouverte, partager librement les recherches et les brevets, et ne jamais être piloté par la recherche du profit. Les premiers modèles (GPT-1 en 2018, notamment) avaient bien les poids publiés et les articles de recherche accessibles à tous, conformément à cet engagement. La société était présentée, à juste titre, comme un contrepoids éthique aux ambitions commerciales de Google ou Microsoft dans ce domaine.
Ce cap s’est progressivement effrité, non pas en une seule décision mais en une série de glissements : verrouillage partiel de GPT-2 en 2019 car jugé trop dangereux (ça vous rappelle quelque chose ?), transition vers une structure à but lucratif limité la même année (avec le premier milliard de Microsoft), puis refus de publier les poids de GPT-4 en 2023. Elon Musk, cofondateur, a lui-même poursuivi OpenAI en justice en 2024 pour violation de sa charte fondatrice. En 2026, la version gratuite de ChatGPT affiche des publicités depuis le 9 février aux États-Unis, la France ne saurait tarder et le réseau d’annonceurs a atteint 100 millions de dollars de revenus annualisés en six semaines depuis l’ouverture du gestionnaire publicitaire en libre-service en mai. Sam Altman, longtemps opposé à la publicité, a finalement validé le modèle.
ChatGPT : entonnoir vers le payant ou régie pub pour les gratuits ?
La refonte annoncée s’articule autour d’une logique précise : ChatGPT doit devenir une porte d’entrée vers les outils payants d’OpenAI, notamment Codex, son produit de développement logiciel dont les revenus dépassent très largement ceux d’un utilisateur gratuit. Thibault Sottiaux, qui dirige le produit et la plateforme core d’OpenAI, a décrit l’objectif : un agent personnel capable d’aider l’utilisateur « dans tous les aspects de sa vie, professionnelle ou personnelle ». Le mouvement s’accompagne d’un abandon des projets satellites : le générateur vidéo Sora a été fermé, les directeurs produit Kevin Weil et Bill Peebles ont quitté le groupe en avril 2026.
Cette double stratégie crée pourtant une tension que les analystes n’ont pas manqué de relever : si ChatGPT gratuit est un entonnoir vers les offres payantes, pourquoi y insérer simultanément de la publicité qui risque de dégrader l’expérience et de décourager la conversion ? OpenAI vise 2,5 milliards de revenus publicitaires fin 2026 et 100 milliards d’ici 2030 sur ce levier seul, ce qui suppose que les deux modèles cohabitent durablement, sans se nuire. C’est un pari qui ressemble à un aveu d’incertitude sur la vraie vocation du produit autant qu’à une stratégie assumée.
Le calendrier pèse lourd sur ces décisions. Anthropic a déposé son dossier d’introduction en Bourse le 1er juin 2026. SpaceX (qui a absorbé xAi) entre sur le Nasdaq le 12 juin. OpenAI doit à son tour montrer un chemin crédible vers la profitabilité avant son propre passage sur les marchés, dans un secteur où la concurrence n’a jamais été aussi intense. Pour les utilisateurs européens, les publicités ChatGPT sont prévues au Royaume-Uni, au Mexique, au Brésil, au Japon et en Corée du Sud dans les prochaines semaines, avec une extension au reste de l’Europe programmée dans les mois suivants.
OpenAI court vers une IPO dans un paysage où ses concurrents les plus directs ont déjà pris position sur les marchés. La promesse d’une IA ouverte à tous, gratuite et neutre, a suivi le chemin habituel des idéaux technologiques : l’open source en moins, la publicité en plus, et une interface chat que les propres équipes de la société qualifient désormais de moribonde.
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Source : Financial Times

